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AU CARREFOUR DES ÉTOILES
Elisabeth Piotelat, responsable de la SETI League en France

Ingénieur généraliste, Elisabeth Piotelat cultive la curiosité et l'ouverture d'esprit. Passionnée d'astronomie et de science-fiction, elle est animée par une volonté de communication, d'échange, que n'arrêtent ni les frontières terrestres, ni les espaces interstellaires. Elisabeth Piotelat est la fondatrice et la rédactrice du Bulletin de la Cabine Télescope. Elle représente en France la SETI League.


Qu'est-ce que la SETI League ?TRONG>
SETI signifie Search for Extraterrestrial Intelligence. Sous cet acronyme se regroupent de nombreux projets de recherche d'intelligence extraterrestre, menés depuis plus de quarante ans par des professionnels comme ceux du SETI Institute ou de l'Université de Berkeley, et des amateurs regroupés au sein de la SETI League.

L'association fut créée suite à l'arrêt du projet SETI de la NASA en 1993. Paul Shuch et Richard Factor sont partis du constat qu'une étude du ciel à long terme ne pouvait pas dépendre des politiciens dont la seule préoccupation était leur prochaine réélection et que la technologie permettait aujourd'hui à des amateurs d'apporter leur contribution. En 1996, le projet Argus a été lancé. Il tire son nom d'un prince grec aux 100 yeux dont 50 sont toujours ouverts. L'idée est d'avoir un réseau de petits radiotélescopes tout autour du globe afin de surveiller la totalité du ciel. La SETI League est une association à but non lucratif qui regroupe aujourd'hui un bon millier d'adhérents à travers le monde. En France, nous ne sommes qu'une petite dizaine, essentiellement à cause du problème de la langue.



En quoi consiste votre rôle de représentante française de cette association ?TRONG>
Le siège de la  SETI League est à Little Ferry, dans le New Jersey, et toutes les questions administratives (adhésion, rédaction et envoi de la lettre Search Lites, organisation d'événements, etc.) passent par les Etats-Unis. Il existe une soixantaine de Volonteer Regional Coordinator qui assurent la coordination des activités de l'association dans une région ou un pays. Si n'importe où dans le monde, un amateur veut construire une station pour écouter le ciel, il devrait ainsi trouver une porte où frapper pour demander des conseils.

Mon rôle consiste avant tout à répondre aux questions. Pour cela, l'une de mes principales activités est de traduire en français quelques pages du site web de l'association. Je n'imagine pas pour l'instant installer une antenne de 10 mètres de diamètre en plein centre de Lyon pour participer activement au projet Argus et avoir ainsi une solide expérience à partager, mais ça me plairait beaucoup de trouver une place à la campagne et assez de temps libre pour faire de la radioastronomie. Je me contente donc d'aider ceux qui sont intéressés par ce projet essentiellement en les mettant en contact avec des radioamateurs ou avec d'autres personnes en Europe. SETI n'est pas vraiment connu en France et nous avons plutôt tendance à préférer philosopher sur la question, plutôt que d'aller à l'atelier souder, visser, construire, etc. Sans compter qu'il est plus facile de récupérer une grande parabole aux Etats-Unis où les premiers clients de la télévision  par satellite cherchent à se débarrasser des monstres de plus de 3 mètres de diamètre pour les remplacer par les marguerites classiques que nous connaissons ici.



La SETI League travaille avec des professionnels, ce qui m'amène à l'occasion à jouer l'ambassadrice française comme pour le prochain congrès  de la Fédération Internationale Astronautique (IAF) qui se déroulera à Toulouse de 1er au 5 octobre. J'ai donné un tout petit coup de main à une journaliste australienne pour l'organisation d'une soirée grand public au planétarium le 4 octobre et à une étudiante ukrainienne. Il m'est aussi arrivé de résumer ou de traduire des messages en français reçus au siège de la SETI League ou circulant sur le net.

En marge de cela, j'ai appris à donner des conférences. La première eut lieu à Orsay à l'Association Astronomique de la Vallée (AAV, Orsay), suite à l'invitation de Jean-Jacques Nguyen. C'était aussi sympathique qu'à la dernière convention de science-fiction (St-Denis) car j'avais en face de moi un public averti. En revanche, je me souviens avoir paniqué lors d'une conférence grand public dans un village du Rhône. Il y avait beaucoup d'enfants et ce fut dur de leur parler d'extraterrestres ou de radiotélescope ! Je ne cherche pas à convaincre qui que ce soit que nous ne sommes pas seuls dans l'univers mais juste à exposer des arguments en faveur ou contre le développement de la vie ailleurs et à expliquer quelles sont les techniques utilisées aujourd'hui, bref à amorcer un débat. Lorsque les questions sont du style "Et s'ils nous envahissaient ?" ou encore "Et dieu dans tout cela ?", je me rends compte qu'il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour que les projets SETI fassent partie de notre culture !



L'extraterrestre est une figure incontournable de la Science-Fiction et aussi des mythologies modernes. Présenté tantôt comme un danger, un envahisseur, tantôt comme un rédempteur possible de l'espèce humaine, n'est-il pas, d'abord, sans présager de sa réalité, une actualisation d'un archétype issu de l'inconscient humain (je pense à l'être divin en particulier) ?TRONG>
Dans Un mythe moderne, Jung explique les rêves de soucoupe volante par la peur liée aux attaques aériennes pendant la guerre. Les gens avaient l'habitude que le danger vienne du ciel. Finalement, ce n'est pas si étonnant que le premier récit d'OVNI date de 1947.  Envahir n'est pas pour moi une preuve d'intelligence. L'image de l'extraterrestre envahisseur peut se voir comme un moyen d'exprimer notre peur de l'étranger. D'ailleurs, j'ai souvent des problèmes pour traduire "alien". Il manque un adjectif dans notre langue pour exprimer cette notion de "ce qui est autre" sans forcément faire référence à un étranger (stranger) ou un extraterrestre (extraterrestrial). Comme la mondialisation a remplacé le concept de colonisation, l'image de l'extraterrestre arrivant de son vaisseau pour détruire la Terre date d'une autre époque. Dans les récits actuels de science-fiction, l'invasion est souvent plus subtile, à coup de manipulations génétiques ou de puces électroniques.

Pour ce qui est de la rédemption, peut-être éprouverions-nous une sorte de trouille cosmique si un jour nous découvrions que la Terre est la seule planète habitée de tout l'univers ? Et même si cela arrivait demain, je crois que cela n'arrangerait pas beaucoup les écologistes et autres défenseurs de la planète. Les groupements les plus anciens et donc les plus solides sont liés à des croyances religieuses et non à des points de vue politiques, philosophiques ou scientifiques. Je ne pense pas qu'un extraterrestre, aussi génial soit-il, puisse remplacer Allah, Dieu ou leurs acolytes dans le coeur d'un croyant quelconque. Nous avons ce qu'il nous faut sur Terre en matière de rédemption. Pourquoi chercher ailleurs ? D'ailleurs, si les questions relatives à SETI intéressent en général les musulmans, j'ai souvent découvert un véritable blocage derrière la curiosité et l'ouverture d'esprit des chrétiens, un peu comme si la question "Sommes-nous seuls dans l'univers ?" n'avait aucun sens pour un pratiquant obnubilé par le paradis ou l'enfer.

Qu'il s'agisse du roman Contact de Carl Sagan, ou du Moineau de Dieu de Mary Doria Russel, la science-fiction parvient à traiter le thème de la religion liée à la recherche d'intelligence extraterrestre sans lourdeur ni cliché. L'extraterrestre n'y est pas présenté comme un rédempteur ou un envahisseur, mais juste comme un être différent dont nous comprenons mal les propos et les intentions. Carl Sagan se définit comme agnostique et si le contact permet aux terriens de répondre à certaines questions, cela ne fait que repousser la frontière, il reste toujours de la place pour quelque chose de mystérieux que nous ne pouvons appréhender.

Dans la peau d'un candide cherchant à en savoir plus sur la religion, j'ai découvert l'histoire de Jeanne-Marguerite de Montmorency, une princesse de la fin du XVIIème siècle, qui a fui les honneurs de la cour à l'âge de 16 ans pour une vie érémitique avec un écureuil pour seul compagnon. Je me suis souvent demandé si aujourd'hui, elle ne remplacerait pas Dieu par quelque quête de la vie ailleurs. J'ai aussi trouvé beaucoup de réponses dans les paroles d'un biologiste dominicain, Jacques Arnoud, en particulier dans Dieu, le singe et le big-bang. Finalement, l'important est de chercher toujours et encore. Que ce soit Dieu ou une vie extraterrestre, c'est toujours une quête d'un infini difficilement accessible.