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QUITTER LES REFUGES
Geneviève Berthezène, libraire volante

Geneviève Berthezene parcourt les marchés de la région lyonnaise à bord de sa camionnette librairie, c'est dans ce mouvement vers les autres qu'elle entend rendre un peu du bonheur que lui ont apporté les livres et la poésie…


Chaque dimanche matin, vous êtes présente sur le marché de Grigny et vos locaux ne sont autres que la région lyonnaise. Vous sentez-vous investie d'une mission ? Pourquoi ce nomadisme ?TRONG>
Je suis présente sur le marché de Grigny seulement le 1er dimanche de chaque mois (sauf en août). La région lyonnaise est mon lieu de vie, mais il m'arrive de "voler" ailleurs. Je reviens, par exemple (1er week-end d'août), de Viller en Val dans l'Aude. Chaque année a lieu la grande Deiteillerie, en hommage à Joseph Deiteil qui y est né. Je ne me sens investie d'aucune mission. Juste le plaisir "d'aller vers", avec des livres sous le bras. Des lieux différents, où le livre n'est pas forcément attendu.. Je peux m'autoriser ce nomadisme grâce à mon âge, qui fait que je n'ai plus à "gagner" ma vie. Les livres et les autres m'ont tant apporté (et continuent, bien sûr… !) … C'est la moindre des courtoisies que de le leur rendre !


Votre métier s'apparente étonnement à celui des colporteurs des siècles passés, de ces poètes imprimeurs et écrivains vagabonds : est-ce la meilleure façon pour vivre dans des circonstances poétiques ou pour être poétiquement "ouvert" ?TRONG>
Oui, sans aucun doute. Il en va ainsi du mouvement, de l'échange, du troc de la vie vivante. "Moi, je dis que la poésie, çà s'apprend pas, ça se vit." (P. Forcioli)


Vous êtes lectrice de poésie pour manuscrit.com, parlez-nous de cette passion. Quand et avec quel livre avez-vous entendu la "voie d'Orphée", pour la première fois ?TRONG>
Allez savoir... Peut-être déjà dans le ventre de ma mère ?


Quelle(s) période(s) et quelle(s) esthétique(s) vous tiennent particulièrement à coeur ?TRONG>
Ni périodes, ni esthétiques. Selon les moments peut me tenir à coeur une comptine, un texte de Saint Jean de la Croix, de Shakespeare, d'Emily Dickinson, de Philippe Jacottet, de Pierre Albert Jourdan, de Georges Heldes… et tant d'autres... Ils sont nombreux et trop singuliers pour être "rangés"… me tient à coeur ce qui, de mille diverses manières, va au coeur…


Quelles sont vos considérations sur la poésie actuelle et son devenir ?TRONG>
Aucune. Elle continue son petit bonhomme de chemin, comme elle l'a toujours fait.


Jean-Michel Maulpoix a contribué à remettre au goût du jour la question du lyrisme. Certains critiques parlent d'un Nouveau Lyrisme, comme d'autres ont pu annoncer le Nouveau Roman… Croyez-vous que votre instinct de ciel ait besoin d'une nouvelle définition ? La poésie peut-elle encore faire école ?TRONG>
Je crains de ne pas aimer les définitions en général, et sur la poésie en particulier.


Le 20 avril 2001, le poète André du Bouchet nous quittait. Selon vous, qu'a-t-il apporté de primordial à la poésie française ?TRONG>
Ce qu'il a écrit.


Si vous n'aviez plus qu'une seule citation en tête, qu'un petit texte en prose, qu'un ultime vers à partager pour dresser votre portrait, quel serait-il ?TRONG>
"C'est là qu'il faut aller, oui, par ici qu'il faut entrer. Il faut laisser tout ce que l'on a (ce que l'on croit avoir) et entrer dans l'espace ouvert. Il faut quitter les refuges et les chambres closes, et glisser en avant, en s'écartant pour recouvrir tout ce que l'on voit. (…) C'est cela qu'on attend, qu'on cherche depuis si longtemps : la lumière. Il suffit alors d'être debout en haut d'une colline, devant la mer avec le ciel, et regarder, respirer, regarder, respirer."
L'inconnu sur la terre, JMG le Clezio.

 
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Propos recueillis par Sophie Zénon, septembre 2001.
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