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LA VÉNUS À L’AIGUILLE…
Rencontre avec Marie L.

Elle m’attendait sur le pas de sa porte, souriante et grave comme une voyageuse des lointains intérieurs… Nous nous installons sur son divan moelleux assez vaste pour accueillir ses multiples personnalités : Marie L., Marie-madeleine, Marie-couche-toi-là, l’écrivain, le modèle, le personnage. Pour un écrivain qui dit vouloir atteindre "l’absolue dépersonnalisation" (Confessée), ça fait du monde à combattre !


Ses textes et ses photos mettent au jour une intimité violente et sombre : Marie c’est une partie de moi, c’est la partie noire qu’on a tous en nous. Totalement autobiographique, Confessée parle de ces choses dont on n’a pas forcément le droit de parler, comme Bloody marie rassemble les polaroïds obscènes de ce qu’on n’a pas le droit de photographier : la dépression et la violence sur soi dont Noli me tangere est la face textuelle. La pluie fouette les fenêtres voilées ; elle reprend d’une voix plus basse : ces livres sont un reportage de moi-même.PAN>


Si beaucoup croient qu’entre vivre et écrire il faut choisir, on se persuade du contraire avec Marie L. : pour moi il y a un enjeu qui est une alternative à la violence sur mon propre corps. L’écriture revêt cette vertu thérapeutique depuis le premier livre, Confessée, où elle prétend n’écrire "que dans le besoin". Et encore a-t-il fallu que son mari la jette dans l’écriture, lui offrant ce cadeau empoisonné qui la circonscrit dans un cercle vicieux : Je lui ai dit quelle était cette double ou triple vie que je pouvais avoir et il m’a dit "tu m’emmerdes avec ta souffrance" ; il m’a donné un portable, "maintenant tu racontes ton histoire". PAN>


En fait c’était une sorte de défi. Ça a été très douloureux parce que je ne savais pas écrire. Je n’ai d’ailleurs pas une écriture universitaire. Je peux avoir une ponctuation anarchique… j’écris comme je parle. PAN>Un an après, le texte s’empoussière dans un placard… le mari revient à la charge : "t’es même pas foutue d’aller au bout des choses !" je lui ai répondu "je vais te montrer que ce bouquin est une merde et qu’il sera refusé de partout." Et quinze jours après j’avais une réponse de Climat.PAN>


Confessée PAN>fait entendre la voix d’une Marie coupable qui torture son corps pour expier sa souffrance morale. Au début j’écrivais vraiment pour ne pas crever. Je déplace l’angoisse quand j’écris. Mais la mise en écriture du vécu est douloureuse. Souffrant avant, pendant et après, Marie écrit de façon compulsive et presque médiumnique. Elle affectionne la forme courte, travaille beaucoup sa ponctuation et tente de se rapprocher d’un style brut et épuré depuis Noli me tangere, son dernier livre. Quand on commence à écrire on se cache derrière du lyrique, on en fait dix fois trop. J’aime les choses très pures et très brutes. D’ailleurs j’évite tout ce qui est description de décors etc. Je préfère aller à l’essentiel. Je crois que la difficulté dans l’écriture est peut-être de réussir à raconter quelque chose le plus simplement possible.PAN>


Je lui demande comment réagissent ses lecteurs. Ce sont des hommes pour la plupart, des gens très tordus qui "voulaient sauver mon âme", des obsessionnels qui veulent absolument me rencontrer, des intellos dont j’ai du mal à déchiffrer les courriers. Et une femme émouvante. Marie s’est heurtée également à l’incompréhension des journalistes et à la récupération SM. Mais en confirmant son talent elle attire un public plus large qui compte désormais des artistes désireux de collaborer à ses travaux et des revues numériques.PAN>


Et elle, comme lectrice ? Ses consoeurs de la littérature érotique l’ennuient avec leur course au hard dénuée de sincérité et d’enjeu réel. Je me sens presque plus proche des homos qui écrivent et qui racontent leur histoire, dit-elle, citant je bande donc je suis d’Erik Rémès. Bien que lire la perturbe, Marie concède un intérêt sans réserve à ces quelques contemporains : Ian Soliane (La Saigne), Esparbec (Le pornographe et ses modèles), Robert Piccamiglio (La station service), Régis Jauffret (Histoires d’amour), Marc Behm et Tom Sharpe. Parmi les auteurs qui l’ont marquée par leur écriture, elle cite le magistral Calaferte avec L’Incarnation, Bataille pour La Mort, Laure (Les écrits de Laure) et Hilda Hilst avec Les contes sarcastiques.PAN>


Elle ne parle pas de Sacher Masoch et de sa Vénus à la fourrure, son double inversé. Pourtant, comme Masoch, Marie L. transforme ses partenaires en associés/instruments et son bourreau en prisonnier (Confessée). Mais elle va plus loin que l’inventeur du masochisme et, devenant son propre bourreau, elle choisit la schizophrénie. Noli me tangere et Bloody Marie en témoignent : "Je mets les mots à la place des trous…" et les aiguilles…PAN>


Ça ne peut pas durer… je me bats pour ne pas repartir dans un écrit intime, sinon je ne vais jamais m’en sortir. La solution : écrire un roman dont le narrateur est un homme. Entre autres projets, Marie souhaite adapter au théâtre Noli me tangere, et arrêter d’écrire : la plus jolie chose qui pourrait m’arriver, c’est de ne plus jamais écrire… mais l’écriture est une drogue.PAN>


Marie L. bibliographie et exposition prochainePAN>
ConfesséePAN>, éditions Climat, 1996, disponible dans la collection Lectures amoureuses à la MusardinePAN>
Petite mortPAN>, éditions Blanche, 1998.PAN>
Bloody MariePAN>, autoportraits photographiques, éditions Alixe,PAN>
Livre-objet : Email Rouge de Marie L. et Joël Leick, éd. Collection Mémoires, Paris. 2500 F. tiré à 33 exemplaires.PAN>




Avec Pierre Bourgeade PAN> L’Autre Face, Portrait de la face cachée de ParisPAN>, éditions Arléa, 2000.PAN>
No LovePAN>, ouvrage photographique, éditions Les Libraires Entre Les Lignes, mars 2000.PAN>
Exposition personnelle Marie L. pour les autoportraits aux Polaroïds de Bloody Marie à la galerie Rachlin-Lemarié-Beaubourg, 23, rue du Renard, 75004 Paris du jeudi 5 avril au vendredi 28 avril.PAN>



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