Dédicace de l'auteur    Sept questions à l'auteur    Abordage de mots houleux
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Ecrire, c'est faire le tri. (Grebelpiers)


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Dédicace de l'auteur
« En quoi cette journée a-t-elle été indispensable ? », c'est la question que je me pose tous les soirs, depuis l'âge de quinze ans. Cette volonté constante d'intéresser le temps m'aura fait noircir plus deux mille pages, dont La vie triée révèle la quintessence, d'une part au travers des grandes figures que j'ai eu l'occasion de rencontrer (ma femme, mon chien, la conne, etc.), d'autre part en extrayant le suc poétique et aphoristique contenu dans ces dix-huit années de réflexions.

Plutôt que de respecter une chronologie ennuyeuse, j'ai retenu l'ordre alphabétique comme meilleur moyen de réduire ma vie à sa plus simple expression, en lui conférant par là même une dimension universelle. Décalée et décapante, La vie triée propose une façon de déraisonner le monde, de s'en libérer pour mieux se l'approprier, au gré d'une petite musique aux variations subtiles, poétiques et philosophiques mais également drôles, voire futiles, quand on prétend restituer sa vision du monde, je crois qu'il importe de ne rien passer sous silence.

Mais pour saisir tout cela, le mieux est encore de se laisser porter par la forme nouvelle de ce « bréviaire pour esprits libres », que ne renieront pas les Oulipiens et où le lecteur pourra laisser naviguer tant sa raison que son intuition. La vie triée est une succession de fragments dans l'harmonie de l'alphabet, un jaillissement où chaque paragraphe raconte une petite histoire, dans un ensemble pour ainsi dire irréductible, c'est un « livre premier » que l'on ne peut plus simplifier, sauf à le diviser par lui-même...

 

Sept questions à l'auteur
Peut-on savoir qui est « la conne » ?

La conne représente la somme de toutes les connes que j'ai connues. Mais que les cons se rassurent, ils ont droit eux aussi à leur portrait dans La vie triée.

Vous faites plusieurs fois référence à la photographie...

La photographie est très présente dans mon univers. Objet de plaisir dans Touché !, mon premier roman, je l'ai récemment remise à l'honneur dans un autre roman, expérimental celui-là, et dans lequel j'ai voulu rendre compte de la fascination que la photo exerce sur moi. Extraire l'instant, saisir quelque chose d'unique à partir de ce que tout le monde voit... (NDLR : intitulé André l'argile, ce troisième roman n'a pas encore été publié.)

Pouvez-vous nous éclairer sur votre placard ?

Le placard avance... Le bois travaille... Les vis s'enfoncent jusqu'à la garde, et il finit par y faire tout noir... Mon placard n'évoque rien de précis mais il revient effectivement de temps à autre, comme une cachette ou peut-être, un cauchemar...

Et cette agence, ce directeur que vous citez diversement ?

C'est l'agence qui me permet de gagner ma croûte, c'est à l'agence qu'au quotidien je sers à quelque chose, et sans avoir à me poser de question... C'est très reposant ! J'ai eu bien des employeurs, et cette agence évoque plus généralement l'ambiance qui règne dans le monde du travail, dans le tertiaire en particulier, mais l'on extrapolera sans difficulté vers n'importe quel rapport de force « sous contrat. »

Parlez-nous de votre gendarme...

« Saucisse sèche et dure », précise le dictionnaire. Excellente au demeurant, et que l'on a souvent du mal à trouver dans les charcuteries parisiennes, pour un Alsacien c'est très frustrant ! Mon gendarme c'est mon pénis et j'en parle dans La vie triée comme d'un ami fidèle, avec ses hauts et ses bas.

Vous n'aimez pas beaucoup le mois d'août !

J'envie janvier, février me fait vibrer et en mars, je ramasse, avril est viril et en mai, je mets, juin m'oint et juillet me fait jouir, en septembre c'est tendre et si octobre reste sobre, novembre sera brave, en décembre tout décante mais au mois d'août, franchement, où aller ?

Et ce puzzle, qui revient régulièrement dans La vie triée ?

Dans mon second roman (On part), la quête du héros est assimilée à la résolution d'un puzzle, et cette analogie constitue pour moi une façon de penser privilégiée. Il se trouve que j'ai véritablement reconstitué un puzzle de six mille pièces (un tableau de Breughel l'Ancien !), ce qui m'a pris six mois et m'a beaucoup appris sur les vertus de la patience et de la volonté. La planche en question moisit désormais dans ma cave, car une fois achevé, un puzzle ne présente plus aucun intérêt

 

Abordage de mots houleux
La vie triée est une allobiographie, téléphonée à l'intention de mon lecteur.

Assumer sa pieds-nudité consisterait à marcher enfin sur la plante.

Nous avons parfois besoin de réconfaible, ça ne résout rien mais c'est tellement humain.

Le désêtre nous étreint lorsqu'il n'y a plus d'oasis.

Une vie nagée ne va pas sans une bonne connaissance de l'apnée et de la contre-plongée.

Ma femme m'aile car je l'amours au-delà du jugement, c'est dire combien je l'aime trope.

Le pare-être est une fine couche de paresse, qui enveloppe tout un chacun de façon plus ou moins indélébile.

Vivre rêvéveillé, c'est faire de ses désirs la seule réalité possible.

Lorsque nos intestins sont au diapason de notre tourment, nous vivons des moments mêlant colique.

Après avoir appris l'outil de raison, j'ai réparé mon moi avec un tournevie.

Chaque soir avant de m'endormir, je reconsidère le jour à chevet.

Quant à la mort sûre, les serpents sont les moindres de nos ennemis.