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LES TRAJECTOIRES DE JEAN-PIERRE BALPE
Rencontre avec un maître artificiers de la littérature multimédia

Secrétaire général de la revue Action Poétique depuis 1973, Jean-Pierre Balpe a participé à la création de l’ALAMO (Atelier de Littérature Assistée par la Mathématique et les Ordinateurs), et dirige actuellement le Département Hypermédia de Paris 8. Auteur, il a publié plusieurs romans, dont La Toile aux Éditions Cylibris, et des recueils de poèmes. Spécialiste de la génération automatique de texte, sa dernière oeuvre, réalisée avec ses étudiants du groupe @GRAPH, est en ligne depuis janvier 2001. Trajectoires – son nom programmatique, a aussitôt reçu la bourse de la Fondation Hachette.


Quelle est la généalogie de vos travaux sur la générativité ?TRONG>
JPB- Sur la générativité, il n’y a presque rien. Il n’y a que les travaux de Meehan, sur un générateur qui s’appelait Tale Spin. Et après, les travaux de Danlos. Mais ni l’un ni l’autre n’ont de prétention littéraire. L’idée était de voir comment on pourrait fabriquer du texte à des fins utiles, pragmatiques. Par exemple Danlos travaille sur la génération automatique d’articles de presse. […] Mais d’un point de vue littéraire, pour des raisons contextuelles et complexes, il n’y a rien. D’une part, parce qu’il faut une théorie de la langue, donc être un peu linguiste, d’autre part, puisqu’il n’y a pas d’outils, être un peu informaticien, et enfin il faut être un peu écrivain. Il se trouve que par hasard je suis les trois, donc ça me convient bien.


Pourriez-vous nous décrire le projet Trajectoires ?TRONG>
Trajectoires est un roman policier. Cela m’amusait qu’il soit interactif et génératif. La naïveté extraordinaire du roman policier m’a toujours agacé : il y a une dizaine d’indices dispersés dans le roman, et en général c’est assez visible, on comprend où on vous amène. Mais le lecteur n’a aucunement l’impression de participer à une enquête. Dans Trajectoires, c’est comme dans la réalité, vous avez cent façons de voir le monde et du coup, vous lecteur, vous devez vous-même vous demander ce qui va être votre indice, qui va vous servir par la suite.


Oui : quand on revient sur une même page, on se demande si dans la version précédemment générée il n’y avait pas un indice qui a disparu.TRONG>
Exactement comme si vous étiez un policier ! Vous avez rencontré une concierge, elle vous a dit quelque chose, vous la rencontrez trois heures après, elle ne vous dira pas la même chose… C’est ce jeu là que je voulais mettre en scène sur le plan littéraire. Dans Trajectoires, c’est assez compliqué, mais c’est un essai… un essai qui m’a montré qu’il fallait mettre en place des aides de lectures.


Quelle est la marge de manoeuvre de l’auteur derrière le générateur ?TRONG>
L’auteur a une très grande marge de manoeuvre. Dans un générateur tel que je les conçois, il y a trois niveaux. Premièrement un dictionnaire de langue, et déjà ici l’auteur peut introduire des mots ou ne pas le faire. Deuxième niveau, le générateur proprement dit, qui fait les accords, conjugue les phrases, etc. : l’auteur n’a pas d’influence sur celui-là. En revanche, il peut intervenir énormément sur ce que j’appelle les descriptions d’univers. Par exemple, dans Trajectoires, j’ai décidé que ça se passait en 1793 et en 2009, c’est moi qui ai décrit le monde de 1793, et ça, c’est un travail d’auteur.


Les pages générées sont très descriptives, on a l’impression que le récit n’y progresse pas. Est-ce un choix ou une limitation du générateur ?TRONG>
C’est un choix personnel. Il y a des pages organisées comme un récit, par exemple l’exécution, avec un début, une fin. Mais ça ne m’amuse pas trop, parce que cela introduit des contraintes très fortes. L’univers de la page est structurée en sous-univers : il y a le sous-univers introduction du condamné, le sous-univers montée sur l’échafaud… Les libertés sont possibles à l’intérieur de ces sous-univers, mais pas à l’intérieur de la structure, sinon on perd la logique. Personnellement j’aime bien utiliser la littérature informatique pour ce qu’elle est, c’est à dire pour son aspect beaucoup plus ouvert.


Pensez-vous que l’avenir de la littérature soit au travail d’équipe, façon cinéma ?TRONG>
Je ne suis pas à la fois compositeur, écrivain, plasticien. […] Dans tout l’art contemporain, depuis l’invention du cinéma, on n’est plus dans l’isolement. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne peut pas exister encore un compositeur qui compose son quatuor pour cordes dans son coin. Mais ce n’est pas l’orientation que prennent la plupart des jeunes que je connais. Sur un ordinateur, il est quand même très tentant de mettre autre chose que du texte pur.  

Le "mail roman" que je vais bientôt démarrer est un travail d’écrivain seul. Je refuse par exemple qu’il y ait une interface autre que celle du mail. Les gens qui s’inscriront recevront tous les jours une lettre. Elle ne sera pas générée, pour l’instant je veux jouer sur ce côté "mail roman", et c’est déjà assez compliqué. Cela ressemble à un feuilleton, mais sur Internet et avec un mail… c’est à dire que vous pouvez répondre ! Ce qui m’intéresse c’est de jouer avec cette matière qui va se produire, et que je ne connais pas à l’avance. Ce n’est pas un roman écrit, c’est de la correspondance.



Qu’avez vous retenu des dernières créations littéraires multimédias sur Internet ?TRONG>
Il n’y en a pas beaucoup. La revue DOC(K)S, Akenaton, Boxon, T.a.p.i.n… Ce qui m’intéresse le plus profondément là dedans, c’est qu’il s’agit d’un terrain où la littérature est en train de bouger beaucoup. Pour l’instant c’est un terrain d’expérimentation, qui n’a pas trouvé son équilibre, mais il y a plein de recherches et il est très intéressant de voir comment on peut explorer ce nouvel outil qui est merveilleux.

Toutes ces manifestations, que ce soit le Non-Roman de Lucie de Boutiny, ou encore ce que fait Dina Larsen aux USA, constituent un très gros bouillonnement dans la littérature. La littérature ronronne, apparaît tout d’un coup quelque chose qui casse les moules, et on ne sait plus ce qu’est la littérature. On peut vraiment dire, et je n’exagère pas, que c’est au moins aussi important que ce qu’a fait le surréalisme.



Le siteTRONG>
http://www.trajectoires.com
 



ARCHIVES
 
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Xavier Malbreil, écrivain de la génération informatique

EPOETRY 2001
Des CD-Roms échangés comme des cartes Pokemon

 
LA PLACE DU TEXTE DANS LA CREATION MULTIMEDIA
Alexia Guggémos, déléguée générale du Festival International du Film Internet

 
SI…-ALORS..
Philippe Bootz, fondateur de la revue Alire

 
1 - 10 RÉSULTATS SUR ENVIRON 132
Philippe Castellin, la revue Docks

 
DANIEL FOUCARD
Ecrivain ou robot ?


QUI EST L'HOMME DE LA RÉDACTION ?
Entretien avec Christophe Hanna






















































Propos recueillis par Geoffroy Filho, mars 2001.TRONG>

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