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IL CAVALIERE
Le très édifiant destin de Silvio Berlusconi
Une critique de Sophie Enos-Attali de la revue ContrepointsTRONG>

 
Dénoncer la "pourriture" de l'actuel Premier ministre italien Silvio Berlusconi : tel est l'objectif clairement affiché par Iago Migatti Lulli dans sa dernière pièce, sarabande tragi-comique et cauchemardesque, mise en scène par Fabio Fabi et présentée en création mondiale à Paris, au Théâtre de la Comédie des Italiens.


A cette fin, l'auteur choisit de nous montrer "Il Cavaliere" en 2025, mort, en enfer. La perfide Lucifer - Marguerite Bertoni, déjà remarquée dans le théâtre d'Olivier Py - et son fidèle assistant, Charles Quint - le très bon Guillaume Collignon -, réservent en leur royaume un accueil des plus chaleureux à la personne démoniaque qu'est Silvio Berlusconi - malheureusement interprété par un Candido Temperini trop effacé et qui ne nous permet pas d'oublier son dernier rôle dans En Route vers le Tokaido.
 
L'actuel premier ministre italien, bien que trépassé, y apparaît à son naturel, c'est-à-dire sûr de soi et content de ce qu'il a fait de et dans sa vie. Son goût du pouvoir et de l'argent, son sens du mensonge, son aptitude à manipuler les hommes sont passés en revue. La pièce ne manque pas non plus d'allusions au "racisme" de son allié au gouvernement, le chef de la Ligue du Nord, à l'amitié qu'a pour lui le Pape Jean-Paul II, ou encore à ses affinités avec les grands dictateurs du siècle passé, dans la lignée desquels Iago Migatti Lulli ose le situer. De même, le texte insiste sur l'apathie de l'Union européenne devant son élection, ici montrée comme un véritable danger pour les valeurs qui sont au fondement de l'Europe : la démocratie et la liberté.


Est donc dressé là un tableau effroyable, qui donnerait à pleurer. De rage, de désespoir. A pleurer donc… s'il ne s'agissait en fait d'une comédie aux décors baroqueux, d'une farce burlesque, à l'italienne. Résultat : une pièce mordante, parfois loufoque, plus descriptive qu'argumentative, à laquelle on reprochera seulement de manquer de finesse et de nuance. Car le public, dont on peut supposer qu'il est par avance gagné à la cause de l'auteur, ne ressort pas du spectacle avec des idées neuves : si la "sotie" de Iago Migatti Lulli, très engagée, présente l'intérêt de mettre en évidence la menace que représente pour l'Europe une personnalité comme Silvio Berlusconi, et de dire à mots couverts la nécessité de lui résister, elle n'évoque que de manière très évasive la politique du Premier ministre italien et surtout, n'incite pas assez à l'action, ou du moins à la réaction.


Cependant, on saluera la démarche qui consiste à s'attaquer de front à une personnalité médiatique se trouvant à la tête d'un grand pays, une démarche servie ici par une mise en scène enlevée et des comédiens dans l'ensemble investis dans leur rôle.


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De nouvelles voix s'élèvent du paysage des revues, bien décidées à percer le ronron complaisant des coteries culturelles. Parmi elles, celle de Jérôme-Alexandre Nielsberg, porte parole de la revue Contrepoints, nous engage à reconsidérer le rôle de la critique aujourd'hui.

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