Anne-James Chaton et Christophe Fiat, la revue TIJA.
Organe d’expression d’une guérilla poétique contemporaine, TIJA pratique l’alchimie littéraire, transformant écrits poétiques en revendication politique.
Titre biscornu, mise en page tarabiscotée, contenu hermétique, “TIJA rebute d’entrée de jeu”. Pas la peine d’insister. C’est TIJA qui choisit ses lecteurs et non pas le contraire : “la revue a été pensée dès le départ dans cet objectif”. Fondée par Anne-James Chaton, et Christophe Fiat, tous deux philosophes de formation, TIJA est un espace d’expression “poétique, politique et philosophique”. Revue “maniable, mobile et contrôlable”, elle se veut une “arme de guerre” toute entière dévolue à la remise en cause des formes classiques de la revue littéraire : “TIJA est en opposition ouverte avec bon nombre de publications (...) en affirmant un lien indéfectible entre écriture et politique”.
L’opération TIJA a commencé il y a 4 ans. Nom de code : “The Incredible Justine’s Adventure”, appellation d’origine subversive, savant “mélange de Sade et de Comics américains”. Une quinzaine de soldats participent plus ou moins activement à cette guérilla littéraire, dirigée à la baguette par les deux généraux fondateurs. Vincent Menu, maquettiste-chirurgien de la revue, travaille dans l’ombre de l’organe du mouvement, opérant la “déconstruction du feuillet classique”, il imbrique délicatement les feuillets les uns aux autres à la manière d’un terroriste préparant sa nitro. Pour le recrutement des écrivains-guérriers A-J. Chaton et C. Fiat prennent les décisions en commun, ils refusent toute intrusion de l’extérieur et envoient cruellement au peloton d’exécution les “textes provenant d’envois spontanés”.
En bons guérilleros, A-J.Chaton et C. Fiat revendiquent leur précarité avec fierté. Ils accusent en partie les libraires “réticents à défendre la revue". Marginal et contestataire, TIJA trouve son lectorat dans les couches révolutionnaires de la poésie contemporaine. Entre deux parutions (semestrielles), TIJA organise des festivals (PoéZie 2001) et aiguise ses armes idéologiques en enregistrant des CD (PoéZie 2000 & co) ou en s’introduisant sur la toile, “les pratiques d’écriture doivent utiliser les “moyens de production de leur époque”. Jusqu’où ira cette guérilla poétique ? “La poésie n’a pas d’issue”. Souhaitons-leur longue vie.