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L'OMBRE DES SECONDES
Falk van Gaver, la revue Immédiatement
 
Immédiatement exprime le sens de l'engagement ici & maintenant dans la volonté farouche de renouer le fil du temps.
Une belle idée de l'aventure.



Comment est née votre revue ? TRONG>
En 1996, fruit d'amitiés & d'engagements plus anciens & de la rencontre entre quelques jeunes gens qu'habitait une même fièvre, un même rêve "C'est la fièvre de la jeunesse qui maintient le monde à température normale. Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents" (Georges Bernanos) Nous ne nous reconnaissions pas dans l'ersatz proposé en fait de jeunesse & de vie par nos fades & tièdes démocraties marchandes.


Pourquoi ce nom, quelle est votre idée de l'immédiateté ? TRONG>
Immédiatement, c'est d'abord le titre d'un livre de Dominique de Roux, écrivain, poète & éditeur, fondateur de l'Herne, ami & (re)découvreur de poètes & écrivains gigantesques tels que Pound, Céline, Gombrowicz, véritable homme libre & à ce titre exemplaire.
Immédiatement, c'est le sens de l'engagement ici & maintenant, pour sortir des impasses contradictoires & similaires du refuge dans le passé & de celui en l'avenir ; sortir de cette déréalisation qu'implique le faux choix entre passéisme & progressisme, pour retrouver le présent & le vrai sens du temps. C'est-à-dire une brèche entre passé et avenir où se meut la liberté de l'action humaine, un instant fécond, un miracle, et non ce temps lavasse pour ruminations perpétuelles & infécondes qu'on nous vend sous les atours de l'épicurisme  quand l¹hédonisme n¹est rien d¹autre qu'une technique publicitaire.
Immédiatement, c'est aussi le refus de se laisser exprimer par des médiations trop nombreuses & intéressée pour ne pas abîmer notre substance ; im-média-tement, c'est cette méfiance vis-à-vis de cette surpuissance accordée aux médias qui éloignent toute réalité dans sa représentation, qui vampirisent la vie vraie pour la remplacer par son ersatz monnayé : ce que Debord appelait le Spectacle. Immédiatement, c'est le refus de se laisser dire par les médias & la volonté de dire & faire nous-mêmes ce que nous avons à dire & faire.



Dans un manifeste vous développez le projet ambitieux de "redonner du sens au temps (…) pour donner une chance au futur d'exister", comment ? TRONG>
Redonner sens au temps, c'est retrouver &  renouer le fil du temps. "Notre héritage n'est précédé d¹aucun testament" a écrit René Char. Nous sommes là, héritiers sans mode d'emploi d'un monde en marche forcée, pas cadencé vers l'autodestruction. Ce mode d'emploi, ce trésor sans âge & sans fonds, ce fil d'Ariane dans les labyrinthes & les folies du temps, c'est la sagesse immémoriale de la tradition (de tradere : transmettre) qui nous l'offre. Il nous faut accepter enfin cet héritage, rassembler ce qui a été éparpillé & sauver ce qui a été dilapidé, recevoir cette transmission, retrouver le "trésor perdu des révolutions" afin de pouvoir le transmettre à notre tour à ceux qui naissent & naîtront, aux nouveaux-nés, à tous ces étrangers sur la terre pour pouvoir leur permettre enfin d'habiter le monde au lieu de l'exploiter, le saccager & le dévaster. En ce sens, retrouver le fil du temps est la seule chance que notre présent ait de faire exister un futur autre qu'un vaste cauchemar climatisé. C'est cela même, la vraie & salutaire révolution ("Seule la tradition est révolutionnaire" disait Péguy).


"Quand la colère est une profession, quand la colère est une réaction."
Vous qui osez vous poser en réactionnaire, quelle est votre attitude face à l'actualité ?
TRONG>
La colère comme profession (de foi !), la colère comme réaction (de survie…). Nous n'avons pas de haine ; mais nous avons trop d'amour pour ne pas être en colère. Notre colère n'est bien sûr ni un emploi ni un statut. Il en est d'aucuns qui ont adopté cette pose comme moyen du succès" Méfiez-vous des faux prophètes, des loups déguisés en agneau" &, en l'occurrence, des agneaux déguisés en loup "Réactionnaires"?  Vivre, bien sûr, c'est réagir, depuis le premier vagissement du nouveau-né jusqu'au dernier souffle du moribond ; la vie est réactive, elle est toute réactivité. Et nous ne pouvons que réagir à la mise en vente du monde, notre dignité & notre survie l'exigent : c'est cela même, être révolutionnaire. Quant au vocable "réactionnaire", nous nous interrogeons sur son instrumentalisation incantatoire utilisée pour discréditer, par amalgame abusif, les pensées dangereuses pour l'ordre établi ; celles qui sont véritablement révolutionnaires.


Vous proposez de faire l'inventaire avant liquidation de vos ennemis. Quels sont-ils ? parmi eux une cible revient souvent la "génération vieillissante" des aînés...TRONG>
Les tièdes, les pusillanimes, les Hérode, les Pilate, les installés, les corrompus & corrupteurs, les profiteurs, les bourgeois, les satisfaits, les philistins, les pharisiens, les hypocrites, les riches… Ils ont toujours été les mêmes, les ennemis du genre humain, & donc d'eux-mêmes, puisqu'ils sont ennemis de la dignité humaine, donc de la leur. Ce que nous visons, c'est liquider & inviter à liquider en chacun de nous le pharisien & l'idolâtre qui malheureusement ne fait pas que sommeiller. La génération dite soixante-huitarde, en la matière, a atteint des sommets de mensonge & d¹hypocrisie : sous couvert de liberté & de libérations diverses & variées, il ne proposent & n'imposent rien d'autre que le culte de la vitesse, de la force, de l'argent, du capital, du profit, du rendement, de la puissance, etc., Moloch-Baal prenant les accents de l'amour, bref le fascisme à visage humain, imposture intégrale. Les immondes fascismes historiques avaient au moins l'avantage d'avancer à visage découvert : c'est ce qui a permis de les vaincre. Aujourd'hui, nous tentons, avec Immédiatement, d'arracher le masque fallacieux de l'époque  sous les multiples visages qu'il revêt. Si nous nous en prenons si souvent à M. Philippe Sollers, c'est parce qu'il est puissant & parce qu'il concentre & condense en lui toute l'usurpation sus-citée ; mais à travers lui, c'est tout le siècle que nous attaquons : nul ne doit se croire à l'abri.


Vous faites l'éloge de l'aventure… Quels sont vos modèles, qui sont les aventuriers aujourd'hui ? TRONG>
"L'aventurier n'est pas celui à qui les aventures arrivent, mais celui qui fait arriver l'aventure…" L'aventure, c'est ce par quoi le politique advient ; le politique, c'est justement cet agir ensemble en liberté que le règne organisé de la nécessité économique prétend supprimer & supplanter. Tout aventurier, en ce sens, est politique, & porteur d'un ordre en rupture avec celui de la triste nécessité économique. Plus qu'un romantisme ou une fascination pour le mouvement & l'action, voilà ce qui nous intéresse chez l'aventurier. L'aventure, c'est sortir de sa vie artificielle pour retrouver le réel ; c'est aller à la rencontre de l'autre, de lailleurs, de l'altérité  c'est-à-dire de l¹être, de la vérité. L'aventurier rompt le jeu des apparences, refuse l'apparence & l'immanence. Tout aventurier est mystique ; il recherche la transcendance absolue ; et en ce sens, la perfection de l'aventure, c'est la mystique. Nos modèles ? Plus que des modèles, les aventuriers sont pour nous des exemples de tentative de sortie & de rupture ; & de courage, père des vertus, qualité qui permet toutes les autres ; c'est ce en quoi leur fréquentation est féconde. Les aventuriers aujourd'hui ? Certainement pas le pitre BHL & ses sorties guerrières ; ni les clowns sanglants qui bombardent & moralisent, bien à l¹abri derrière leurs barrières de missiles. Les aventuriers, ce sont tous ceux qui prient & qui luttent dans les ombres, tous ceux qui mettent leur peau dans la balance pour l'avènement du règne de la justice & de la vérité. "Celui qui croyait au ciel, celui qui n'y croyait pas…" À Immédiatement, nous tentons et ceci aussi bien physiquement de faire arriver la haute aventure.


Quelles dernières découvertes vont ont surpris, enthousiasmé, révolté ?TRONG>
Amours ? L'excellente revue Conférence, dont la très haute tenue & la profondeur renvoient à sa nullité tout ce qui se fait ailleurs en matière intellectuelle. La lire, c'est éprouver un bonheur indicible, une joie profonde  et ne plus pouvoir jamais se soumettre à subir la vacuité fardée d'Esprit, Commentaires, Le Débat, etc., etc., tout le brillant babillage des singes savants proclamés intellectuels ou journalistes.
Le film splendide d'Ermanno Olmi Le Métier des armes : d'une étonnante pureté, d'une beauté peu commune…
La Poussière sur l'herbe d'Alberto Bevilacqua, magnifique... 
Dégoûts ? Les tergiversations autour de l'absurde & ignoble arrêt Perruche, ignominie sur laquelle un de nos amis, lui-même infirme de naissance, revient en profondeur dans notre livraison de printemps. La bouffonnerie électorale qui nous tient lieu de vie politique, etc., et son corollaire la farce télévisuelle, sinistres & odieuses quand tant souffrent & meurent de par le monde et là, ici-même, sous
nos yeux, au pas de nos portes.



Quels sont vos projets de publication pour avril, les évènements que vous organisez, que vous soutenez, ceux auxquels vous participerez en 2002 ?TRONG>
Les gens d'Immédiatement n'ont aucune ambition. Ni les honneurs ni les tributs ne nous attirent. Nous ne voulons pas réussir, mais vivre de la vraie vie. Nous ne voulons pas être installés dans aucune position, ni aucune opposition.  Nos projets ? Continuer. Continuer à vivre & lutter. Ce que nous faisons, ce que nous préparons requiert donc, pour être mené à bien, le calme, la discrétion, le silence & le secret. Une certaine opacité, une obscurité est vitale : c'est le terreau de toute liberté réelle.


Que diriez-vous aux auteurs qui souhaiteraient écrire pour Immédiatement ?TRONG>
Il ne faut pas écrire pour Immédiatement ; il faut écrire Immédiatement. Qu'ils se dépouillent du vieil homme, de leurs ambitions, qu'ils écrivent en vérité, car la vérité les fera libres.


Vous êtes depuis peu partenaire de manuscrit.com, qu'attendez-vous de notre partenariat ?TRONG>
Le contact avec une vie souterraine qui, ici ou là, affleure. Une chance de donner forme aux talents éparpillés & gâchés qui peut-être fleurissent dans l'ombre. Rendre féconde la zone d'ombre. Car c'est finalement d'elle, d'elle que nous oublions dans les réseaux transparents de nos existences saturées de médiations, d'elle que nous étouffons & dissipons sous les projecteurs halogènes des techniques spectaculaires, que vient la vie ; d'elle que nous avons avant tout besoin. Alors, oui, nous voulons, nous devons, immédiatement, faire de l'ombre.


L'article de Falk van Gaver à propos de La Poussière sur l'herbe d’Alberto Bevilacqua

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Immédiatement est une revue qui a pour slogan: "quand la colère est une profession, quand la colère est une réaction". (Dominique de Roux)
La page de présentation de Luc Richard, directeur de publication d'Immédiatement.



Immédiatement est partenaire depuis octobre 2001.
Pour vous abonner

32 bis  rue  Pérignon
75015  PARIS

redaction@immediatement.com 
http://www.immediatement.com



 





Propos recueillis par Audrey Cluzel, mars 2002.TRONG>
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