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LES GALETS DU RICOCHET
Marguerite Tiberti, éditrice


"Le galet n'est pas une chose facile à bien définir." Francis Ponge
Nous nous y sommes pourtant essayé. Marguerite Tiberti, éditrice, nous raconte la naissance de ses Galets, des textes "qu'on lit vite mais auxquels on pense longtemps", et nous fait partager son enthousiasme pour la littérature et l'objet-livre qui le véhicule.




Comment êtes-vous devenue éditrice ?TRONG>
Juste après avoir décidé de mettre fin à ma profession de journaliste. Je travaillais pour Science et Vie et d'autres journaux dont Spirou ! A un moment donné, j'ai voulu être plus qu'un médiateur et m'impliquer dans la création. Le premier livre, que j'ai publié, Festival de Cannes : Stars et reporters, était encore lié au milieu du journalisme. Contrairement à toute attente je n'ai jamais publié d'ouvrages scientifiques. Très vite, je me suis lancée dans la publication de "romans classiques" en créant une collection, "La Rouge". Par goût personnel, mais aussi par conjonction de hasards et de rencontres. C'était en 1995. Fécondation in stylo de Michel Francesconi et Entre chienne et louve de Françoise Laurent ont été "mes" deux premiers textes. Le premier repose sur une histoire étonnante servie par une plume alerte. Entre chienne et louve m'a séduite aussi pour son rythme, son style très déployé : une jeune femme s'interroge sur les raisons qui ont poussé sa famille à exclure une de ses tantes de l'arbre généalogique. Elle découvre alors le destin extraordinaire qu'a connu ce personnage fantasque, bien décidé à vivre ses désirs jusqu'au bout en dépit de la pression sociale. Il y a une très belle musique chez Françoise Laurent. Malheureusement ces deux textes n'ont pas dépassé les 400 exemplaires vendus… J'ai donc pensé à publier des romans collectifs ce qui me permettait d'associer de jeunes auteurs à des écrivains confirmés.


Comment décririez-vous votre activité d'éditrice ?TRONG>
Il faut beaucoup discuter : avec les auteurs, les diffuseurs, la presse… On doit sans arrêt expliquer pourquoi on publie tel auteur, pourquoi on conçoit telle collection. Etre éditeur, c'est faire valoir un goût, le sien. Parce qu'en fait, je n'ai aucune raison d'exister si j'ai les mêmes goûts qu'Antoine Gallimard ou Raphaël Sorin. Accepter un auteur refusé par des dizaines de grands éditeurs, cela ne me dérange pas. Je ne monterai jamais au créneau pour "signer" un auteur presque déjà choisi par un autre. Ce que je veux, c'est créer une niche éditoriale originale. Si je me situe dans la concurrence avec les autres éditeurs, c'est au moment de la vente, et pas du choix. Je me bats pour faire de belles couvertures, j'embauche une attaché de presse qui saura parler de mes livres...


Parmi les auteurs que vous avez lus, lesquels auriez-vous aimé éditer ?TRONG>
J'aurais aimé être éditeur à l'époque de Maupassant … Aujourd'hui j'aime beaucoup : Milan Kundera, Michel Folco, Agota Kristoff, Sylvie Germain… Les romans de Philippe Sollers.


Comment s'est construite la ligne éditoriale de la collection des Galets ?TRONG>
J'ai choisi des textes plutôt courts avec des personnages qui entrent tout de suite en contact avec le lecteur. Et pour faciliter la démarche d'achat vers un auteur encore inconnu j'ai fais le pari d'un prix de vente à 50 F, assez bas pour l'objet que nous offrons. Difficile de définir plus la collection car, tant du point de vue du genre que du style, j'ai finalement des goûts assez éclectiques. J'aime les écritures baroques, les phrases à rallonge, les mots fleuris… Mais également les styles ramassés, linéaires. La qualité d'un style, réside dans sa personnalité… Il y a peu de critères objectifs qui me permettent d'expliquer mes choix.


Comment ont-été découverts les premiers textes publiés au sein de cette collection ?TRONG>
J'avais déjà publié des nouvelles de l'auteur de Raphaëlle dans la collection La Rouge. C'est un des auteurs pour lesquels j'ai souhaité créer les Galets. Pour Simon, c'est une relation de travail qui m'a envoyé ce texte en ignorant qu'auparavant, dans ma vie de journaliste j'avais déjà rencontré Thierry Martin. La Collection, m'est arrivé par la poste, mais je connaissais la mère de l'auteur, Colette Guedj. Cependant rassurez vous parmi les suivants il y a deux manuscrits vraiment "arrivés par la poste". De toute manière, je travaille avec une lectrice, qui elle ne connaît personne, et tient à rester à l'écart. Je fais un premier tri assez vite et lui amène ce qui, de mon point de vue, mérite d'être lu. Elle me propose sa sélection, je lis, on discute et on décide ensemble de ce qu'on va publier. C'est une vieille amie. Nos sensibilités sont très proches.


Comment décririez-vous le rapport qui vous lie aux auteurs de cette collection ?TRONG>
Agréable. Il y a des manuscrits sur lesquels je travaille beaucoup, d'autres moins. On en vient rarement au rapport de force. J'ai déjà choisi un texte que j'aime, si je suis amenée à faire retravailler un auteur c'est pour qu'il aboutisse dans son style ou que son histoire soit plus rythmée. Mais jamais pour en faire mon histoire ou pour normaliser son travail. Je ne suis pas auteur moi même et je crois que cela m'aide. Notre rôle d'éditeur est avant tout d'accueillir la création de l'autre. Le travail qui est fait sur un texte n'est pas forcément intéressant pour le public. Pour l'auteur, je pense par contre que c'est important de se sentir reçu, accompagné, sinon il est découragé. Sans lecture critique il peut avoir le sentiment d'un vide. S'il m'est arrivé de réécrire tout un passage, je le fais pour que l'auteur voit où cela ne va pas. Après, tout est entre ses mains, il peut tout remodifier. Au final l'oeuvre est bien celle de l'auteur et uniquement la sienne.


Quel est votre meilleur souvenir d'éditrice ?TRONG>
Quand j'ai appris la sélection de Simon, de Thierry Martin pour Chambéry 2001.


Que préférez-vous dans votre activité d'éditrice ?TRONG>
Le moment exaltant où je me dis "J'aime ce texte, je le publie…". C'est un vrai moment de joie. Le travail avec l'auteur, c'est un plaisir aussi mais d'abord un travail.


Le moment le plus difficile ?TRONG>
Chaque fois que le livre part chez l'imprimeur. Quand je signe le BAT. C'est à la fois une grande joie et une grande peur.


Quel a été le soutien le plus précieux au cours de ces années d'édition ?TRONG>
Il y en a eu plusieurs mais c'est Alain Lèze, le directeur commercial de Vilo2 qui a été mon meilleur soutien. Il est mon diffuseur-distributeur depuis 1996-1997. Je sais qu'il aime ce que je fais et qu'en dépit des difficultés que nous connaissons tous dans le domaine de la littérature, il croit en ma maison.


Un bon conseil qu'un éditeur puisse donner à un auteur ?TRONG>
De n'écouter que lui-même. De se faire plaisir. Quand il se raconte son histoire, il doit jubiler. Quand il l'a finie, il faut par contre qu'il soit ouvert et qu'il écoute ce qu'on lui dit. Et puis, il faut savoir jeter des manuscrits…


Le site :TRONG>

http://editionricochet.free.fr


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Propos recueillis par Marie Pierre Gracedieu, mai 2001.TRONG>
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