Caroline Lhonneux dirige la magazine belge l'E-novateur.org. A l'affût de toutes les effervescences, elle nous présente la vocation éditoriale de son site faite de subjectivité assumée et de prises d'indépendance féroces.
Caroline Lhonneux, qui êtes vous ?TRONG> Je suis née en 1979 à Liège. Après des études littéraires et un passage en faculté de Sciences Politiques, je me suis dirigée, par hasard, vers le journalisme. J'ai d'abord travaillé comme pigiste pour une mensuel culturel belge. Magazine qui a fait office de révélation. Une fois mon premier papier rendu, j'ai su où était ma voie. Cette expérience au goût de hasard, a mis à jour mon désir de coucher sur papier l'amour que je porte à toute création artistique, quelque soit sa forme. Depuis février 2002, je suis à la tête du magazine l'e-novateur.org où je développe avec des plumes venues de différents horizons cet amour pour l'Art.
Comment est né l'e-novateur.org ?TRONG> L'e-novateur est né d'une envie commune de promouvoir l'art sous toutes ses formes. Donner la parole à tous les acteurs qui font jour après jour le monde artistique, que ce cosmos soit fait de lettres, de peintures, de sculptures, de cinéma. Les média tiennent également une place dans le magazine car ils jouent un rôle primordial dans la vie artistique.
Quels en sont les collaborateurs, qu'est-ce qui vous unit autour de ce projet ?TRONG> Les collaborateurs de l'E-novateur sont nombreux et viennent d'horizons divers, certains participants de manière permanente et d'autres occasionnellement. De belles plumes nous offrent leurs mots comme Catherine Siguret, Arnaud Le Guern, Delphine de Malherbe, Carole Zalberg, Julien Alles, Benjamin Tessier, David Massard… Tous ont pour point d'attache la passion qui est pour certains la littérature, pour d'autres la peinture, la bande dessinée ou encore la photographie ou le cinéma. Je suis très heureuse, notamment de lire les mots d'Arnaud Le Guern, de Catherine Siguret, de Delphine de Malherbe ou de Carole Zalberg. Car étant tous les quatre écrivains, ils retranscrivent selon leur propre plume leur passion qu'est l'écriture.
Dans votre "profession de foi", vous déclarez vouloir abandonner la neutralité journalistique, quelle est votre idée du métier ?TRONG> L'idée que l'on ne peut justement pas dire par " déontologie " ou par bonne manière tout ce que l'on souhaiterait dire. Il est souvent de bon ton d'aimer ce qui est à la mode, de suivre le mouvement (et cela que le mouvement vaille la peine ou pas). Aussi bien dans le contenu que dans la forme il existe des limites très serrées pour pouvoir faire bonne figure dans le monde de la presse. Un certain style, certains sujets à aborder sous certains angles pour paraître crédible sont obligatoires. J'ai bien dit " paraître " car aujourd'hui on porte souvent plus d'importance au paraître qu'à l'être. Autrement dit, tout le monde doit se trouver dans le même moule, en plagiant par-ci par-là sujets ou phrases et le tour est joué : Le petit monde du journalisme est en marche. Je ne généralise certainement pas, il existe des exceptions mais elles se font rare…
Quelle est la situation des revues et de la presse culturelle en Belgique, le réseau de la presse alternative off et on-line est-il vivace ? Quels sites et revues amis pourriez-vous recommander à nos lecteurs ?TRONG> C'est un peu le problème au niveau belge, il y a une mésestimation constante de la culture et cette année on le voit encore, par exemple au festival de Cannes, où les cinéastes belges doivent passer par l'étranger pour avoir un minimum de reconnaissance dans leur propre pays. Il n'y a aucun magazine belge culturel proprement dit mais la demande est là si bien que les grands quotidiens et hebdomadaires tentent d'y répondre en augmentant leurs pages culturelles. Pour ce qui est de la presse en ligne, il y a peu de webzines culturels mais il en est un que je trouve amusant et très professionnel au point de vue du contenu, c'est le site http://www.frite.be, qui par son nom, je vous l'accorde, se prête à merveille aux nombreux clichés étrangers.
Quelle lectrice êtes-vous ? (sujets, époques, genres de prédilections, auteurs, livres favoris)TRONG> J'aime beaucoup les essais philosophiques ou d'actualité, les recueils de poèmes, les romans français ou étrangers. Je n'exclue aucune catégorie de lecture, j'aime tout lire. De Matzneff à Breton, de Kerouac à Hemingway, de Simenon à Ellis, de Rimbaud à Céline. D'Orsenna à Gavalda… Ce qui ne veut pas dire qu'après lecture, mon impression est forcément positive mais je ne suis réfractaire à aucun auteur ni à aucune découverte.
Si vous étiez un livre ?TRONG> L'Amour fou d'André Breton.
Quelles dernières lectures vous ont enthousiasmée, ennuyée ?TRONG> La dernière lecture qui m'ait enthousiasmée au plus au point est le roman d'Anna Rozen Méfie-toi des fruits paru aux éditions le Dilettante. Ce roman est un véritable délice et je le recommande à qui veut m'entendre. Par contre une lecture plus que pénible fut Teen Spirit de Virginie Despentes… No comment !
Quels sont les éditeurs auxquels vous êtes le plus attentive ?TRONG> Le Dilletante, Gallimard bien sûr et toutes les autres collections que cette maison héberge, qui sont une véritable mine d'or. Les éditions Métaillé et les éditions Denoël par exemple.
Qu'attendez-vous de votre partenariat avec manuscrit.com ?TRONG> Le plaisir de pouvoir découvrir de nouveaux auteurs prometteurs, sans être directement confronté aux auteurs déjà en place. Le monde de l'édition est un monde sans pitié et il suffit parfois d'un rien pour passer à côté de véritables talents. La promotion ne s'opère pas simplement après la parution, l'art est une découverte et Manuscrit.com nous offre des possibilités énormes de découvertes. C'est sans doute aussi le plaisir de la primauté par rapport à la lecture car on ne sait jamais jusqu'où s'envolera un livre.
Pourriez-vous nous présenter votre collaboratrice et amie Carole Zalberg ?TRONG> J'ai fait la connaissance de Carole un soir à l'Opus Café à Paris pendant le concert de Berthier. Nous avions échangé quelques mails et convenu d'une interview pour que je puisse dresser son portrait pour le magazine pour lequel je travaillais. J'ai véritablement été séduite par la personnalité de Carole. Après avoir discuté quelques minutes avec elle, je me suis rendue compte que la sincérité, la douceur, l'honnêteté qui se dégageait de ses écrits n'était pas romancée. Carole Zalberg ne triche pas, en plus d'être un écrivain de talent, c'est une femme d'exception. Les sentiments qu'elle affiche sur papier font indubitablement partie d'elle. Il n'y a aucun décalage entre Carole et ses écrits. La parution des Mémoires d'un arbre, son premier roman, paru aus éditions du Cherche-midi, a été un véritable bonheur pour elle, et le plus merveilleux est que son bonheur est communicatif. Je suis réellement heureuse que Carole ait accepté de participer à l'aventure de l'E-novateur car au-dessus du lien des mots se tisse aussi une véritable amitié. Que demander de plus ?