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Mémoires de déportation écrites en mai-juin 1945
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Maurice SZMIDT
 
Présentation
Maurice Szmidt est devenu un homme lorsque, convalescent, il s’est mis à rédiger ce qu’il venait de subir afin d’en conserver la mémoire qu’il sait fragile. Aussi est-ce sans détour ni omission qu’il nous livre dans ce témoignage la cruelle réalité de ce qu’il a vécu, du premier coup de canon qui le réveille le 10 mai 1940 à Anvers – où, venu de Pologne, il vivait avec ses deux sœurs et ses parents juifs pratiquants –, aux retrouvailles avec sa famille à Lyon trois ans plus tard.
Extrait du livre
Lors de la marche de la mort. Quelle affaire avant de se trouver dans une grange ! À coups de fouet on nous pousse dedans par centaines. Dedans, il fait noir à ne pas pouvoir voir son voisin. Nous trouvons à grand-peine une place, mais impossible de s’endormir : des cris, des pleurs, des injures remplissent la grange. Ce ne sont plus des cris d’hommes ; même au cirque, c’est mieux. Dès que quelqu’un marche sur mes pieds gelés, je crois devenir fou de douleur. En plus de mes pieds, j’ai pris froid au dos la première nuit à Heydebreck. La sortie est comme l’entrée, c’est-à-dire le fouet sur le dos. Ça doit être l’enfer, me dis-je. Est-ce qu’il existe quelque chose de pire ? Nous nous dépêchons pour être les premiers dehors et essayer d’attraper nos amis s’ils sont là. Une heure plus tard, nous nous réjouissons en nous retrouvant. Peter nous raconte que Genia est restée chez un Allemand comme sténotypiste et il espère qu’elle s’en est mieux tirée que nous. C’est grâce à une initiative de Bachman avec le SS de l’IKB que cela a pu se faire. Nous leur racontons que Herbert et Insler se sont évadés, que Spielman et Snoek ont essayé d’en faire autant, mais comme d’habitude la malchance est toujours du côté de Spielman ; c’est pour cela qu’il se trouve maintenant avec nous dans la colonne. Nous marchons à leurs côtés en les aidant à tirer la charrette des SS. Le problème de ravitaillement commence pour eux. Jusqu’à présent, ils étaient quatre à manger chaque jour un bout de pain, mais maintenant qu’il faut partager avec tous, il y en aura juste pour une journée. Après avoir tenu conseil, les quatre décident de prendre seulement les anciens dans le partage, c’est-à-dire Jacques, Egon et moi. C’est quand même malheureux pour les autres, mais nous ne pouvons rien faire puisque la ration est une tranche fine. Nous passons par Neustadt. Devant la ville de Neisse, notre ami Heinz reste sur la route. Depuis quelques kilomètres, nous l’avons charrié jusqu’à ce que la sentinelle l’ait fait descendre pour l’achever. Il y a déjà une semaine que nous sommes en route. Que représentent pour un homme en marche les morceaux de pain mangés au début de la journée ? Nos rangs sont déjà beaucoup moins denses. Du sang coule sur toutes les routes de l’Allemagne. Passé Neisse, il fait nuit et une tempête de neige qui empêche de voir la route nous oblige à changer de direction. Après que nous avons marché quelques kilomètres en luttant pour notre vie, le SS s’aperçoit que nous nous sommes trompés de direction et qu’il faut revenir en arrière. J’entends encore les cris de ceux qui tombent dans la neige, suppliant qu’on les aide à se relever. Comme le diable règne sur nous, personne ne se retourne en entendant les cris, emportés par le vent.
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