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CIORAN VU PAR… JOHN FOLEY
Portraits d'écrivains
 
"Une photographie est le témoignage d’une rencontre."TRONG>
« Un journaliste universitaire ou écrivain italien devait faire un entretien avec Cioran. Je l'ai rencontré par son  intermédiaire. Il a pris contact avec moi, sans vouloir me dire qui nous allions rencontrer...

... Cioran étant quelqu'un qui n'aimait pas se mettre en avant. Nous l'avons rencontré dans son appartement à Paris, j'y suis allé avec le journaliste et nous avons été très gentiment accueillis par Cioran et sa femme. J'ai fait des photos chez lui, dans l'appartement. La photo que vous avez, a été faite en lumière naturelle, près de la fenêtre, je me suis contenté de mettre un fond noir pour la composition, le noir correspond bien à Cioran. Je ne peux pas dire que j’ai réellement eu une discussion avec lui puisque nous étions là pour une interview mais nous sommes restés deux ou trois heures. J’ai eu le temps de faire de nombreuses images, très différentes. PAN>


C’est un des problèmes avec ce genre de reportage, on peut faire beaucoup de photos et chacune d’elles peut dire des choses différentes. Ce qu’il a de terrible avec des portraits c’est de devoir à un moment choisir une image parmi de nombreuses autres, de choisir l’image qui finit par embrasser plusieurs regards. Celle-ci est plus classique, plus stylisée mais je l’aime bien parce qu’elle a un côté intemporel. Elle déborde l’instant de la prise de vue.  PAN>PAN>


J’ai de plus en plus l’impression de voir des photos de photographes, qui marquent leur style, leur façon de faire. Alors que l’important, c’est le sujet, ce n’est pas celui qui est là pour le capter. J’insiste un peu, mais on dit beaucoup que le photographe peut aussi être le sujet. Une photographie est le témoignage d’une rencontre. D’une confrontation. PAN>


Ce qui est intéressant, en temps que constructeur d’images, c’est ce mystère, là où l’image nous échappe. Qu’est-ce qui parle de la personne à l’image ? c’est une infime incidence. Je peux en effet comprendre comment la lumière se traduit en image fixe, maîtriser les questions de photogénie, créer le cadre et les conditions d’éclairage, etc.. c’est le propre de mon métier. Mais je ne peux jamais revendiquer une photo en affirmant que j’avais telle ou telle intention. Car en aucun cas je ne peux être responsable de l’expression du sujet. L’expérience nous permet uniquement de reconnaître visuellement ce qui est de l’ordre du naturel. Ce qui est passionnant dans ce travail, c’est qu’on est dans un apprentissage continuel. Je connais les pièges à éviter mais ce sont souvent les accidents qui sont révélateurs. A la rigueur, je peux dire que je suis responsable de l’accident qui a fait que là c’est une image particulièrement touchante. Rien de plus. Il y a le cadre objectif et le cadre de la rencontre. »PAN>


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Propos recueillis par Arnaud Jacob, août 2001.
Copyright manuscrit.com 2001.
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