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Vies interdites
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Mireille Boccara
 
Présentation
L’auteur découvre l’antisémitisme très tôt quand à l’école une bande de filles commence une ronde autour d’elle en chantant : "Ah la juive! Ah la juive!" Qu’est-ce que j'ai fait? Pourquoi elles me rejettent ? se demande-t-elle. Six ans plus tard, c’est la défaite, l’Occupation et bientôt la chasse aux juifs. Le père de Mireille fait confiance à Pétain et aux lois. En dépit des signaux d’alarme, il ne peut pas croire que la vie des siens est menacée. Préfacé par Lucie Aubrac qui fut le professeur de Mireille, "Vies interdites" restitue le climat et les divers comportements des Français sous l’Occupation. La famille de Mireille n'est pas sortie indemne du grand massacre perpétré par les nazis et leurs nombreux complices.
Extrait du livre
"Samedi 20 novembre 1943 Nous sommes encore couchés sur des matelas, dans la salle à manger des Khénaffou quand Papa arrive, affolé, sans cravate. Lorsque Madeleine est descendue chercher le lait, elle a vu des soldats allemands frapper à la porte de la concierge qui était absente. Ils ont regardé les noms sur les boîtes aux lettres. Papa est sorti par la porte de service. «C’était peut-être pour nous! Je vais remonter. J’ai donné l’ordre à Madeleine de n’ouvrir sous aucun prétexte. S’ils viennent, je pourrai m’enfuir par la porte de service.» Maman se tourne vers son beau-frère : «Armand, accompagne Lalou. Je serai plus tranquille. Commence à faire les malles avec Madeleine.» Ils partent tous les deux, Papa avec son chapeau et son manteau gris, Armand, tête nue, dans son pardessus bleu marine. Il est dix heures quand Papa téléphone chez les voisins. «Tout est calme. On s’affole pour rien. Si vous avez des affaires à prendre, vous pouvez monter par l’escalier de service.» Et nous remontons tous, sauf Maman et Dario, Taty pour aller chercher ses papiers, Robert et moi nos cartables, Simone ses bijoux et Lucienne quelques provisions. Parvenus presque au deuxième étage, je vois Armand qui descend. Il me chuchote : «Sauvez-vous vite! Ils sont là!» On fait demi-tour. Je dévale les escaliers, cœur cognant, tempes battantes. À une allure de tortue. Vite, il faut aller plus vite ! Enfin la grande cour. Armand nous dit : « Séparons-nous. Je prends la grande porte. Passez par la petite. » En courant, nous traversons les deux cours puis la traboule. Petite rue des Feuillants, Armand est à quelques mètres de nous devant la porte cochère. Un homme aux cheveux roux ondulés, main droite dans la poche de son manteau sombre, a posé la main gauche sur le bras d’Armand. Taty veut s’élancer mais je la retiens fermement. « Tu ne peux rien faire, Taty. Ne bouge pas. » Je la force à marcher normalement, à traverser la rue sans se retourner, à entrer dans une traboule. Nous attendons un long moment, cœur battant, tempes cognantes. Cet homme nous a peut-être vues. Quand nous sortons, la rue est vide. Taty a repris ses esprits. « Il ne faut pas rentrer directement chez Lucienne. On nous surveille peut-être. » Nous errons dans le quartier. Nous montons et descendons la colline de la Croix-Rousse. Des enfants, cartable au dos, sortent de l’école. Nous tournons en rond tandis que Taty se lamente. « Pourquoi il a écouté ta mère au lieu de m’écouter, moi ? Pourquoi est-il remonté dans cet appartement de malheur ? Je savais bien qu’il ne fallait pas vivre chez vous ! Et maintenant c’est fini ! Armand est pris ! » Dans ma tête c’est la tempête. Armand est pris. Papa est pris. C’est certain. Comment est-ce arrivé ? En fin de journée, Madeleine nous l’apprendra. « Je ne devais pas ouvrir mais dans le judas, j’ai vu une canadienne. J’ai cru que c’était mon beau-frère. Après avoir pris un bain, Monsieur se rasait. Monsieur Armand était dans le hall. Il s’est enfui mais un homme de la Gestapo l’avait vu. C’est la faute à la canadienne ? Ou à la porte de service ? Sans elle, nous ne serions pas remontés. À cinquante ans de distance, on voit mieux notre aveuglement. On n’a pas tenu compte des signaux d’alarme qui ont retenti jusqu’au bout. On n’a pas profité des chances offertes jusqu’à la dernière minute.
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