Fabrice Virgili, est chercheur à l'IHTP, nous l'avons rencontré à la sortie de son ouvrage La France "virile", des femmes tondues à la libération, paru chez Payot.
Qu'est-ce qui vous a amené à vous attacher à l'histoire de la femme tondue et à partir de quelles sources l'avez-vous abordée ?TRONG> On pose toujours cette question aux historiens qui travaillent sur la violence. L'objet de ce type de recherche n'est pourtant pas différent des sujets plus traditionnels. Le choix de l'étude de la tonte s'est imposé à moi avec la prise de conscience que ce sujet permet de donner un regard différent sur la Libération et qu'il porte sur des questions telles que la mort et la sexualité…
La dimension de défi, aussi, est importante : les sources n'existaient pas ! Elles se sont pourtant révélées nombreuses : articles de presse, rapports de gendarmerie, de préfets ou même des directeurs d'école. Mon refus volontaire de réaliser des entretiens avec des femmes tondues est un choix délibéré : il m'importait de décaler le regard traditionnellement focalisé sur la "tondue" pour centrer l'analyse sur le moment de la violence.
En quoi l'acte de tonte est-il l'expression du "retour d'une identité virile fortement battue en brèche" ?TRONG> L'expérience de guerre est partagée par les deux sexes. Le traumatisme a entraîné une crise de l'identité nationale. La défaite a stigmatisé la faillite de l'homme dans son rôle traditionnel. Se croisent alors les besoins de reconstruction identitaire sur le plan individuel et national. L'acte de la tonte - forme de violence modéré à laquelle chacun peut adhérer - est de ce point de vue fédérateur. Il fait se coïncider les reconstructions d'une identité virile et d'une identité collective.
Le tort de ces femmes humiliées n'est-il pas de cristalliser les frustrations et les manques endurés en temps de guerre ?TRONG> A la Libération la cohésion nationale ne se fait pas autour de l'idée que tous les Français ont été des résistants. La création de ce mythe est postérieure. La question de savoir qui a souffert ou non s'est posée. Certaines de ces femmes, perçues comme ayant pactisé avec l'ennemi, auraient échappé à ces souffrances d'ordre alimentaire, vestimentaire. Ces condamnations donnent une image "en négatif" des difficultés des gens et des humiliations subies. Etre vainqueur c'est en effet faire changer la souffrance et l'humiliation de camp. Cette étude a permis d'explorer l'intime en temps de guerre. La question est celle de savoir si une guerre totale l'est jusqu'à l'intime.