Lucile Negel, fondatrice des éditions d’Agly et animatrice de la revue Martobre.
Martobre, discrète revue de littérature fantastique, affiche son originalité au fil des numéros.
Lucile Négel aime le mélange des genres, “On est chez soi là où c’est intéressant”, dit-elle en citant Iannis Xénakis, grand compositeur grec, né en Roumanie et naturalisé français. Ex-libraire, traductrice et écrivain, elle fonde les Editions de l’Agly en février 1998 avec l’aide de quelques autres passionnés de littérature, dans le but de promouvoir en premier lieu le fantastique et le roman historique “mais sans en exclure d’autres”. Pour soutenir de jeunes auteurs encore inconnus, pour offrir aussi une vitrine aux auteurs (re)connus, elle crée dans la foulée Martobre, une “Revue de littérature à tendance fantastique”. Internationale littéraire ?
Sous son apparence artisanale, Martobre cache des textes de qualité, pas seulement des textes à tendance fantastiques, mais des nouvelles courtes, des poèmes aussi, ainsi que des notes de lecture bien ficelées et plusieurs pages consacrées aux revues. Lucile Négel sélectionne ses textes avec soin, passionnée de littérature russe, elle traduit régulièrement des inédits dont certains poèmes de Boris Pasternak, surtout connu en occident pour le Docteur Jivago, mais considéré en Russie comme un des plus grands poètes du début du siècle. Martobre se démarque essentiellement des autres revues littéraires par la disparité géographique de ses auteurs, russe donc, mais aussi grec, turc, italien et iranien. Alors littérature comme vecteur de la réconciliation des peuples ? “Plutôt une inquiétude commune, une fuite vers l’absolu, où les frontières et les différences perdent leur importance”.
Malgré son originalité, “Martobre connaît les problèmes inhérents à toutes les revues littéraires”. Et en dépit des faibles coûts de fabrication (impression laser et reprographie), Lucile Négel a envisagé un moment mettre fin à sa publication papier, pour en faire une revue en ligne. “Cette revue nous vaut beaucoup de compliments mais relativement peu d’abonnements”. Cependant, après des débuts difficiles, chaque numéro se vend désormais à une centaine d’exemplaires, dont 40 par abonnement. Au fil des mois Martobre semble avoir trouvé sa vitesse de croisière. Et le lecteur ne perdra donc ni son temps ni son argent en se procurant cette agréable revue.