Monique Blin, présidente de l'association Ecritures Vagabondes
Dynamique, Monique Blin n'a jamais cessé de l'être. Co-fondatrice du théâtre des Amandiers en 1965, elle se lance dans la direction du Festival International des Francophonies en Limousin et donne vie à une région quelque peu enclavée en organisant de belles rencontres avec les professionnels du théâtre francophone. En mai 2000, elle se rend au Liban, accompagnée d'une dizaine d'écrivains francophones, tous d'horizons différents. Ils partent à la rencontre des artistes et des habitants du pays. De retour chez eux, les auteurs écrivent un texte inspiré de leurs expériences.
Ecrits nomadesTRONG>
Nous sommes quelques-uns à la Maroquinerie, ce mercredi 26 septembre, pour écouter la lecture de "Je me souviens" de Robert Marinier. L'écrivain canadien nous conte l'histoire d'Alma, une Libanaise qui a tout oublié. Elle a été frappée par un pavé et a perdu la mémoire. Tout ce dont elle se rappelle, c'est qu'elle hait mais elle ne se souvient plus qui elle doit haïr. Qui elle hait ou qui elle est, elle le découvrira au hasard de ses rencontres avec les différentes factions qui peuplent son pays.
Une fois le récit achevé, quelques questions fusent : TRONG>
"Ecrivez-vous souvent des récits urbains ?", "Imaginez-vous une diffusion radiophonique de votre pièce ?". Comme les écrivains qui ont lu leur texte à la Maroquinerie depuis le mois de mars, Robert Marinier s'est inspiré de son voyage au Liban.
Ils viennent d'Algérie (Mohammed Kacimi), du Bénin (Florent Couao Zotti), du Canada- Ontario (Robert Marinier), du Canada-Québec (Carole Fréchette) de la Côte d'Ivoire (Koffi Kwahulé), de France (Jean-Yves Picq), du Liban (Joseph Kodey) de Suisse (Yves Laplace) et de Belgique (Eric Durnez) et rendent compte de la situation au Liban.
Naissance d'une association TRONG> Ecritures vagabondes est une association qui cherche à sensibiliser les écrivains et dramaturges d'expression française aux réalités sociales et politiques des pays en difficulté. Les résidences d'écriture regroupent sept à neuf auteurs internationaux. Ceux-ci écrivent un texte qui sera lu et édité. Monique Blin est la présidente de l'association. Elle insiste sur le côté collectif de l'aventure et mise sur les qualités artistiques et humaines des auteurs qui se lancent dans le projet.
Comment est né le projet de l'association Ecritures vagabondes ? TRONG>Le point de départ essentiel fut la résidence Ecritures Nomades à Byblos, au Liban qui a réuni neuf auteurs sur le thème des frontières. Nous sommes partis pendant un mois à la rencontre d'un pays bouleversé par une guerre encore récente, écouter la société civile qui le compose, approcher une autre culture. Nous avons vécu en immersion totale, dans des conditions pas toujours évidentes mais l'expérience fut riche et passionnante. Nous avons été accueillis par la ville de Byblos qui assurait l'hébergement. Les directeurs des Centres Culturels français de Beyrouth, Tripoli et Der El Kamar ont initié quelques contacts. Trois théâtres (le Théâtre Al Madina, le Théâtre de la Ville de Beyrouth et le Théâtre Monnot) avaient carte blanche pour organiser une journée de rencontre avec des lectures, des tables rondes pour que chacun puisse faire connaissance et se découvrir l'autre.
Le but était, à notre retour, de rendre compte de la situation d'un pays à travers les écrits des neufs auteurs. La diversité des auteurs était essentielle pour offrir un panorama varié et approcher différentes sensibilités. Puis, les auteurs se sont attelés à l'écriture et ce ne fut pas toujours évident, tant l'expérience au Liban avait été marquante.
Nous avons fondé l'association Ecritures Vagabondes afin d'assurer le suivi des actions des résidences d'écriture et de mettre en place de nouveaux projets. En octobre 2000, une exposition de photographies de Valérie Frey a été organisée. Elle nous transmet à sa manière, le vécu de cette traversée.
Que se passe-t-il après les résidences d'écriture ?TRONG> Nous essayons de trouver des espaces où les textes des dramaturges peuvent être entendus. A Paris, le café-littéraire La Maroquinerie s'est associée à nous et depuis mars 2001, les différents auteurs qui ont participé à la résidence d'écriture au Liban sont venus lire leurs textes et rencontrer le public, et ce depuis mars 2001. Nous souhaitons que chaque auteur puisse faire de même dans son pays et servir ainsi de relais, pour que de nouveaux espaces de communication s'ouvrent, comme des fenêtres sur le monde.
J'aimerais beaucoup qu'à chaque rencontre, un échange de manuscrits soit fait pour mettre en place un véritable lien entre l'auteur et le public.
A qui ces lectures s'adressent-elles ?TRONG> A tout le monde. A tous ceux qui sont curieux des autres et qui veulent apprendre ce qui se passe dans le monde. Ce n'est pas juste du théâtre pour l'art, c'est avant tout un théâtre de la vie. La fonction des lectures n'est pas juste artistique. Après la lecture, on discute, on échange. C'est un espace de communication.
Quels sont vos projets futurs ?TRONG> Poursuivre cette initiative. Lancer un cycle de soirées sous forme de carnets de voyages avec des auteurs, des artistes, des philosophes. Les 18 et 19 octobre, Frédéric Ruels lira le texte d'Eric Durnez au Petit Odéon. Le 20 octobre, dans le cadre de Lire en fête à la Maroquinerie, une soirée littéraire aura lieu avec Mohamed Kacimi, Serge Kribus, Etel Adnan, Monique Enckell, Emile Lansman.
Du 4 au 24 novembre, Mohamed Kacimi se rendra à Beyrouth pour animer des ateliers. Il a été invité par le lycée l'Emir Abdel Kader. Du 18 novembre au 14 décembre aura lieu la première résidence à Bamako, au Mali : La ruche Sony Labou Tansi avec la collaboration de BlomBa et du Centre Dramatique National d'Angers et la participation de huit auteurs. Le 14 et 15 décembre : lecture du Collier d'Hélène de Carole Fréchette aux journées d'auteur à Lyon.
D'autres résidences auront lieu au Niger, au Birkano puis au Vietnam. Nous avons donc encore de nombreux projets à concrétiser et la motivation nécessaire pour les mener à bien.
Association Ecritures Vagabondes - Monique Blin : 302, rue des Pyrénées - 75020 ParisTRONG>
Les textesTRONG>
Instincts primaires… Combats secondaires de Florent Couao Zotti Dans un camp de réfugiés où se répercutent les rumeurs amplifiées d'une guerre civile, vient se produire un drame : la mort d'un homme lors de la traditionnelle distribution des vivres. Accident ? Meurtre ? La famille tente d'y voir clair. La guerre civile trouve, à cette occasion, un nouvel espace de prolongement.
El Mona de Koffi Kwahulé L'histoire d'El Mona, la femme trop bien pour eux.
Théâtre B de Jean-Yves Picq Dans un quelconque théâtre désaffecté, une femme, désorientée, endosse tous les rôles et raconte.
Beyrouth illuminations de Mohamed Kacimi Voyage rimbaldien de Beyrouth à Byblos en passant par Tyr et Sidon. Kennel Club d'Yves Laplace Dix jeunes gens dans l'après-guerre tentent de régler un compte qui les dépasse.
Le collier d'Hélène de Carole Fréchette Une femme recherche son collier de perles blanches. Dans cette quête effrénée, elle rencontrera les habitants meurtris de la ville.
Son prénom malgré lui de Joseph Kodeih Un homme souffre à cause de son nom…
A fragmentation d'Eric Durnez La bombe continue d'exploser. Pourquoi la guerre n'est-elle pas finie ?
Les textes des auteurs sont publiés dans la collection Ecritures vagabondes chez Emile Lansman.
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Propos recueillis par Isabelle Zyserman, octobre 2001. Copyright manuscrit.com 2001.TRONG>