Scénariste militant, Carlo de Boutiny dévoile l'envers du décor : la structure actuelle de l'industrie cinématographique fait écran devant ceux qui rédigent les histoires de nos films ! Rencontre avec le rédacteur en chef de la Gazette des Scénaristes.
Comment est née la Gazette des scénaristes ?TRONG> Lors de la création du premier syndicat des scénaristes depuis une tentative avortée de Jeanson en 1946. Alors, un bulletin de quelques pages photocopiées, d'une teneur très politique, s'échangeait entre nous. J'ai repris le titre à partir du n°5 et nous sommes passé en Offset. Aujourd'hui, la Gazette des Scénaristes est un trimestriel de 112 pages distribué en Kiosques et librairies.
TRONG> TRONG> Quelle est votre ligne éditoriale ?TRONG> En tout premier lieu, nous essayons de valoriser et d'expliquer alentour le rôle du scénariste dans le processus de création d'un film. Cette volonté nous amène sur le terrain de la recherche historique avec, par exemple, des études sur les grandes figures du scénario (Tonino Guerra, Jean Gruault…) ou, dans le dernier numéro, les couples mythiques scénariste-réalisateur (Visconti-d'Amico, Brach-Polanski, Wilder-Diamond…). Bien sûr, nous présentons également des portraits de jeunes scénaristes prometteurs (Gilles Marchand, Stéphane Cabel, Gilles Laurant…) ainsi que des chroniques sur le quotidien de l'écriture (contrats, tribunes libres, aspects financiers…). Enfin, nous essayons de présenter une grille éclectique favorisant des cinéastes "hors circuit", notamment dans l'animation et la B.D. Nous ne sommes pas dogmatiques et rejetons le terme générique franco-français, vague et "fourre tout" des films dit "d'auteurs".
Quelle est actuellement la place des scénaristes français dans le paysage audiovisuel français ?TRONG> La chape de béton qui s'est abattu sur le cinéma français et la télévision de la fin des années 70 a noyé notre métier dans le brouillard. Songez que la plupart d'entre nous sont smicards et ne bénéficient d'aucune protection sociale. Les budgets de développement d'écriture ne représentent que 2,2 % du coût total d'un film. En 1997, seuls 7 longs métrages avaient été scénarisés sans réalisateurs en co-écriture. Bref, une situation quasi suicidaire. Toutefois, ces derniers temps, la chute du taux de fréquentation des salles, a permis une prise de conscience globale qui s'est manifestée, entre autres, par le rapport Gassot sur notre situation, le regroupement des scénaristes dans un syndicat fort et l'arrivée de jeunes cinéastes et de producteurs plus enclins à investir dans l'écriture. Le dogme hypnotique de "l'auteur-réalisateur" a donc vacillé par la force de sa propre inertie !
Quelles sont, selon vous, les qualités d'un bon scénariste ?TRONG> Curiosité. Courage. Capacité à réécrire. Culture cinématographique. Chance.
Et celles d'un bon scénario ?TRONG> Peu importe le genre pourvu que l'on trouve une fluidité dans le récit, une volonté d'inventer et d'étonner le spectateur. Mais ce scénario ne sera rien sans une adéquation réelle entre les mots et la capacité de mise en scène de son réalisateur.
Quels sont, selon vous, les critères d'adaptabilité d'un livre à l'écran ?TRONG> Lors d'un interview, Susso Cecchi d'Amico me racontait combien elle avait ressenti, avec Visconti, la difficulté de retranscrire, sur un écran, l'univers Proustien (en particulier, la lourdeur des voix off). Robert Bolt, lui, avait adapté une première version du Docteur Jivago en modifiant le rôle principal de Lara. "Une véritable salope !" selon un David Lean ulcéré. Je pense qu'il nous faudrait plusieurs numéro de la Gazette pour répondre à votre question.
Quelle est l'oeuvre littéraire que vous rêveriez d'adapter ?TRONG> Mort à Crédit du docteur Destouches et Sombres Printemps d'Urnica Zurn.
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