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JEAN ECHENOZ VU PAR… ANNIE ASSOULINE
Portraits d'écrivains
 
"Les auteurs sont tout à fait au fait de ce qu’est une image d’écrivain aujourd’hui."TRONG>
« J'ai été reporter pour un journal pendant très longtemps avant de travailler pour Opale. En presse et dans plus de cinquante pour cent des cas, vous rencontrez les gens, vous prenez vos clichés et vous partez...

...Commençant à travailler pour une agence, il était important pour moi d'instaurer d'autres relations avec les personnes que je photographiais. Il faut donc instaurer progressivement une relation de confiance avec eux. Les auteurs savent bien de toute façon que vous les appelez pour avoir des images, ils savent bien que la photo va ensuite circuler dans la presse. Ils sont tout à fait au fait de ce qu'est une image d'écrivain aujourd'hui. Et ils font très attention. C'est pourquoi, à Opale, on leur propose de passer à l'agence pour regarder les images, chose que personne ne fait par ailleurs. Je préfère de loin travailler sur le lien, dans le long terme. En ce moment, je prépare la rentrée littéraire et je travaille avec des gens que je connais.


Ma rencontre avec Echenoz s'est passée le plus simplement du monde : je lui ai téléphoné pour lui demander si je pouvais le photographier. Et je lui ai téléphoné parce que j'avais lu ses livres. J'avais lu Cherokee, L'Equipée malaise… C'était au début des années 90. A l'époque, je n'étais pas encore à Opale : je n'ai pas fait ça dans le cadre d'une commande d'éditeur. Je l'ai photographié et ce jour-là il neigeait. Il habitait tout prêt du parc des Buttes Chaumont, à Paris. A un moment, je ne sais pas pourquoi, il s'est mis à côté de la fenêtre, il y avait très peu de lumière. Il s'est mis à parler. C'est un peu un moment de grâce. Après, nous étions allé nous promener dans le parc.


Il était très peu connu à l'époque. Je ne sais pas aujourd'hui comment il recevrait un jeune photographe. Je sais simplement qu'à l'époque il n'était pas aussi sollicité. Peut-être que si je l'appelais aujourd'hui en lui disant que j'aime ses livres… Je l'ai beaucoup photographié par la suite. La relation de travail se met en place progressivement. Les premières images lui ont plu, il en a acheté. Je lui en ai données, il en a utilisées pour sa maison d'édition. Je peux l'appeler aujourd'hui et lui soumettre un projet personnel. Le lien s'entretient, il est vivant. Mai s'il n'avait pas aimé ces premières images, il est évident que je ne l'aurais pas revu.


Je ne vois pas très bien quel genre d'anecdotes je pourrais vous livrer. Echenoz est quelqu'un d'extrêmement gentil et qui en même temps se situe dans la rétention. Il est comme ça dans la vie et il faut aller le chercher. J'aime beaucoup cette photographie parce qu'elle est à la fois intérieure et extérieure. Son apparence suggère quelque chose d'assez grave mais qui ne se limite pas simplement au tragique : d'abord parce qu'il est très beau, mais surtout parce qu'il a dans l'espace une position extrêmement gracieuse. Comme une espèce de roseau qui se plie. Mais il vient bien sûr à vous, même si il a l'air d'être dans une réserve. Il donne, c'est ça aussi le coeur de notre travail, la façon dont les gens donnent - ou ne donnent pas. »


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Propos recueillis par Arnaud Jacob, août 2001.
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