Le Journal Intime Collectif regroupe une centaine d’auteurs. Observateurs de la vie de tous les jours, ils suivent des règles strictes et redonnent des couleurs au quotidien.
Il est plus difficile de dire bonjour à son voisin de palier que de donner 100 francs à une association caritative. A partir de ce constat, Caroline Sarrion redonne du sens au quotidien en créant en 1994 le Journal Intime Collectif. Le JIC a vocation à nous rapprocher des autres en aiguisant notre regard sur la vie de tous les jours. “Ouvert à ceux qui racontent leur ville, ses quartiers, ses rues, sa vie quotidienne” annonce le site web (www.ejic.com), le JIC construit une oeuvre collective à partir de points de vue intimes. Le dernier recueil de plus de deux cents pages regroupe 34 auteurs. Axé sur Paris, le JIC s’est exporté à Marseille, puis au Brésil, après un bref détour à Lille.
Pour écrire au JIC, il faut suivre les règles “jicquiennes” : décrire une scène réelle d’un lieu public en proscrivant le “je”. Les écrits se succèdent selon la date et l’heure de l’événement. Les auteurs se rencontrent lors de réunions. Ils veillent alors au respect des règles du JIC dans une ambiance souvent houleuse. “Nous ne sommes pas un club d’écrivains” prévient Caroline Sarrion. Respecter les règles sert au “dépouillement de toutes velléités poétiques. Après ce nettoyage, le texte prend de la profondeur, il devient beaucoup plus personnel”. Les règles, très péremptoires, fonctionnent comme un révélateur. Révélateur de soi, comme ce peintre qui truffe ses textes de couleurs. Révélateur de la banalité d’un quotidien pourtant plein de sentiments, comme ce couple de petits vieux énumérant leur ordinaire monotone. Pour un peu qu’on ouvre l’oeil, notre quotidien prendrait des tournures moins grisâtre.
Mais attention, être “jicquien” demande une attention de tous les instants. La perle est au bout de la rue pour celui qui la traque. Caroline Sarrion se souvient être descendue de chez elle juste avant une réunion du JIC, carnet à la main, débusquer la petite histoire du quotidien. “L’intérêt est de laisser une trace de notre ordinaire”. Du coup, le JIC de Paris a fait des émules. Le petit frère lillois né en 1996 ne dure qu’un an. En 1999, un Journal Intime Collectif se crée au sud du Brésil (www.dicnet.com.br). Puis, le JIC débarque à Marseille en 2000 (http://marseille.ejic.com). Le site web, enfin, est assailli de demandes de participations. Caroline Sarrion pense créer une liste de discussions, sorte de réunions virtuelles, mais elle reste sceptique sur la formule. Il manque la convivialité. “Il faudrait une sorte de fédération, mais on n’a pas de subvention pour en créer” résume l’administratrice. L’association ne collecte pas d’argent, elle ne demande même pas de frais d’inscription. Seule consolation pour Caroline Sarrion, la fierté d’une association ouverte à tous. “Le JIC reste et restera toujours gratuit ”.
Xavier Ameilhaud
Rencontre avec Caroline Sarrion, fondatrice du JIC
Comment le JIC est-il né ? Le Journal Intime Collectif existe depuis 1994 en tant qu'atelier d'écriture, 3 recueils ont déjà été publiés par l'association VINAIGRE. C’est naturellement, qu'en 1997 j'ai réalisé le site afin d'offrir une vision de Paris écrite par ses habitants donnée par plus de 150 textes. Grâce au site, le Journal Intime Collectif à fait école dans le monde. Il permet aux abonnés de la liste d'être informés de la vie du Journal Intime Collectif, des prochaines réunions, des lectures, etc...
Comment fonctionne votre association ? Le Journal Intime Collectif a pour particularité l'absence de rédacteur en chef et de comité de rédaction. Un texte est considéré comme "jicquien" lors de son passage dans une des réunions. L'auteur est toujours présent, chaque réunion produit une sorte de "consensus ponctuel" où les participants reprennent les règles d'écriture à leur compte.
La charte du Journal Intime Collectif est un appareil critique qui permet le discussion. Le texte est-il descriptif ? c'est la question principale, et avec elle beaucoup d'autres sont soulevées tant que l'on pas la pratique du Journal Intime Collectif. Les participants viennent parfois pendant plusieurs années parfois seulement une seule fois. Cette expérience est riche en confrontations linguistiques et sociales.
Quelles sont les règles du JIC ? La seule ligne éditoriale du Journal Intime Collectif est contenu dans ses règles d'écriture : les textes doivent décrire, des scènes ou paysages réels et non inventés, des personnages anonymes sauf si cela est justifié dans la narration, dans les lieux publics. Les textes doivent être écrits de manière strictement descriptive, sans utiliser le pronom “je”, être précédés de la date, de l'heure et du lieu, être compris entre 3 lignes et 3 feuillets, être dactylographiés pour plus de lisibilité. Le bon déroulement des réunions est aussi très important. Il répond à un "code d'honneur" qui doit être respecté afin que tous les textes soient lus avec attention non par l'auteur lui même mais par un autre.
L'auteur découvre alors son texte par une nouvelle voix, un nouveau regard et cela provoque des surprises, des quiproquos…
Parmi les auteurs que vous avez rencontrés, quels sont ceux qui vous ont le plus marquée ? Les auteurs du Journal Intime Collectif sont tous différents, ce qui est le plus satisfaisant pour moi est le naissance d'un texte et la rencontre des personnes. Mais j'ai appris récemment que dans notre cas on parle plus volontiers "d'écrivants". Ensuite, c'est une affaire de goût et de talent ce qui est très personnel. IL y a des textes que j'aime et d'autres que je n'aime pas, mais je ne m'exprime pas sur cette question dans le cadre du Journal Intime Collectif. Si non, mes goûts personnels me portent vers Beckett, Brautigan, j'aime la littérature "sèche" avec un certain sens de l'humour…
Que préférez vous dans cette activité ? Ce que je préfère ce sont les réunions, la confrontations des textes et des gens différents, le moments de discussions intenses, et lorsque des personnes qui n'avaient pas intégré les règles du Journal Intime Collectif deviennent eux-mêmes, parfois au cours d'une réunion, de fervents garants des règles. Leurs textes se transforment et prennent corps. Ces réunions sont très conviviales, elles sont aussi l'occasion de se raconter des histoires et de parler de lieux sous des aspects différents, les lieux que j'appelle "les lieux partageables". Parfois pour localiser une scène nous regardons le plan de la ville et cela nous fait découvrir des lieux inconnus.
Quelles dernières lectures vous ont enthousiasmée ? Le Carnet d'or de Doris Lessing. C'est un best seller mais je ne l'ai lu que récemment. C'est le roman très autobiographique d'une femme libre qui écrit dans différents carnets selon ces émotions et ses humeurs… Certains sont romancés, d'autres très intimes…
Quel est le meilleur conseil qu'une revuiste puisse donner à un auteur ? Ecrivez ! et ensuite enlevez !
Ecrivez-vous ? Oui j'écris, mais je cloisonne mes écrits dans des petits carnets…
JIC d'ailleurs La rubrique JIC d'ailleurs donne à voir un paysage urbain de villes racontés par leurs habitants ou par les "voyageurs jiquiens". Où que vous soyez vous pouvez apporter vos témoignages avec des textes écrits selon les règles du JIC