Éloge des
virus informatiques dans
un processus d'écriture interactive.
Essais critiques sur les littératures informatiques
Entretien avec
l'auteur, Xavier Malbreil, écrivain
et théoricien du multimédia
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Xavier
Malbreil, Manuscrit.com suit vos activités
d’auteur multimédia
depuis 2001. Vous aviez déjà répondu
à nos questions en 2001 et en 2002.
Depuis cette date, quelles ont été vos
nouvelles activités ?
Tout d’abord, je tiens à vous remercier
pour la constance de votre intérêt et
pour l’intérêt de vos questions.
Depuis le dernier entretien, en 2002, j’ai finalisé
une œuvre en cours, le Livre des Morts,
dont Gérard Dalmon a assuré la mise
en scène. Avec l’aide d’étudiants
de l’École d’Ingénieurs
de Compiègne, nous avons mis en place cette
base de données qui manquait à l’œuvre,
et sans laquelle elle n’aurait été
que bancale. Désormais, chacun peut s’inscrire
sur le site www.livredesmorts.com et créer
un profil utilisateur, puis répondre aux questions
et rendre public ou non ses réponses. Le projet
est maintenant satisfaisant. Il correspond à
ce que j’avais imaginé dès le
début. Chaque jour, une dizaine de personnes
regardent cette œuvre, ce qui est une très
bonne moyenne pour ce type de contenus. Des festivals
internationaux comme le FILE Festival, à Sao
Paulo, ou Ars Electonica, à Linz (Autriche),
et encore le festival de Rosario en Argentine, etc.,
ont sélectionné cette œuvre.
Des universités (Barcelone, Paris 8, Lyon 2,
etc.), des médiathèques (Béziers,
Saint-Etienne, etc.) m’ont demandé de
leur présenter cette œuvre qui, chaque
fois, recueille un large intérêt de la
part du public - et pas seulement d’un public
savant, comme parfois s’y résument les
manifestations de ce genre.
Mon interrogation initiale, qui me portait à
demander si le support de l’œuvre n’était
pas une partie de l’œuvre, et non négligeable,
a été comprise, ce dont je me réjouis.
Quand je montre le Livre des Morts, lors d’une
projection sur grand écran, et explique le
sens de ma démarche, qui n’était
certes pas de réécrire l’un ou
l’autre des Livre des Morts existants,
ni encore moins d’en substituer un de mon cru,
mais plutôt de voir comment la révolution
des supports numériques amenait à s’interroger
sur ce que l’on tenait pour acquis, le texte,
le texte sur papier, le livre, et comment les technologies
numériques permettaient de remettre en perspective
quelques siècles d’existence du texte,
je vois que l’on peut faire confiance en l’intelligence
du public. C’est une expérience très
positive.
En 2003 et 2004, je me suis surtout concentré
sur l’écriture de textes théoriques
et critiques - dans le domaine des littératures
hypertextes et du net-art. Je citerai seulement le
dossier sur la notion d’aléatoire dans
le net-art réalisé pour le compte du
Magazine du Centre International d’Art Contemporain
de Montréal (voir Archives, http://www.ciac.ca/magazine/archives.htm
, le N°19) . Bien des textes écrits au
cours de cette période se retrouvent dans le
livre édité par Manuscrit Université,
Éloge des virus informatiques dans le corps
de la littérature.
Ma production « créative
», si j’ose dire, s’est résumée
à une œuvre hypertextuelle, Serial
Letters (sur mon site www.0m1.com
) et à une pièce de théâtre,
Attention à l’Attentionomètre
(sur http://www.0m1.com/Atten/att1.htm).
Quant à cette dernière, plusieurs troupes
sont intéressées, mais rien n’est
encore signé. Attention à l’Attentionomètre
a pour sujet... une étiquette, une étiquette
que l’on colle sur soi, dans le but d’attirer
l’attention sur soi, et de la mesurer.
L’Attentionomètre pose un certain
nombre de questions relatives à la communication,
comme on pourra s’en douter. La qualité
qu’ont le plus notée ses lecteurs, pour
l’instant, c’est surtout son humour...
ce qui n’était pas forcément mon
objectif initial. Mais je n’y prends pas garde
: on me prête parfois de l’humour, sans
que j’aie cherché à en faire montre,
ce qui est mieux que l’inverse ! Voilà
le bilan des années 2002-2004.
Ah ! J’allais oublier, la parution d’un
roman intitulé Les Prisonniers de l’Internet,
écrit il y a quelques années déjà.
Comme son titre l’indique, le cadre de l’action
n’est pas très loin de mes préoccupations
littéraires et critiques les plus connues.
Sauf que là il s’agit de littérature
jeunesse - dans un genre que je définirai comme
de la cyber-fantasy junior.
Éditions Cédric Vincent, un jeune éditeur
plein d’avenir. Déjà en vente
en librairie, et en ligne à la fnac.com.
Dans
le recueil Éloge des virus informatiques
sont publiées plusieurs conférences.
Comment avez-vous été amené à
donner des conférences dans des universités
?
Comme je n’obtiens que rarement ce que je demande,
je me suis fait une règle de ne plus jamais
solliciter quoi que ce soit auprès d’un
éditeur, ou de l’organisateur d’un
colloque, d’un festival. Si l’on veut
de moi, on me fait signe, tout simplement.
Ce sont donc les facultés qui m’ont invité
à venir, en tant qu’auteur, participer
à tel ou tel colloque, ou donner conférence
sur tel ou tel sujet et j’ai accepté
avec plaisir bien entendu.
Puisqu’à chaque fois on m’a laissé
carte blanche, j’ai choisi d’intervenir
sur une œuvre différente en chaque occasion.
Á l’Institut Français de Bucarest,
j’ai parlé de ma première œuvre
de littérature informatique 10 poèmes
en 4 dimensions. L’accueil du public roumain,
un public cultivé, curieux, ouvert, m’a
réjoui.
Á l’Université de Paris 8, Jean
Clément m’a invité en plusieurs
occasions. Je donne dans ce livre le texte de mon
intervention sur les Formes libres flottant sur
les ondes, qui se situent dans la continuité
dialectique des 10 poèmes en 4 dimensions.
L’Université de Rennes 2, lors d’un
colloque d’INFOCOM, sur « Écriture
en ligne » m’aura vu prononcer un texte
sur mon récit multimédia Serial Letters.
Enfin, l’Université Ouverte de Catalogne,
à Barcelone, aura entendu mon intervention
sur le Livre des Morts.
Le fait de devoir parler de mes œuvres m’apporte
énormément - puisque je dois me replonger
dedans, et tâcher d’avoir un regard sinon
extérieur - c’est presque impossible
- du moins le plus neutre possible.
D’autre part, ce genre de rencontre est toujours
l’occasion d’écouter les autres
parler, ce que je trouve passionnant. C’est
une chance formidable pour la littérature hypertexte
de voir l’intérêt du monde universitaire,
d’entendre des professeurs, des étudiants
parler d’œuvres en train de se créer.
Par rapport aux études littéraires classiques,
et je me souviens avec terreur de mes heures d’ennui
dans les années 70, sur les bancs de la fac,
c’est un contraste total. Les auteurs sont vivants,
ils cherchent au même instant les voies de leur
création, et les moyens de comprendre ce qu’ils
font.
Dieu (s’il existe) bénisse l’internet
!!!
Quel
nouveau rapport entre le texte et les images peut
être mis en œuvre
par l’usage du multimédia ?
Il faut d’abord dire que images et textes sont
mis sur un plan d’égalité par
les technologies numériques. Il s’agit
pour l’un comme pour l’autre d’une
suite de 0 et de 1 !
Á partir de là, on pourrait presque
se poser la question de savoir si l’on lit toujours
du texte sur un écran, ou si on le voit. Certains
critiques tiennent cette position. On ne lit pas le
texte à l’écran, on le voit, au
même titre qu’une image.
La réciproque est-elle vraie ? Devant une image
affichée sur écran, la vision de l’image
s’est-elle transformée en lecture ? On
peut aussi se poser la question. Mais ce serait forcer
le raisonnement que d’affirmer qu’on lit
une image, dans le sens où l’on peut
dire que l’on lit du texte.
De la même façon, ceux qui affirment
qu’un texte à l’écran se
voit et ne se lit pas sont peut-être aussi victimes
de leur surcorticalisation. Plus simplement, ce sont
des chercheurs, de fins lettrés qui tiennent
ce genre de propos. Eux ont dévoré des
milliers de livres. La lecture n’est pas un
problème pour eux. Ils lisent comme ils respirent
et ont peut-être oublié que la lecture
demande un savoir minimum.
Cette expression n’est donc pas à prendre
au sens littéral.
En revanche, si l’on se réfère
au brouillard sémiotique urbain, qui mélange
les icônes (pensons aux panneaux de signalisation)
et les mots, qui donne un sens au rythme d’apparition
de telle ou telle couleur (que l’on pense aux
feux oranges clignotants, dont le rythme nous est
devenu signifiant), on comprend bien que la frontière
entre lire et voir tend de plus en plus à s’estomper.
Il ne s’agit plus seulement de lire successivement
des mots, puis de voir / reconnaître des images,
mais également de savoir interpréter
des rythmes, des contextualisations puis, parfois,
de faire abstraction de tout ce signifié pour
s’en remettre au seul langage des signes d’un
policier qui aura court-circuité les systèmes
automatiques pour « reprendre la main ».
Le degré de complexité de cette situation
est extrême, puisqu’il mélange
des codes visuels, des perceptions temporelles et
spatiales, des représentations sociales, etc.
Que l’on pense à un immigrant arrivant
dans une grande ville, soumis au stress du décodage
des signes, il reconnaîtra autant l’injonction
« Don’t walk » par son aspect visuel
que par sa couleur, son ordre et son rythme d’apparition,
sa position haut perchée sur un mât d’acier,
synonyme pour lui d’autorité, de pouvoir
de l’État, etc.
Plus que tout autre moyen d’expression, la création
assistée par ordinateur a permis de jouer avec
ces enchâssements texte/image/temps/représentations
sociales.
Dans une des Formes libres, par exemple, intitulée
L’araignée du doute, sur http://www.0m1.com/Formes_libres/formlibr23.htm,
j’ai joué sur le rythme d’apparition
de deux animations très simples sur les mots
« oui/non ». Le fait de juxtaposer ces
deux animations, dont le rythme est différent,
entraîne que la succession de oui/non n’est
plus synonyme d’alternative, mais de doute.
Ce sens aura été induit tout à
la fois par les mots (mots que nous devons lire),
par leur apparence visuelle (l’imago des mots,
dont quelques écrivains comme Restif de la
Bretonne se sont préoccupés), et par
leur contextualisation dans un rythme et une installation
spécifiques.
On comprend bien que le rapport texte/image va beaucoup
plus loin, grâce aux outils de création
simples, conviviaux, universels, que les TIC nous
ont donnés. Il ne s’agit plus d’un
rapport de domination de l’un sur l’autre,
comme cela a longtemps pu être analysé,
domination du mot sur l’image, parce que l’image
ne parlerait pas, parce que l’image serait bête,
puis du rapport illustratif (l’image illustrant
le mot), ou encore du rapport métaphorique
(l’image créant métaphore avec
le mot), mais d’un rapport d’imbrication
qui tient autant compte de l’un que de l’autre,
et qui les met tous deux en perspective par leur interactions
dans un processus temporel .
Dans
l’essai qui donne son titre au recueil, vous
affirmez non sans provocation que l’on peut
être reconnaissant envers les virus informatiques.
Pouvez-vous nous expliquer ce paradoxe ?
Il y a certes une part de provocation dans ce titre.
Faire l’éloge des virus informatiques
peut sembler une aberration.
Je vais toutefois essayer d’expliquer mon point
de vue.
Le travail de l’écriture avec ordinateur
a changé grandement la façon dont
nous considérons le texte littéraire.
Alors que le XIXe et plus encore le XXe siècles
ont fait du texte littéraire une espèce
de fétiche intouchable, une Table de la Loi
qu’un auteur génial dicterait pour l’éternité,
et auquel il ne faudrait surtout pas toucher, sous
peine d’altération impardonnable de cette
marque indélébile du génie, le
travail du texte sur ordinateur nous montre combien
le texte est une matière flexible, et hautement
contingente.
A-t-on assez vu ces mises en scène grandiloquentes,
dans lesquelles l’auteur capricieux dicte jusqu’à
la position de la virgule dans tel ou tel chapitre,
sous prétexte que son œuvre en serait
défigurée, si l’on ne respectait
pas
ses recommandations ? Ce qu’un auteur comme
Mallarmé peut aisément justifier, parce
que Le coup de dés, par exemple, contient une
véritable réflexion sur la mise en page,
sur la place du vide (du blanc) comme ponctuation
de l’œuvre, bien d’autres ne sont
que dans la posture, à vrai dire de façon
ridicule, et même honteuse.
Les siècles précédents - si nous
voulons rester dans la chose imprimée, ne parlons
que des XVIIIe et XVIIe siècles - avaient une
approche bien plus pragmatique de la chose écrite,
et pour tout dire faisaient moins de chichis. On écrivait
par imitation, transformation de textes antérieurs,
latins tout d’abord, puis européens,
on se contentait aussi bien de fixer la littérature
orale, on transformait un fabliau pour place de marché
en œuvre imprimée - imprimée parce
qu’il le fallait bien, parce que ce n’était
qu’un moyen mnémotechnique, et parfois
cela devenait un chef d’œuvre.
C’est avec l’apparition du métier
d’éditeur, qui s’est peu à
peu séparé de celui de libraire, que
la fétichisation du texte imprimé s’opère
également, et pour des raisons on ne peut plus commerciales :
le texte figé par l’éditeur devient
intouchable, sous peine de poursuite. Une pratique
courante au XVIIe siècle, le pillage des œuvres,
et leur circulation selon des canaux bien peu orthodoxes,
une pratique qui donnait lieu également à
la démarcation savante, voire à la parodie,
s’est tarie. La loi des éditeurs a été
la plus forte, allant jusqu’à s’accaparer
avec la production des écrits, la légitimation
de la chose littéraire.
L’irruption de la micro-informatique personnelle,
puis surtout l’interconnexion des postes entre
eux connue sous le nom d’Internet a changé
complètement cet état de fait. Le texte
littéraire est contenu dans un fichier numérique,
comme tout autre contenu. Il est modifiable à
volonté. Il peut circuler, s’échanger,
être amendé. D’un simple clic on
peut l’archiver, on peut le parcourir à
l’aide d’outils de recherche discriminants.
Agrandir la taille des caractères, modifier
la mise en page, sont les moindres des choses qui
permettent d’adapter le texte à sa vision.
On le travaille comme une pâte, selon son bon
vouloir. Grâce aux liens hypertextes, on peut
associer à tel mot une couleur, une image,
un son. Un lien sur une phrase peut vous amener vers
n’importe quel endroit du web, vers des savoirs
insoupçonnés.
La contrepartie de cette migration de support, ce
peut être l’impression d’inconsistance.
Non pas que l’importance de la chose écrite
se mesurerait au poids de l’objet entre nos
mains - épais livre austère pour pensée
roborative, fichier numérique impalpable pour
impressions fugitives, voire supercheries - mais il
est de fait que la facilité du travail du texte
sur ordinateur, et sa circulation sans entrave sur
le net, avec l’accroissement exponentiel des
auteurs et des contenus, a pu désorienter
le lecteur, voire le dégoûter. Si le
texte littéraire n’a plus pour appui
de sa valeur, d’une part le prix que l’on
est prêt à payer pour l’acquérir,
d’autre part la glose accumulée par des
générations antérieures, comment
parvenir à l’estimer, comment le considérer
autrement que comme monnaie de singe.
Il y a une création de valeur, ou disons plutôt
une formation de l’appareil critique capable
de nous orienter, et de hiérarchiser les œuvres,
qui manque encore sur le net. Quelque chose à
la frontière d’un système de représentation
symbolique et de la cristallisation des pratiques
ne s’est pas encore fait. De l’immatérialité
des contenus, et de leur disparition dans les disques
durs des ordinateurs, nous n’avons pas encore
pris toute la mesure, parce nous avons du mal à
trouver des équivalences, en attendant de pouvoir
faire cohabiter pacifiquement, en toute sérénité,
la galaxie Gutenberg (qu’il n’est pas
question d’abandonner) avec les techniques de
l’information et de la communication.
Tout ce qui peut nous permettre de lancer des passerelles
doit être saisi.
C’est en ce sens que les virus informatiques
peuvent permettre de contextualiser tout à
la fois l’acte d’écriture et celui
de lecture.
Je ne prendrai qu’un seul exemple. Imaginons
un auteur à sa tâche. Il écrit
sur un ordinateur connecté au réseau.
Un virus vient infecter son poste, et lui fait perdre
la totalité de son travail en cours.
Que fera cet écrivain ? Peut-être abandonnera-t-il
son œuvre en cours, et en entreprendra-t-il une
autre, toute différente, qui portera quand
même la trace de cette disparition. Peut-être
tentera-t-il de recommencer et écrira-t-il
une œuvre qui sera le souvenir de son premier
jet. Dans l’un comme dans l’autre cas,
il écrira avec ce fort sentiment de déception,
de perte, de gâchis, sur lequel quelques chefs-d’œuvre
se sont construits.
Il écrira avec le sentiment que rien de tangible
ne peut être tenu pour certain. Que le socle
sur lequel il croyait reposer, ce travail du texte
qui l’identifie comme être humain, et
qui fait de lui un écrivain, est on ne peut
plus vacillant. Il saura que dans l’immense
marée numérique, dans laquelle nous
baignons, il n’est qu’une goutte d’eau,
un lien, un ajout de quelques kilos octets.
Le virus informatique, en détruisant sa première
œuvre, soit le laissera dans une détresse
irrémissible, ce dont l’humanité
certes se remettra, soit encore lui donnera la force
de surmonter cette perte, et le portera peut-être,
je dis bien peut-être à se surpasser.
Le virus informatique aura lancé une passerelle
entre ce que nous savions de l’acte d’écriture,
de la lente maturation des manuscrits, et des accidents,
pertes, oublis, vols, dont certains sont victimes,
dont certains ne se relèvent jamais, dont certains
encore s’autorisent pour publier leur œuvre
écrite par dessus, œuvre ré-écrite,
œuvre définitive pour le coup, une passerelle
donc entre cette tradition de la chose écrite,
cette histoire des manuscrits fort documentée,
et qui donne à la littérature un corps,
une chair, et les modes nouveaux d’appropriation
des textes que le traitement numérique des
données est en train de mettre en place.
Non pas que le virus avait cette fonction. Le virus,
comme je l’avance dans le texte éponyme
du titre édité par Manuscrit Université,
est avant tout un message. Un message lancé
par son concepteur, pour des raisons propres, dont
je détaille certaines.
Ce message, nous le recevons variablement, selon nos
professions, nos modes d’utilisation de l’informatique.
Pour un écrivain, un professionnel du travail
sur le code, sur la langue, sur le texte, il est impensable
de ne pas prendre acte de ce message. Que ce soit
de la manière accidentelle que j’évoque
ici, ou de tout autre manière, le virus est
un message que nous devons entendre.
Avez-vous
l’intention d’écrire d’autres
essais ?
Peut-être.
Mon travail universitaire actuel me porterait dans
une direction, et mon
travail dans les revues vers une autre.
Voyons desquelles il s’agit.
Mon travail universitaire se penche actuellement sur
l’étude de la formation d’une critique
des littératures hypertextes.
Le sujet peut sembler un peu abscons. Pourtant, une
vraie question est posée.
Devant les objets esthétiques nouveaux, avec
lesquels nous devons composer aujourd’hui, poésie
cinétique, récits interactif, littérature
générative, de quels outils critiques
disposons-nous ?
Comment pouvons-nous former notre regard ?
Alors que les œuvres que j’évoque
s’emploient justement à brouiller les
frontières, à quel savoir antérieur
devons-nous faire appel ? Quand nous nous rendons
compte que la simple compréhension de ces œuvres
nouvelles mobilise chez le lecteur une somme assez
considérable de savoirs, qui vont des jeux
vidéos aux arts plastiques, de l’informatique
à la littérature, sans oublier la philosophie
et une bonne dose de connaissance en sémiologie,
on peut s’interroger sur la façon dont
les œuvres seront appréhendées.
Le fort contenu technique de ces œuvres pose
également des problèmes nouveaux, passionnants.
Un lien hypertexte peut-il avoir un sens ? Où
commence l’œuvre de littérature
hypertexte ? Son URL doit-il être analysé
?
Les choix esthétiques de l’auteur, choix
qui dépendent fortement de solutions techniques,
peuvent-ils être pris en compte ?
Comme par ailleurs je suis engagé depuis à
peu près cinq ans dans une aventure collective,
sous la forme de ma participation à une liste
de diffusion dédiée aux littératures
informatiques, E-critures, je dois également
prendre en compte ce que la lecture collective d’œuvres
proposées pour examen aura pu apporter à
la formation de ce regard critique.
Dans ce cadre-là, je suis membre d’une
équipe de recherche mise en place par la BPI
Pompidou, et tiendrai ma part dans la parution d’un
ouvrage qui sera édité très prochainement
par le département Études et Recherches
de la BPI Pompidou.
L’autre direction dans laquelle je travaille
a davantage trait au Net-Art.
J’ai donc été amené à
participer à des revues, comme la revue du
Centre International d’Art Contemporain de Montréal,
pour laquelle j’ai rédigé plusieurs
articles critiques sur des œuvres de Net-art,
et également un dossier sur la notion d’aléatoire.
Par mon activité de formateur et de conférencier,
notamment à l’École des Beaux
Arts de Montpellier, je me suis beaucoup interrogé
sur la place de la technique dans le Net-Art.
Peut-être donc que ces deux directions de mon
travail de recherche et d’écriture seront
formalisées sous forme de livre.
Pour ce qui concerne le second sujet d’étude,
il manque vraiment des livres d’accès
pour un large public d’étudiants, de
curieux aussi, un livre qui donne quelques clés
pour accéder à un art encore largement
méconnu, le Net-Art.
Le Livre
des morts sur Internet
Lire l'entretien de 2002 avec Xavier Malbreil
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