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Entre les mots
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Thérèse Malachy-Krol
 
Présentation
Entre les mots est, comme son titre le suggère, une autobiographie lacunaire. Le lecteur friand de confidences risque d'être quelque peu déçu. Ce texte n'a pas non plus été écrit dans l'idée de fournir un document, encore un, à l'histoire de la Shoah. J'ai souhaité y suivre le parcours affectif et événementiel d'un couple et d'une fillette survivants qui, en apparence, ont eu plus de chance que d'autres. Et pourtant… Pour qui voudra bien y prêter attention, l'essentiel de cette tragédie juive du XXe siècle se cache « entre les mots ».
Extrait du livre
Ce même soir, les amis des Polonais qui nous gardaient se sont présentés déguisés en miliciens et nous ont sortis de notre abri. Ils étaient armés. Ils nous ont fait lever les bras en l'air et maman m'a glissé de ne pas avoir peur, que la mort ne faisait pas mal. Après qu'ils eurent fouillé dans nos affaires et qu'ils se furent rendu compte qu'il n'y avait pas d'argent, ils nous ont chassés. C'était le soir, le couvre-feu et une mort immédiate, dans le meilleur des cas, nous attendait. Mais mon père n'allait pas capituler pour autant. Il a frappé à une porte, au hasard, à l'étage du dessus. Un petit bonhomme au visage large et clair lui a ouvert. Papa nous a présentés tous les trois et a expliqué la situation. L'autre n'a pas hésité. Il s'appelait Franek Maj, cordonnier de son état et grand consommateur de vodka devant l'Éternel. Il était marié et père de deux fillettes, Hania, de mon âge, et Izunia, quatre ans. Là, sur le palier, Franek est devenu notre ange gardien. Ça n'allait pas de soi. À l'époque, lorsqu'on découvrait que quelqu'un protégeait des juifs, c'était l'exécution de toute la famille. En attendant, il nous a conduits au grenier, disant qu'il aviserait le matin. J'étais brûlante de fièvre, mais en ce temps-là le corps ne fonctionnait probablement pas comme en temps ordinaire. Nous avons passé la nuit au grenier assis par terre, blottis l'un contre l'autre. Le matin je n'avais plus de fièvre. Franek a tenu parole. Il nous a emmenés en tramway, au mépris du danger, jusqu'à l'autre rive de la Vistule, à Grochow, une banlieue de Varsovie. Le frère de Franek, maçon avant la guerre, était maintenant concierge dans une des maisons. Marcel ne ressemblait en rien à son frère. Paysan fruste, obtus et bourru, il maugréait des paroles inaudibles. Bola, sa femme, était une énorme commère, illettrée et sournoise. Son prénom a pris par la suite une valeur symbolique pour notre famille. Le couple avait deux enfants, Basia, l'aînée, une jolie polonaise à grosses nattes châtain clair, très sympathique, et un garçon un peu borné, Rysio, qui bégayait. La famille logeait dans deux grandes pièces dont la cuisine, où on se tenait d'ordinaire, et les enfants y dormaient. La pièce d'à côté servait de chambre à coucher aux parents. C'était une chambre aveugle dont la fenêtre avait été murée par Marcel lors du bombardement de 1939, suite à l'effondrement de tout un pan du mur. En bas du mur il y avait une sorte de cavité haute d'un mètre et dont la largeur devait aussi correspondre à un mètre. Un petit placard qui contenait des livres, surtout des livres saints, abritait le renfoncement. C'est dans cette chambre que nous avons été installés. Le frère de Franek et son épouse, n'avaient pas la moindre envie de nous garder, ce qui, étant donné les circonstances et le manque de place, n'avait rien d'étonnant. De surcroît, détail non négligeable, ils étaient antisémites, de façon primaire, mythique, à la polonaise. Pour les obliger à nous garder, en dépit de tout, Franek a inventé une histoire à dormir debout, mais d'une efficacité indiscutable : les membres de la Résistance exécuteraient toute la famille si elle refusait de nous cacher. Il savait que c'était le seul moyen, mon père n'avait plus un sou. C'était en 1943. Nous sommes restés dans la chambre jusqu'au bombardement et la destruction ultime de Vars
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