| "En
lançant aujourd’hui sa collection
« Témoignages de la Shoah »
avec les éditions Le Manuscrit, et grâce
aux nouvelles technologies de communication, la
Fondation souhaite garder et transmettre vers
un large public la mémoire des victimes
et des témoins des années noires
des persécutions antisémites, de
1933 à 1945.
Aux
nombreux ouvrages déjà parus, la
Fondation espère ainsi ajouter les récits
de celles et ceux dont les voix sont restées
jusqu’ici sans écho : souvenirs souvent
enfouis au plus profond des mémoires individuelles
ou familiales, récits parfois écrits
mais jamais diffusés, témoignages
publiés au sortir de l’enfer des
camps, mais disparus depuis trop longtemps des
rayons des bibliothèques.
Si
quelqu’un seul ne peut décrire l’indicible,
la multiplicité des récits peut
s’en approcher.
En
tout cas, c’est l’objectif que s’assigne
cette collection à laquelle la Fondation,
grâce à son Comité de lecture
composé d’historiens et de témoins,
apporte sa caution morale et historique.
Auschwitz,
le 16 mars 1945 d’Alex Mayer, présenté
par son fils et préfacé par Serge
Klarsfeld, constitue le premier ouvrage de cette
Collection.Face
à une actualité où l’instrumentalisation
des conflits divers tend à obscurcir, confondre
et banaliser ce que fut la Shoah, cette collection
permettra aux lecteurs, chercheurs et étudiants
de mesurer la spécificité d’une
persécution extrême dont les uns
furent acteurs, les autres complices, et face
à laquelle certains restèrent indifférents
et les autres héroïques.
Puissent
ces ouvrages inspirer à leurs lecteurs,
à l’image des Justes du Chambon-sur-Lignon,
le rejet de l’antisémitisme et de
toute autre forme d’exclusion, et l’esprit
de fraternité."
Simone VEIL,
Présidente de la Fondation pour la Mémoire
de la Shoah.
Interview réalisée
en novembre 2004
Pourquoi la Fondation pour la Mémoire de
la Shoah, dont vous êtes la Présidente,
lance-t-elle cette Collection ?
Sachant depuis longtemps que beaucoup de survivants
qui écrivent leurs mémoires trouvent
difficilement un éditeur pour les publier,
j’ai souhaité, dès que la
Fondation pour la Mémoire de la Shoah*a
été créée, qu’elle
trouve le moyen de faire éditer et diffuser
ces témoignages.
Mais
beaucoup d’ouvrages ont déjà
été écrits sur ce sujet…
C’est exact. Encore que nombreux sont les
ouvrages ou les œuvres de fiction qui sont
très éloignés des réalités
que nous avons vécues. Il est donc important
de publier les témoignages de celles et
ceux dont les voix sont restées longtemps
silencieuses ou sans écho : récits
parfois écrits mais jamais diffusés,
témoignages publiés au sortir de
l’enfer des camps mais disparus depuis longtemps
des rayons des bibliothèques, alors qu’ils
revêtent un intérêt tout particulier
car ils n’étaient alors marqués
d’aucun tabou.
Ne craignez-vous pas que les auteurs de ces
témoignages soient déroutés
par cette Collection « en ligne »
?
Le choix d’un partenariat avec les éditions
Le Manuscrit permettra à cette Collection
une diffusion plus large qu’une édition
classique. L’édition en ligne permet
de commander de vrais livres, semblables à
ceux de l’édition traditionnelle,
ou bien de télécharger les ouvrages
de la Collection sur son ordinateur. La Fondation
s’est adjoint les services d’un jeune
historien, professionnel de l’édition
pour assister, le cas échéant, les
auteurs à mettre en forme leurs manuscrits.
Prenant en compte les possibilités offertes
par les nouvelles technologies, ce moyen garantira
la pérennité de ces textes, les
sauvant ainsi de la mise au pilon.
À
quels lecteurs s’adresse cette Collection
?
Cette Collection s’adresse au grand public,
à tous les publics mais plus particulièrement
à la jeune génération. Non
seulement les déclarations négationnistes,
mais aussi les amalgames conduisant à la
banalisation de la Shoah font mesurer à
quel point le travail de mémoire et de
transmission reste nécessaire. Ces livres
aideront les chercheurs et les étudiants
à enraciner leurs connaissances historiques
sur ces événements tragiques du
XXe siècle par ces histoires vécues,
qui leur permettront d’être confrontés
aux réalités de l’extermination
et de la déportation des Juifs.
Qui
peut envoyer ses manuscrits à la Fondation
?
Les auteurs de la Collection ont connu des expériences
et des parcours différents mais ils ont
en commun la volonté d’en rendre
compte afin qu’on en tire la leçon
: celle de l’engrenage infernal où
mènent l’antisémitisme, le
racisme et l’intolérance, celle aussi
de la solidarité vis-à-vis des victimes.
Anciens déportés, enfants cachés,
Justes ou personnes ayant contribué à
sauver des Juifs, simples témoins et descendants
de la deuxième génération,
leurs témoignages constitueront cette Collection.
Quelle
garantie offrez-vous aux lecteurs de la qualité
des livres de cette Collection ?
Nous avons constitué un comité de
lecture expérimenté, présidé
par Serge KLARSFELD dont l’engagement et
l’autorité sont avérés,
et qui, composé d’historiens et de
personnalités reconnues pour leur connaissance
de la Shoah, apporte sa caution intellectuelle,
morale et historique à cette Collection.
Quel
impact prévoyez-vous pour cette Collection
?
Face à une actualité où l’instrumentalisation
des conflits divers tend à occulter, confondre
et banaliser ce que fut la Shoah, cette Collection
permettra de prendre conscience de la spécificité
de la Shoah, tant en ce qui concerne le fondement
idéologique que la planification et les
méthodes mises en œuvre pour exterminer
six millions de Juifs.
Avant que les derniers survivants de la déportation
qui peuvent encore témoigner disparaissent,
il est important que leurs souvenirs soient enregistrés
ou écrits, s’ils ne l’ont déjà
été. Chacun a sa propre histoire
familiale ; chacun a connu à Auschwitz,
Bergen-Belsen ou dans tout autre camp, un parcours
et un vécu particuliers. Les historiens
y trouveront, j’en suis sûre, de nouvelles
sources d’information.
En parlant de leur famille disparue, de leur adolescence
saccagée par le mal absolu, les derniers
témoins, avec des mots sortis d’un
passé dont l’horreur reste difficile
à imaginer, inspireront à leurs
lecteurs le rejet de toute forme d’antisémitisme
et la volonté de lutter contre toute forme
d’intolérance et d’exclusion.
* dont la dotation provient des
spoliations dont les Juifs de France furent victimes.
La Fondation pour la Mémoire de la Shoah,
fondation privée reconnue d’utilité
publique et créée en 2000 sur la
recommandation de la Commission Mattéoli,
soutient des projets grâce aux fonds restitués
émanant des spoliations dont les Juifs
furent victimes en France, lors de la Seconde
Guerre mondiale.
Au
cœur de ses missions, figurent celles, d’une
part, de « développer les recherches
et diffuser les connaissances, sur les persécutions
antisémites et les atteintes aux droits
de la personne humaine perpétrées
pendant la Shoah, comme sur les conditions qui
ont permis, en France,à la majorité
des membres de la Communauté Juive d’
échapper à la déportation
», d’autre part de « contribuer
à la conservation et à la diffusion
des témoignages relatifs à ces événements
».
(Extraits
des Statuts de la Fondation)
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