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Je suis né à Bruxelles en 1966 d’un
couple de fonctionnaires européens : papa est
italien, maman est française.
On m'inscrit à l’Ecole européenne
de Bruxelles, section italienne.
Ma première langue étrangère
est le français, ma deuxième est l’anglais,
ma troisième est l’allemand. Mon bac,
lui, sera donc européen et reconnu de ce fait
dans les différents pays de l’Union.
Résultat : j’arrive à Paris en
1984, m’inscris à La Sorbonne et fais
des études de littérature française.
Bien lancé sur ma trajectoire européenne,
je profite alors de mon temps libre pour apprendre
aussi l’espagnol et obtenir deux diplômes
d’anglais : le Certificate de Cambridge ainsi
que le T.O.E.F.E.L. américain.
Et ensuite ?
Juste après la guerre du Golfe, un ami me propose
d’écrire des textes pour la télévision.
Ca tombe bien, d’autant que ça marche.
Et même plutôt bien : me voilà parti
pour Strasbourg, ville du Parlement européen,
mais surtout de la chaîne franco-allemande Arte.
Depuis, je suis revenu à
Paris, j’ai publié des textes de poésie
dans des revues françaises et belges, et je suis
actuellement rédacteur télévisuel
pour France 5, TV5 et M6. |
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- Mafalda, l’irréductible
contestatrice argentine des comic strips de Quino.
- Tocqueville, De la démocratie en Amérique
(ex-aequo avec Barthes, L’Empire des signes).
- Les acteurs noirs, portant des masques de blancs,
dans Les Nègres de Jean Genet.
- Toni Morrison, surtout dans Beloved.
- Ségou, de Maryse Condé, ou comment les
Africains ont perçu les premiers Européens.
- Last exit to Brooklyn, de Hubert Selby Jr.
- Alain Robbe Grillet et ses glissements progressifs
du désir.
- Querelle de Brest
- Les notes qui sèment le doute dans les nouvelles
de Borges.
- Alix et Enak, les héros hétéros
si pudiquement intimes des BD de Jacques Martin.
- La deuxième partie des aventures de Don Quichotte.
- Les épopées des elfes et des nains,
citées en v.o., dans le Seigneur des anneaux
de Tolkien.
- Cassandre, de Christa Wolf.
- Le chapitre central dans Promenade au phare de Virginia
Woolf.
- Pessoa.
- Pasolini.
- Les poèmes expressionnistes de Gottfried Benn.
- Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne,
de Bernardino de Sahagún, et ses pages divisées
en trois :
- Et surtout une jeune romancière française
que je viens de découvrir : Elisabeth Jacquet,
Les grands parcs blancs, Flammarion, 2001. |
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La Quadrature d'un tour de Manhattan
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Il aurait fallu se souvenir du fait que le hall d'un
grand hôtel new-yorkais ressemble à celui
d'un palais des congrès, brouhaha et désordre
y compris : les gens grouillent dans tous les sens et
Raoul n'a pas précisé où ils sont
supposés se rencontrer ; les trois Grâces
vont être désorientées. Mais sont-elles
seulement arrivées ? Sinon en se plaçant
près de la porte d'entrée - il y en a
plusieurs. Il ne reste donc plus qu'à aller demander
à la réception si trois élégantes
grands-mères sont déjà venues les
accabler de questions pressantes concernant leur tendre
Raoul, si gentil d'avoir accepté de leur servir
de guide dans cette ville qu'elles ne connaissent absolument
pas, si serviable surtout, si comment dire ? car elles
ne devraient pas être passées inaperçues
en concluant sur un ton qui se veut soudain efficace
: "Mais excusez-moi Mademoiselle, tout cela nous
éloigne de la question : auriez-vous vu mon petit-fils
?" et, ainsi, les retrouver.
Non. La réceptionniste vient de répondre
"Non" et Raoul n'a pas eu la présence
d'esprit de demander si Mesdames R-O-C-H-E, avec un
é à la fin, sont arrivées. Ni quel
sera leur numéro de chambre. Entre temps un groupe
de touristes britanniques occupe toute l'attention de
la demoiselle, inutile d'insister.
Or il n'y a pas que les Britanniques. Les groupes de
toutes les nationalités semblent s'être
engouffrés dans ce hall depuis les dernières
vingt-cinq minutes -- les trois Grâces pourraient
se trouver n'importe où. Raoul est un peu paniqué,
il s'agit quand-même de leur faire un bon accueil
parce qu'elles ont beau jouer les voyageuses de choc,
elles n'en ont pas moins de quatre-vingts ans chacune
et il ne voudrait pas qu'elles se sentent perdues dès
l'arrivée.
Il sonde méthodiquement la foule. Pas facile
cependant, le hall est immense, ses piliers sont tellement
gros qu'elles pourraient se trouver toutes les trois
derrière un seul d'entre eux et puis, et surtout,
la foule est parcourue de tant de déplacements
internes que ...Bon, personne pour l'instant cependant,
mis à part tous ces touristes et ces hommes d'affaires.
Et à la réception ?
L'accalmie. Vite.
- Could you give me Mrs. Roché's room number,
please ? Roché : R-O-C-H-E. Thank you.
Aucune chambre n'a été réservée
sous ce nom. Ça tombe mal, Raoul ne connaît
pas le nom du voyage organisé qu'elles ont pris.
Il ne lui reste plus qu'à ne pas trop s'éloigner
de cet endroit où elles finiront bien par demander
leurs clés. Et on allume une cigarette - ah non,
c'est vrai, interdiction formelle, comme chez ces particuliers
maintenant qui te prient avec un ton légèrement
condescendant de bien vouloir passer sur le balcon,
même s'il fait moins 10° dehors et quoiqu'ils
t'aient invité. Donc Raoul reste gentiment immobile
et prêt à mordre. Trois quarts d'heure
de retard. Et il faut espérer de surcroît
qu'il s'agisse bien de cela. Que ferait-il si elles
arrivaient dans un autre hôtel ?
Des Français viennent d'entrer, mais pas elles.
Un groupe bruyant avec Monsieur et Madame qui rouspètent
déjà : c'est pas possible, ils avaient
demandé une chambre à part pour les enfants,
ça commence bien ! Les Britanniques d'avant se
comportaient sans doute de manière semblable
mais on les remarquait moins, et pas seulement parce
qu'ils n'ont pas la rouspétance automatique.
C'est qu'ils ont beau être européens comme
nous ils ne sont pas de chez nous, et nous ne voudrions
surtout pas qu'on nous assimile aux nôtres. Enfin,
pas dans ce cas. On pense à tout lorsque l'on
attend, sans la moindre retenue d'ailleurs ! Petit-fils
indigne : voilà comment on dérive alors
qu'il s'agit prioritairement de retrouver grand-mère.
A ceci près que de la porte tournante de droite,
la petite blonde aux reflets dorés, cette deuxième
tête blond vénitien, suivie d'une troisième,
blond naturel, avançant comme trois cannetons
derrière celui qui ressemble au guide d'un nouveau
groupe, pourraient bien - oui, ce sont elles. "Elles
ont l'air chouette, se dit Raoul, avec leurs coiffures
ébouriffées et le regard hagard quoique
impeccablement maquillées comme toujours".
Ni cernes ni poches sous les yeux. Deux heures de retard
quand-même. Mais la grand-mère a gardé
ses talons hauts et ses deux demoiselles de compagnie
aussi car elles arrivaient dans un bel hôtel voyons
!
« Mon petit Raoul, je vais m'effondrer. Ce gentil
monsieur a eu l'obligeance de porter ma valise en plus
de la sienne et je ne sais vraiment pas comment Sylvie
et Thérèse ont pu arriver jusqu'ici avec
les leurs. Non, non : laisse-le tout arranger sans le
déranger. Il est peut-être même plus
fatigué que nous, tu sais ? N'est-ce pas Monsieur…
Excusez-moi j'ai encore oublié votre nom, ne
m'en veuillez-pas.
- Tu me sembles pleine d'énergie Mamie.
- Si tu le dis... mais qu'il nous donne vite la clé,
j'ai hâte de prendre une douche. Raoul, voici
Sylvie. Suis-je bête ! vous vous connaissez depuis
ton enfance. Thérèse, bien sûr,
c'est Thérèse que je voulais te présenter,
tu te souviens d'elle ? c'est la maman de Caroline,
tu sais, vous jouiez ensemble sur la plage quand vous
étiez petits. (Ah, merci. Et le passeport plus
tard, oui, oui, parfait. Et encore mille fois merci
Monsieur !)
- Ecoutez, vous préférez peut-être
monter tout de suite dans vos chambres et vous reposer
un peu ? Je peux passer vous chercher dans une heure
si vos voulez. On pourrait faire une petite promenade
sur les avenues de New York avant d'aller manger. Vous
aurez un coucher de soleil comme dans les grands films
made in USA.
- A vrai dire ce n'est pas cela qui nous manque à
Marseille mais - viens que je t'embrasse : vous ne trouvez
pas que c'est le plus beau petit-fils du monde ? Et
quand je pense que nous sommes en Amérique avec
toi... Je suis très contente, tu sais ? Un peu
fatiguée aussi, laisse-nous le temps de nous
reposer. Une heure nous suffira, qu'en dites-vous ?
C'est Oui ? Eh bien rendez-vous ici alors. »
La voilà qui part bras dessus bras dessous avec
ses deux dames de compagnie de part et d'autre. Les
bagages suivent, elles ont déjà trouvé
un porteur dans toute cette foule sans devoir ouvrir
la bouche en anglais, qu'elles ne parlent d'ailleurs
pas. Raoul, elles sont fières de toi : «
Oh oui, il a reçu une bourse, et il est dans
une grande université américaine pour
y faire des recherches je crois. Nous lui demanderons
sur quoi au juste plus tard. Un sujet littéraire,
je dirais, ou linguistique au fond : il a toujours aimé
les langues, lui ». |
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