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ETOILES D'ENCRE
Marie-Noël Arras et Behja Traversac, éditions Le Chèvre-feuille étoilée
 
L'édition associative "Chèvre Feuille Etoilée" est née de la collaboration de quatre femmes : Behja Traversac à Montpellier, Dominique Le Boucher à Paris, Maïssa Bey et Marie-Noël Arras à Sidi-Bel-Abbès en Algérie, autour du lien qui unit la condition féminine et la littérature. Marie-Noël Arras et Behja Traversac nous présentent leurs activités éditoriales.



Quels genres de textes publiez-vous ou souhaiteriez-vous publier ?TRONG>
Nous avons fait le choix de textes féminins dès la création de notre édition associative. C'est une donnée de départ dont nous parlerons plus loin sans doute. Nous publions des textes dans tous les genres littéraires. La revue Etoiles d'Encre inclut nouvelles, poésies, contes, journaux intimes, correspondances, humour et même des analyses ethno-sociologiques qui viennent subrepticement se faufiler dans certains de ces textes. Cela étant, c'est surtout l'originalité de la revue Etoiles d'Encre que je voudrais souligner : elle se subdivise en deux parties : une partie que nous appelons "orale" qui constitue la restitution d'entretiens que nous menons avec des femmes écrivaines ou non et une partie "écrite" constituée de textes reçus dans ce mode d'expression. C'est néanmoins une revue littéraire. Elle est également féminine et  méditerranéenne.

Mais nous avons aussi publié deux romans : La Hurle Blanche de Dominique Le Boucher et Tres de Mayo Michèle Juan i Cortada, ainsi que Terre Inter-dite de D. Le Boucher qui rassemble dix entretiens qu'elle a réalisés avec des écrivains algériens, un ouvrage co-édité avec une jeune maison d'édition algéroise.
En 2002, nous publierons notre troisième roman : Un demi-siècle de la vie d'une femme d'Eugénia Solda et bien entendu les deux revues annuelles. En 2003 nous publierons, toujours en plus de la revue, un recueil de poésies avec CD, un livre de photos d'art sur l'Algérie, un conte gai sur l'histoire triste d'une petite fille de trois ans et peut-être, si nos moyens le permettent, d'autres projets en pagaille …



Parmi les ouvrages récemment publiés, lequel souhaiteriez-vous présenter ?TRONG>
Le numéro 7/8 de la revue Etoiles d'Encre pour plusieurs raisons :
parce que cette revue marque la naissance de notre édition et que nous lui portons un attachement affectif exceptionnel, parce que c'est un numéro spécial Palestine qui ne s'inscrit pas forcément dans l'actualité médiatique, mais dans le sens qu'induit l'un des conflits contemporains les plus douloureux, tant dans son antériorité très chargée que dans son "avenir" incertain. Ce dossier n'est pas abordé dans le champ du politique et encore moins de la morale, mais dans le sens que nous pouvons donner aux relations entre les êtres, aux questions d'identité, aux problèmes de l'exil et de la dépossession. Ce numéro est aussi une étape supplémentaire dans l'évolution de notre édition, il inaugure une première : un dossier spécial dans la revue.

Mais aussi Tres de Mayo qui offre le double intérêt d'être un excellent roman, d'une grande tenue littéraire ainsi qu'une fresque originale de la guerre d'Espagne vécue de l'intérieur par une femme. Un conflit terrible qui a marqué notre siècle de son immense portée symbolique et politique. Michèle Juan i Cortada nous fait revivre, dans une grande simplicité de style, non seulement les déchirements de la société espagnole mais aussi la lâcheté des Etats et des partis face, notamment, à la coalition fasciste. Ce n'est pas une thèse mais une oeuvre romanesque dont la lecture "ne s'arrête pas à la dernière page" comme dirait la fille de l'auteure.



Comment vous sont parvenus les textes que vous avez publiés ?TRONG>
Au début, par le réseau de connaissances que nous avions tissé dans chacune nos activités militantes respectives, puis par les contacts et les rencontres effectués depuis la publication du premier numéro d'Etoiles et notamment les lectures publiques que nous organisons à la sortie de chaque publication. Il y a eu aussi l'information diffusée dans la presse. Le "bouche à oreille" a également fonctionné. Notre travail a tant intéressé certaines de nos "écrivaines" qu'elles nous sont restées fidèles et contribuent régulièrement à l'édition ; il est remarquable de noter la richesse - en nombre et en qualité - des écrits ou des témoignages de femmes qui nous parviennent. Ils ont parfois été remisés dans le silence depuis des années et investissent cet espace d'expression publique que nous leur offrons. C'est pour cela que nous pensons que nous répondons vraiment à une attente.


Quels sont les rapports entre votre maison d'édition, votre association et votre revue Etoiles d'Encre ? De quelle manière l'activité proprement associative se poursuit-elle au-delà des publications ?TRONG>
La revue est le centre de l'édition. À travers elle, les lectrices et les lecteurs comprennent notre ligne éditoriale et elle nous permet de publier un grand nombre de femmes, de privilégier des textes courts, des entretiens, des dossiers, des poésies et des correspondances. Nous y montrons aussi des créations artistiques. De plus, nous restons attentives à des partenariats avec d'autres associations, ce qui nous permet de rester - comme nous l'avons souhaité depuis le début  "dans la vie ", aussi proches que possible des "vécus" et de faire en sorte que la revue soit  "parole vivante", en harmonie avec les préoccupations de ce qu'on appelle "la société civile".
 
Mais nous intégrons toujours notre activité éditoriale à nos participations associatives comme nous l'avons fait par exemple avec la compagnie Théâtr'Elles qui a puisé le thème d'une pièce de théâtre dans des textes parus dans la revue. Il y a donc une articulation permanente entre écrire, faire écrire, lire, diffuser la lecture et créer un réseau de relations autour de tout cela. Ainsi nous ne sommes pas "enfermées" dans la littérature, mais nous ouvrons la littérature à tous. C'est en cela me semble-t-il que nous avons une activité associative qui accompagne notre activité éditoriale.



Comment décririez-vous votre activité d'éditrice ?TRONG>
Comme un travail passionnant qui permet des rencontres innombrables. Rencontres avec des personnes, rencontres avec des textes, des idées… mais aussi comme un travail exigeant dans lequel on ne peut compter ni son temps, ni son énergie. Le travail d'éditeur - éditrices dans notre cas - a ses codes, ses règles, ses contraintes, son rythme qu'on ne peut contourner. Dans un sens je trouve que c'est une activité tyrannique qui ne laisse que peu de place aux loisirs et même à la création. Peut-être est-ce parce que nous n'avons pas les moyens de nous offrir des salariés qui feraient tous les travaux annexes à l'édition proprement dite.


Pourriez-vous nous raconter votre première expérience d'édition ?TRONG>
Notre première expérience en dehors de la revue et des livres de la responsable de la rédaction est celui de notre roman Tres de Mayo. Nous l'avons reçu par courrier en septembre 2000. Nous l'avons lu chacune notre tour puis nous avons contacté l'auteur pour lui dire combien son manuscrit nous plaisait. Le style très poétique est très original, tout en étant accessible à un public très large, l'héroïne est très humaine. Il y a eu ensuite neuf mois de travail, par Internet essentiellement et par des rencontres. Le livre est parti chez l'imprimeur en août 2001. Mais l'édition du premier numéro de la revue Etoiles d'Encre est toute aussi importante. Nous n'avions rien dans les poches, des moyens matériels désuets, beaucoup d'inquiétudes, la dispersion géographique en France et en Algérie. Et pourtant nous l'avons créée dans le rire, l'imagination, le culot …
 
Il en fallait car nous ne communiquions que par fax autant pour la conception de la maquette que pour le contenu. Nous avons travaillé jour et nuit, mais dans une espèce d'euphorie qui rendait légers les jours et les nuits. Nous n'avons pu imprimer ce premier numéro que grâce aux maigres économies de l'une d'entre nous. Mais quelle satisfaction lorsqu'il est sorti ! Malgré ses imperfections, il a plu tout de suite par sa couleur, sa structure, ce qu'il révélait de notre travail, ce qu'il annonçait d'original. Là, nous avons commencé à y croire. C'était le défi d'une naissance incroyable. Je crois que cela restera pour moi, une expérience inoubliable.



Comment décririez-vous le rapport qui vous lie à vos auteures ?TRONG>
Des liens amicaux, affectueux même avec certaines. Nous ne nous abordons jamais sous l'angle commercial mais dans un esprit de partage et de convivialité. Nous avons pour principe de respecter leurs textes dans leur forme et dans leur fond, sans "interventionnisme". Mais nous faisons aussi notre boulot d'éditrices et nous signalons ce qui nous paraît porter préjudice au texte ou à la publication. Nous ne faisons rien sans l'accord de l'auteure. Je crois que c'est cela qui crée un climat de confiance. Nous voulons le maximum de "professionalité" pour les publications et le maximum de relations humaines avec les auteures.


Quel est votre meilleur souvenir d'éditrice ?TRONG>
Nous sommes un peu trop "jeunes", mais le fait d'avoir publié le roman de Dominique Le Boucher, La Hurle Blanche, a été un grand moment. C'est un livre qui est à la fois poésie pure et conte philosophique. Cette écriture novatrice est, à notre avis, en avance sur son temps et ce n'est pas un livre facile à lire ni à vendre mais ceux qui l'ont aimé et qui nous écrivent le comparent souvent à Rimbaud ! Notre grande déception est de ne pas avoir de répercussions dans les médias pour une oeuvre pareille.


Que préférez-vous dans votre activité d'éditrice ?TRONG>
La découverte d'oeuvres nouvelles, le moment de la "sortie" d'un livre, l'émotion de l'auteure à cette occasion. La conjonction des échanges entre notre petite équipe et l'auteure et le public.


Un bon conseil qu'un éditeur puisse donner à un auteur ?TRONG>
Avoir confiance. Beaucoup lire. Travailler dans la minutie. Ne pas avoir peur de l'inventivité et fuir à tout prix les clichés. Savoir qu'on ne réussit pas forcément du premier coup même si l'oeuvre est de bonne qualité.


Ecrivez-vous ? Si oui, quelle est l'incidence de cette activité sur votre métier d'éditrice ?TRONG>
B. T. : Oui, un peu. Actuellement essentiellement des textes courts. Je pense que c'est le métier d'éditrice qui ne permet pas d'écrire comme on le souhaiterait. Comme je vous le disais tout à l'heure, l'édition ne laisse que peu de place au temps pour la création. L'édition c'est aussi de la gestion. La gestion est quotidienne, insidieuse, insistante. J'ai l'impression qu'on n'en sort jamais et ça, ce n'est pas très bon pour le travail de création. Pour l'instant, je suis dans l'obligation de privilégier le métier d'éditeur, mais c'est à mon corps défendant.

M.-N. A. : Personnellement, j'écris à deux mains avec Dominique le Boucher, dans un journal antérieur à cette maison d'édition et dont nous publions des extraits dans la revue "Le Journal d'Algérie". J'y publie aussi de très courtes nouvelles écrites toujours à partir d'émotions ressenties. Cette activité est donc complètement liée à la revue.



Quels rapports entretenez-vous avec l'Algérie ? Quel regard porte-t-on là-bas sur votre maison d'édition ?TRONG>
Nous avons des rapports très forts. Nous y avons toutes des liens particuliers : par la naissance, l'enfance, le mariage, l'écriture. Ce n'est pas un hasard si nous nous sommes réunies autour de ce projet au départ entre Françaises et Algériennes. Nous y avons créé une association jumelle "Paroles et Ecriture" qui imprime la revue Etoiles d'Encre là-bas et la diffuse. Les adhérentes organisent des "Cercles de lectures" sur les textes de la revue et se sentent en "sororité" avec nous. Maïssa Bey, la présidente, qui est aussi écrivaine, écrit dans tous les numéros d' Etoiles d'Encre. La revue est dans l'ensemble très bien reçue. Nous avons juste eu quelques problèmes avec les témoignages vécus. En Algérie, comme dans pas mal de pays d'ailleurs, écrire sur la famille est très mal vu.

Néanmoins, l'accueil qui nous a été réservé par les professionnels : libraires, journalistes, éditeurs, enseignants, est très encourageant. La revue est présente dans les grandes librairies d'Alger et d'Oran et si elle ne l'est pas dans les autres villes, c'est parce que nous ne disposons pas encore d'une personne permanente qui pourrait assurer la diffusion. Elle est aussi disponible dans certains départements de français des universités. Tout compte fait, nous sommes optimistes sur l'avenir de la revue en Algérie malgré le contexte. Nous signalerons seulement que c'est ce contexte qui nous a obligées à censurer un numéro de la revue en supprimant un texte. Cela a été une très grande violence que nous nous sommes infligées puisque l'interdiction de la censure est un pilier de notre édition.



Etes-vous diffusés ailleurs qu'en France et en Algérie ?TRONG>
Oui. Dans 11 librairies à Bruxelles. Nous sommes diffusées également en Suisse grâce à notre diffuseur montpelliérain "Le Passevent". Notre souhait c'est d'être diffusées dans tous les pays francophones ou qui furent francophones. Mais, nous butons toujours sur le problème des moyens.


Qu'entendez-vous par écriture féminine ? Une écriture novatrice dans sa forme ou davantage une écriture témoignage ?TRONG>
M.-N. A. : Les deux, une écriture différente en tous cas. La sensibilité des hommes et des femmes est différente, et leur écriture ne peut que l'être, même si certaines femmes ont leur part masculine très développée et inversement. La femme, qui donne la vie, part de l'intime pour se tourner vers l'extérieur.

B. T. : Ni l'un ni l'autre. Je ne pense pas que l'écriture novatrice soit l'apanage des femmes. Des écrivains masculins de plusieurs époques ont été d'extraordinaires novateurs. Je ne citerai que l'un des plus célèbres : Céline. De même je ne l'entends pas non plus comme une écriture exclusivement de témoignage. Ce serait faire injure à toutes les écrivaines qui ont produit des textes de fiction remarquables. La question est ailleurs. Elle est dans l'immémorialité de l'absence, du silence, de l'immense majorité des femmes du monde entier de l'espace public. Elles en ont été exclues, donc exclues aussi de l'espace de l'écriture. Et cela pendant des siècles et des siècles. Elles portent donc dans leur inconscient cette marque de mise à l'écart. Et, comme chacun sait, tout se passe dans l'inconscient. C'est, à mon avis cette exclusion séculaire mémorisée, qui donne une résonance, une tonalité différente à leur écriture. En tout cas en partie. Mais il y a aussi leur psyché, leur appréhension du corps, de la sexualité, de la maternité, qui influent sans aucun doute sur leur mode de transmission écrite (et orale aussi d'ailleurs). 



Parmi les auteurs que vous avez lus, lesquels auriez-vous aimé éditer ?TRONG>
Beaucoup parmi les hommes et les femmes. Mais comme nous sommes dans le domaine du féminin, je citerai parmi les plus proches de nous Dominique Le Boucher - que nous éditons et que nous continuerons d'éditer - Maïssa Bey, Marie Virolle qui cache son grand talent derrière la revue Algérie Littérature Action. Pour les plus célèbres je n'ai envie de donner que deux noms qui me paraissent symboliser le génie de l'écriture féminine : Hélène Cixous et Nathalie Sarraute.


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>>> Le site
http://ww.chez.com/tresdemayo
>>> Le Chèvre-Feuille Etoilée sur manuscrit.com



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