Crée en 1977, dans la lignée de Bible et Terre sainte, la revue Le Monde de la Bible est devenue une véritable référence dans l'approche historico-critique des questions religieuses touchant à la Bible, apportant ainsi une éclairage nécessaire sur les fondements de notre culture.
Quel est l'historique de votre revue ?TRONG> Le Monde de la Bible a succédé en 1977, à Bible et Terre Sainte, revue en noir et blanc, créée par un prêtre, Pierre Bockel, qui était un ami d'André Malraux. Son but était d'informer les chrétiens de tout ce qui se faisait en archéologie en Terre Sainte. Le Monde de la Bible a continué dans l'esprit de Bible et terre sainte, tout en élargissant ses objets d'études dans l'espace et dans le temps. Dans l'espace : nous nous intéressons à l'ensemble de la Méditerranée, dans le temps : les thèmes bibliques vont se trouver aussi bien dans un tableau de Chagall à Nice autour duquel nous faisons un commentaire, que dans le chapiteau d'une église romane.
Quel a été votre parcours avant votre participation à cette revue ?TRONG> Je ne viens pas du tout de ce milieu. Je suis rentré a Bayard en 1995. J'étais universitaire et journaliste. J'ai fait une thèse sur le catholicisme français et le fascisme italien avec Jean-Marie Mayer alors que je me trouvais à l'école française de Rome. Mes études d'arabe et d'hébreu m'ont également servi. Je suis revenu au journalisme après quelques années d'enseignement. Avant de me retrouver à Bayard, j'étais à Libération où je me suis occupé des pages "rebonds", donc quelque-chose qui n'a rien à voir. J'étais abonné depuis très longtemps au Monde de la Bible puisque c'étaient des sujets qui m'intéressaient. Il s'est trouvé qu'une place s'est libérée au Monde de la Bible et que le rédacteur en chef de l'époque, Frédéric Boyer, m'a proposé de le rejoindre en 1997. Je lui ai succédé en 1999, puisqu'il est devenu directeur de l'ensemble du département "culture et religion".
Quel est votre principal lectorat ?TRONG> Notre lectorat se compose de cadres supérieurs et de professions libérales. Il est plutôt âgé avec un haut niveau d'études. Il s'agit en général de catholiques, mais aussi de protestants. Disons des gens qui s'intéressent aux questions religieuses. On s'aperçoit que les ventes en kiosque augmentent lorsqu'on traite d'un thème un peu transversal qui concerne les trois religions. Nous avons fait un numéro en septembre dernier sur le Proche-Orient de Jésus à Mahomet, du premier au septième siècle. C'est un numéro qui a eu beaucoup de succès. Les lecteurs ont envie de comprendre d'où viennent les antagonismes apparents entre ces trois religions qui ont le même dieu, qui ont des situations historiques voisines. Si vous voulez connaître le thème qui a le plus de succès…c'est l'Egypte. Si on fait un numéro sur l'Egypte, les ventes décollent toutes seules.
Qu'espérez-vous lui apporter ?TRONG> Nous souhaitons être une référence pour ce qui concerne l'approche historico-critique des questions religieuses qui touchent à la Bible. Mais nous ne nous limitons pas à la Bible. Par exemple sur l'Andalousie, la Bible était en arrière-plan. Nous sommes une revue d'approche historique des trois religions monothéistes après un mythe.
Vous arrive-t-il de vous intéresser à d'autres domaines que ceux qui ont un rapport avec la Bible ou estimez-vous que celui-ci soit déjà suffisamment large ?TRONG> Il est très large en réalité. Ce sont quand même des livres (en grec le terme est pluriel) qui sont le socle de notre culture. A partir de là, on peut chercher dans plusieurs directions. En particulier, en ce qui concerne le travail d'historien.
Espérez-vous insuffler un certain sens dans votre vision de l'Histoire à travers le prisme de la religion ?TRONG> Le Monde de la Bible n'est pas une revue "croyante". C'est une revue d'histoire et d'archéologie. Chacun peut venir lire les articles de nos collaborateurs (essentiellement des universitaires et quelques journalistes) avec leur croyance ou leur incroyance ; ce n'est pas le problème. C'est vrai que ces dernières années, on a vu, notamment avec un livre comme celui de Jaques Duquesne sur Jésus, des chrétiens s'effrayer de nouvelles connaissances historiques. Autre exemple, si nous abordons un auteur comme Saint-Augustin (ainsi que nous l'avons fait dans notre numéro sur l'Afrique chrétienne), ce sera dans une optique historique, éventuellement théologique. Le Monde de la Bible est une revue de connaissance des religions.
Quelles évolutions pour la revue envisagez-vous dans un avenir proche ?TRONG> L'évolution consiste à fournir de plus en plus de travaux d'approches historiques aux lecteurs. Nous le faisons par le biais des thèmes de dossier qu nous abordons. Le cas de l'Arménie est tout à fait intéressant. Cette année, c'est le 1100ème anniversaire de la fondation du royaume d'Arménie. Nous avons donc fait un numéro lié à cet anniversaire. Dans le même temps, on s'aperçoit que dans l'histoire de l'Arménie, il y a une composante biblique extraordinaire. On est à la fois dans l'histoire d'une religion, qui est la religion arménienne (religion à part entière), et on est également dans la Bible car celle-ci a tenu une place incroyable dans l'histoire des Arméniens.
Quels sont les auteurs ou les recherches qui vous ont particulièrement intéressés récemment ?TRONG> Dernièrement, nous avons fait un numéro sur Flavius Josèphe, un auteur que peu de gens connaissent. Or c'est le premier historien juif du premier siècle qui ce soit frotté à l'historiographie grecque et romaine. Il est une source essentielle de la connaissance du monde juif et de l'ensemble du Proche-Orient au premier siècle de notre ère. On a fait ce numéro en liaison avec un colloque international qui a lieu à la Sorbonne sur Flavius Josèphe. Il y a aujourd'hui autour de cet auteur un renouveau extraordinaire des études sur le Proche-Orient au premier siècle, en particulier dans sa composante juive. Le dernier livre dont j'ai fait le compte rendu dans la revue et dans La Croix, est un texte de Maurice Sartre : D'Alexandre à Zénobie ; c'est une somme sur l'histoire du Proche-Orient entre le IVème avant notre ère et le IIIème siècle après. Les travaux comme ceux de M.Sartre m'impressionnent ; il est à l'origine spécialiste de l'histoire romaine en Orient et il a étendu petit à petit ses recherches à des dimensions pluridisciplinaires qui sont passionnantes.
Il y a les travaux de Jan Hassmann sur la religion égyptienne qui sont très intéressants. Il a écrit un livre formidable, Moïse, l'Egyptien, qui paraîtra à la rentrée chez Flammarion. Un bibliste aussi comme Pierre Gibert qui écrit chez nous et qui a fait un livre sur la Bible dans la collection "découverte" chez Gallimard.