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AD PATRES
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Rolland Fillod
 
Présentation
En 1919, Aurelien Miloz revient dans son village du Jura après quatre ans de combat dans les tranchées. La guerre la brisé physiquement et moralement. Il ne saura jamais comment retrouver sa place parmi les siens. Il meurt quelques années après son retour. Le seul héritage qu'il laisse à Georges, l'aîné de ses enfants, c'est le désir de quitter cette vie de paysan à laquelle il ne croit plus. Georges, malgré l'opposition de sa famille, quitte la ferme pour s'engager dans les pompiers de Paris, convaincu qu'il va trouver dans ce nouveau monde, le chemin pour devenir un homme. Mais, la réalité sera différente et sa vie ne sera qu'une longue quête de lui-même, entre ses racines paysannes et son aspiration à s'en libérer, sans les renier.
Extrait du livre
Mathieu avait lancé les bœufs et abaissé le couteau de la faucheuse. Les herbes tombaient lourdement, sur une largeur que Miloz estima à au moins deux bons coups de faux. Il avait posé sa faux et s’était roulé une cigarette. Il regardait avancer l’attelage se laissant captiver par le rythme et par le bruit régulier de la lame. Mathieu était arrivé au bout du champ et quand il vira pour revenir vers son beau-frère, il lui fit de loin un signe de la main, comme un signe de victoire.Arrivé près de Miloz, Mathieu s’arrêta et voulut descendre pour lui laisser la place. Mais Miloz lui fit signe de continuer, lui montrant la cigarette qu’il n’avait pas fini de fumer.– Tu peux bien fumer en fauchant, ça s’fait sans toi " lui lança Mathieu.– Et bien, si ça s’fait tout seul, t’as qu’à finir le champ… " Lui répondit-il, d’un ton presque violent qui l’étonna lui-même.Mathieu n’insista pas et relança la faucheuse qui abattait l’herbe aussi vite que l’auraient fait trois faucheurs réunis. Miloz s’était assis et ne regardait plus que par intermittence le travail régulier de la machine. Quand elle se rapprochait, il entendait le bruit métallique des allers-retours réguliers de la lame qui étincelait parfois aux rayons du soleil brûlant de cet après-midi d’été. Il sentait monter en lui une sensation de malaise dont il était incapable d’expliquer l’origine. Il s’était allongé et en regardant le ciel chargé de nuages blancs que poussait mollement le vent du sud, il se revit quelques années auparavant, du côté de la Champagne, légèrement à l’arrière du front, dans un champ que les combats n’avaient pas complètement ravagé. Parfois, il entendait au loin les claquements saccadés des mitrailleuses en imaginant confusément les hommes fauchés par les balles s’abattre doucement et tomber au sol comme des herbes sous la faux.Et maintenant, au milieu de son pré des Toupinet, à quelques pas de chez lui, dans sa tête, tout se mélangeait : le bruit de la faucheuse et celle des mitrailleuses, les herbes qu’il voyait tomber sans résistance et les hommes qu’il avait vu tomber comme ces herbes, sans plus de résistance et sans même un cri qui aurait au moins pu signifier au ciel que c’était des hommes que l’on fauchait ainsi. Il sut à cet instant quel danger il avait pressenti devant la machine. Il comprit que cette machine ne faisait pas que faucher l’herbe plus vite, mais qu’elle allait supprimer les gestes de l’homme, rendre son corps inutile. Cette faucheuse que Mathieu menait fièrement, enivré par sa puissance d’abattage, était la même que toutes les machines de guerre qui pendant quatre ans avaient réduit les corps des hommes à n’être rien moins que des herbes fauchées et aussitôt remplacées par d’autres, fauchées tout aussi vite et ainsi jusqu’à épuisement de la graine humaine. La guerre continuait en transformant ses machines en matériels agricoles qui, s’ils ne tuaient pas les hommes, rendaient leurs corps et leurs gestes éternels désormais inutiles. C’était la même élimination systématique du corps humain. Voilà ce qu’il était en train de comprendre, qu’il refusait de tout son être, mais qu’il sentait inéluctable. “ Ça s’fait sans toi ” lui avait dit Mathieu, avec un air de triomphe alors que lui ressentait cela comme la mort et la défaite de son monde, de celui que son père et son grand-père et tous les autres avant, lui avaient transmis.
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