Rencontre avec Sinclair Dumontais, le site dialogus.org
Vous rêviez d'écrire à Molière, Meursault, Céline, Duras, Chateaubriand ou Tintin ? Ou encore à Caligula et Ponce Pilate ? C'est désormais possible grâce à l'association Dialogus.
Sur leur site, ces morts illustres vous répondent. Comment ? Certains internautes, pétris de connaissances historiques, littéraires et biographiques enfilent l'identité d'un mort célèbre et se présentent sur le site. Ecrivez leur, ils vous répondront. Du bon usage de la citation et de la culture… Pour en savoir plus, nous avons interrogé l'initiateur du projet, Sinclair Dumontais, 43 ans, conseiller en marketing québécois pour le civil.
Quelle est l'idée de départ de dialogus.org ?TRONG> Il n'y a jamais eu d'idée de départ. Dialogus n'est pas le fruit d'un projet longuement mûri mais plutôt la poursuite d'une sorte de jeu initié sur un coup de tête, pour le plaisir, sans objectif précis et sans arrière-pensée. J'ai été le premier surpris de constater que le jeu attirait d'autres joueurs et que Dialogus ne pourrait plus mourir.
Quand et comment vous êtes-vous lancé dans ce projet ?TRONG> Le "jeu" a débuté en mars 1999 avec quatre personnalités : Karl Marx, Ludwig van Beethoven, Robert Edward Lee et Meursault. Aussitôt que la mécanique et que le site furent bâtis, ce qui ne prit que quelques soirées, j'ai fait connaître l'existence de Dialogus au sein de quelques groupes de discussions (des "newsgroups"). Les premières questions sont arrivées, puis quelques semaines plus tard Martin Heidegger, Sacha Guitry et Marguerite Duras frappaient à notre porte. Ils réclamaient leur place.
Aujourd'hui, un peu plus de deux ans après sa création, Dialogus compte environ 80 personnalités qui, ensemble, ont reçu plus de 1600 lettres. Il est intéressant de remarquer que Dialogus a fait deux bonds en avant suite à deux événements non sollicités et qui se sont produits ailleurs que sur le web : la parution d'un article sur Dialogus dans le quotidien Le Monde, alors que nous n'avions qu'une quinzaine de personnalités sur le site, puis l'invitation de l'éditeur à une émission radio de Radio-Canada. Plusieurs personnalités sont arrivées suite à ces deux apparitions médiatiques.
De quels horizons sont issus, en majorité, vos "intervenants" ?TRONG> Vous trouverez sûrement ma réponse très amusante : je ne sais pas. La majorité des personnalités de Dialogus sont jouées par des individus dont l'adresse ressemble à ceci: "gandhi@hotmail.com". Ce qui veut dire que je ne sais ni qui sont, ni où habitent nos "intervenants" comme vous dites. Des quelques 80 personnalités de Dialogus, il y en a moins de quinze dont je connais le nom. J'en ai rencontrées moins de cinq ! Je sais que plusieurs sont en Europe. Mais il est possible que quelques-unes de nos personnalités habitent à deux rues de chez moi... Sans que je le sache.
Comment recrutez-vous vos nouvelles plumes ? Il faut tout de même une solide connaissance d'un auteur et de son style, sans parler d'une sérieuse aptitude au pastiche.TRONG> Nous ne les recrutons pas : elles viennent d'elles-mêmes. C'est d'ailleurs l'une des meilleures garanties que nous ayons quant à leur "calibre". Car vous conviendrez avec moi que si vous, mademoiselle Leyris, me faisiez parvenir un courriel me demandant de jouer George Sand, ou Dostoïevski, ou Che Guevara, ce serait que vous-même auriez la certitude d'en avoir la capacité. Personne ne souhaite se couvrir de ridicule.
Quels sont les correspondants les plus demandés ?TRONG> Les personnalités les plus sollicitées à ce jour ont été Dieu, Molière, Beethoven, Meursault, Marx, Socrate, Cobain, l'impératrice Sissi, Tintin, L-F Céline et Méphistophélès. D'autres sont en demande croissante, pourrait-on dire. Elles sont arrivées plus tard : il faut leur laisser le temps de faire leurs preuves... Fait à noter : neuf des cinquante meilleurs livres du dernier siècle, d'après un sondage effectué auprès de six mille personnes - des lecteurs du Monde je crois (1) -, ont été écrits par des personnes présentes chez Dialogus. Vous pensez bien que nous nous en réjouissons !
Les questions les plus récurrentes concernent-elles la vie privée du mort célèbre ou sa conception du monde ?TRONG> Il n'y a pas de constance. Tout dépend de la personnalité. Socrate est interrogé sur sa pensée alors que Cobain est questionné sur sa vie. C'est normal.
Vous avez dit que Dialogus était un site projet et devait le rester ; qu'entendez-vous par là ?TRONG> J'entends que le Dialogus que vous visitez aujourd'hui n'est pas une fin, qu'il sera toujours en évolution, et que sa forme sera peut-être demain très différente de celle d'aujourd'hui. Comme nous n'avons rien à vendre, pas même un achalandage à un annonceur, nous sommes l'un des sites les plus riches de la toile. Nous sommes riches de notre liberté et cette liberté nous permet d'avancer à la manière d'un laboratoire, d'une piste d'essai. Dialogus est une sorte de commedia dell'arte.
Quelles sont vos valeurs ?TRONG> Mes valeurs ? Diantre ! Pour avoir une réponse précise, il vous faudrait préciser votre question. Elle est si vaste... Disons que si vous excluez l'argent et le pouvoir, toutes les réponses sont bonnes. C'est une boutade, direz-vous. Bien sûr. Mais il faut bien convenir que la question est de moins en moins posée et de moins en moins répondue. Pourquoi ? Parce que nous sommes beaucoup trop occupés à acquérir de l'argent... et du pouvoir.