Rencontre avec Marie Virolle, fondatrice des éditions Marsa
Marsa tacle la crise algérienne pour importer sa littérature en France. TRONG>
La littérature algérienne revient de loin. La maison d’édition Marsa y est sûrement pour quelque chose. Spécialisée dans l’actualité culturelle d’Algérie, Marsa édite ce mois-ci sa cinquantième revue. Lors de ses premiers balbutiements en avril 1996, la littérature algérienne se bornait à quelques grands noms, un dans chaque maison d’édition. “Il y a plus de 80 auteurs maintenant dont 40 viennent de chez nous” expose Marie Virolle, responsable de la rédaction chez Marsa. Résumer Marsa, c’est parler d’une action avant tout militante. Marie Virolle fuit les menaces algériennes et crée Marsa avec un autre intellectuel dès son retour en France. Vingt ans passés en Algérie la relie aux douleurs du pays. En 1996, les intellectuels algériens se cachent, plusieurs sont assassinés, les éditeurs sont inexistants. Pourtant, une floraison de créateurs n’attendent qu’à se dévoiler. “La crise a catalysé les intellectuels. Pour certains, écrire était une question de survie” rappelle Marie Virolle. “On a voulu ouvrir un espace d’expression en dehors de toute pression économique ou politique”. Avec un capital de 2.000 francs, la SARL de Presse Marsa édite sa première revue.
Tous les mois, le périodique Algérie Littérature/Action offre ses pages à un romancier tout en traitant de l’actualité culturelle. Algériens de naissance, Algériens de la diaspora ou bien même Algérien de coeur, la pluralité est de rigueur. Les traductions de textes arabes ou berbères côtoient des textes inédits en français dans tous les genres : romans, nouvelles, poésies, témoignages. Toutes les sensibilités s’y rencontrent. La peinture est même à l’honneur. En tout, la rédaction compte une trentaine de contributions mensuelles. La volonté d’écrire n’explique pas tout. Le lectorat français a largement répondu à l’appel. Marie Virolle l’interprète au regard de la crise algérienne. “La situation en Algérie a sensibilisé le public. Il a reçu avec d’autant plus d’intérêts la littérature algérienne”. Cette attente a permis à plusieurs auteurs édités par Marsa d’être repris par de grands éditeurs comme Actes Sud, Gallimard, Grasset, le Seuil.
Pour son cinquième anniversaire, la maison d’édition s’est fixée de nouveaux objectifs. Au premier rang, la promotion de jeunes auteurs. Depuis la résurrection de la littérature algérienne, la revue peut se permettre d’affiner ses choix. Et puis ces intellectuels sont décidément trop attachés à l’Algérie pour laisser de côté leur public algérien. La promotion des auteurs dans leur pays d’origine est leur second objectif. Reste à savoir si le public est prêt.
Marsa éditions TRONG>127 rue Rochechouart 75009 Paris