Rencontre avec Marin Dacos, historien et fondateur de Revues.org
Marin Dacos est universitaire et agrégé d’histoire. Il est allocataire-moniteur d’histoire contemporaine aux universités Lumière de Lyon IIet d’Avignon. Ce spécialiste d’histoire sociale et culturelle de la photographie dans les campagnes montre l’importance pour les historiens d’agir sur la toile et de s’approprier cet espace libre. Il envisage les liens possibles entre l’édition électronique et l’édition traditionnelle.
Martine Lemalet- Vous êtes un de ceux qui en France ont inité une réflexion sur l'intérêt conjugué de la recherche en histoire et de la toile. Pourquoi et comment vous êtes vous engagé à mettre en oeuvre cet immense chantier ?TRONG> Marin Dacos- En 1998, le web historique francophone était très faible. A côté d’initiatives très inégales de non professionnels de l’Histoire, on ne trouvait quasiment aucun texte d’historien. Au même moment, les difficultés de l’édition des périodiques de haute tenue scientifique sur papier étaient déjà connues : difficultés économiques et difficultés de diffusion. Il y avait un potentiel scientifique énorme à mettre en valeur. C’est ainsi qu’est née Revues.org, fédération de revues en sciences humaines et sociales.
Les revues scientifiques sont le coeur du site, chaque revue proposant actuellement en ligne entre 10% et 40% du contenu intégral de l’édition papier. Autour des revues, se sont greffés des services scientifiques assurés par la communauté scientifique elle-même: Calenda, le calendrier des sciences sociales, VirtualLibrary Histoire, la Lettre de Revues.org et enfin Aleph, un moteur de recherche spécialisé indexant des sites sélectionnés pour leur intérêt et leur adéquation à un thème scientifique (Littérature, Sciences du langage, Histoire et sciences sociales).
Dans votre démarche éditoriale vous vous êtes attaché à associer l’édition électronique avec l’édition traditionnelle. A quelles contraintes vous heurtez-vous aujourd’hui ?TRONG> MD- Beaucoup de revues buttent sur un double écueil. D’une part, elles rencontrent de sérieuses difficultés techniques pour réaliser une publication électronique digne de ce nom. Il faut savoir qu’elles n’ont bien souvent aucun moyen financier pour faire sous-traiter ce travail. D’autre part, l’articulation papier-électronique implique une réflexion adaptée à ces nouvelles formes de publication. Il faut du temps pour que l’offre, peu à peu, modifie les pratiques. Et du temps pour que les pratiques, peu à peu, modifient l’offre. Il faut se donner le temps d’inventer.
Le maintien d’un lien intime entre les deux formes de publication tel que nous l’appliquons actuellement est à mon sens plein d’avenir, mais il comporte en lui-même la nécessité de choix clairs, permettant de n’assujettir aucune des deux formes de publication à l’autre. Seules une convergence et une fertilisation réciproques ont, à mon sens, de l’avenir.
A partir de quels critères organisez-vous vos partenariats avec d’autres sites, d’autres revues ?TRONG> MD- Tous nos partenariats sont d’ordre scientifique. Il faut ensuite réaliser un travail de convergence technique.
Votre article est tout entier traversé par l’esprit d’un partage affiché qui fédère les énergies. Comment protéger la création intellectuelle ?TRONG> MD- Les auteurs restent des auteurs. L’électronique ne change rien à la notion d’auteur, même si vont sans doute émerger des auteurs collectifs. Les rédacteurs de Virtual Library Histoire sont par exemple les auteurs d’une oeuvre collective. La question est majeure, mais pour l’instant, nous sommes en phase de fondation et il est difficile de la poser de façon abstraite. Je trouve qu’on pense à construire des remparts avant d’avoir édifié ce qui serait à protéger : une véritable édition électronique.
Qu’entraîne l’utilisation du net dans la perception de l’historien ?TRONG> MD- Lorsque les outils sont maîtrisés : beaucoup de clarté. Même dans son état actuel de larve embryonnaire, le web est lumineux.
Articles de Marin Dacos parus sur Revues.org
Marin Dacos, "Le numérique au secours du papier. L'avenir de l'information scientifique des historiens à l'heure des réseaux(1999)", Cahiers d’histoire, 1999, n°1, pp.9-31. Marin Dacos, "Les lendemains électroniques de l'édition historique. Pour un nouveau modèle économique de publication périodique", Revue d'histoire du XIXe siècle, décembre 2000.http://www.revues.org/cahiers-histoire/1-1999/02-1-1999.html
Marin Dacos, "An historian in the Minitel Country. The Web and history in France at the end of 2000", Journal of the Association for history and computing, décembre 2000 (USA). http://www.revues.org/rh19/2021-2000/14-2021-2000.html
A propos de Revues.org Pour remédier à la rareté et à l'éparpillement des espaces de langue française en sciences sociales sur le Web, Revues.org se donne pour tâche de favoriser la diffusion de l'information scientifique francophone sur Internet. Elle fédère des revues spécialisées en sciences humaines et sociales qui trouvent grâce à elle une audience à la fois plus vaste et plus internationale qu'auparavant. Revues.org développe également des sections spécifiques d'information scientifique. C'est le cas de Virtual Library Histoire de France ainsi que de Calenda, le calendrier des sciences sociales.
LIENTRONG> http://www.revues.org La Lettre de Revues.org, Calenda, Virtual Library, Aleph - les références de ces sites se trouvent dans le carnet d’adresses de la communauté Savoirs.