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POUR UNE CULTURE DE L’INTERNET
Rencontre avec Mona Chollet, auteur, journaliste et animatrice du site Périphéries

Mona Chollet nous parle ici de Péripheries.net et de son premier livre Marchands et citoyens, la guerre de l’internet, illustré par gébé et accueilli dans la nouvelle collection de l’Atalante "comme un accordéon".


L’ Itinéraire et les choix de Mona CholletTRONG>
Pendant ses études littéraires à Genève, Mona éprouve le besoin de se détacher du savoir doctoral de la fac et s’intéresse à l’actualité. Elle participe au journal étudiant "courants" qui rassemble une équipe de 20 personnes venues de toutes les facultés de Genève. Le journal tire à 3000 exemplaires.
Mona a d’emblée choisi sa voie, et réussit le concours de l’école de journalisme de Lille. Là, elle découvre que l’on "apprend à reproduire les codes du journalisme, sans réflexion. Les étudiants sont rassurés par les clichés qu’ils alignent avec un suprême contentement surtout pendant les cours de télévision. Dès que vous employez des mots qui ne figurent pas dans un petit catalogue d'expressions toutes faites, vous êtes accusé d'éditorialiser".

C’est pendant cette période lilloise que Mona rencontre Thomas Lemahieu, étudiant belge avec qui elle crée "peripheries.net" en 1997 pour respirer et faire passer sa conception de l’information et de la culture.



Pourquoi le site ? A l’origine, le besoin et l’envie de rester en contact avec les fondements du métier de journaliste : Faire connaître et ordonner les connaissances.

"Notre but était de servir de médiateurs entre les oeuvres et les gens et avoir un regard qui implique un engagement culturel et militant."



Martine Lemalet- Vous êtes journaliste à Charlie Hebdo. Comment vivez-vous le fait que l’équipe éditoriale de votre journal soit opposée aux initiatives développées sur le net ?TRONG>
Mona Chollet- Nous ne sommes pas d’accord sur ce sujet. Ce sont des choses qui arrivent.


"peripheries.net" a pris le parti de publier des articles longs pour activer sur la toile "un terreau culturel" qui implique "un brassage des idées". C’est là que réside votre détermination éditoriale. N’est-ce pas contraire à la "dictature du rapide" et du "pas plus de 2000 signes" en vigueur pour garder l’internaute ?TRONG>
C’est la synthèse entre le travail du journaliste et de l’adaptation des formes de savoirs plus approfondies et moins liées à l'actualité. Ces articles peuvent alors servir de ressources documentaires pour toute recherche sur le sujet traité. Il est préférable de mobiliser l’attention de 5 personnes plutôt que de 200 qui ne feront que passer.


Les sujets que vous abordez ont tous une approche transversale :TRONG>
Le choix des sujets est guidé uniquement par l'intérêt passionné qu'ils nous inspirent, par la curiosité. Il est important de faire partager et de varier les points de vue, de proposer un autre prisme que celui de l'approche journalistique du monde. Comprendre les fondements d’une démarche spécifique d’un auteur comme Armand Gatti, par exemple, permet de toucher des internautes qui abordent de la sorte des auteurs plus hermétiques.

Il s’agit de rappeler qu’il est important de ne pas exclure. Il ne faut pas s’enfermer dans un "jargon" dont seuls quelques uns détiennent les clés.



Comment définiriez-vous votre démarche ?TRONG>
Nous nous efforçons dans ce travail éditorial d’établir une passerelle, de rendre accessible différentes formes de culture, de donner au lecteur l’envie de faire l’effort d’aborder des territoires inconnus.


Le livre : le lien extériorisé d’une réflexion libre



Dans "marchands et citoyens, la guerre de l’internet", vous faites un état des lieux de l’internet. Vous dénoncez la toute puissance du pouvoir financier sur l’esprit de la gratuité qu’implique la toile. Qu’en est-il aujourd’hui avec la crise qui fait feu de cet ancien modèle économique qui a déjà vécu ? Comment articulez-vous l’évolution de cette situation binaire ?TRONG>
A partir d’exemples différents, j’ai rendu compte de la différence de situations entre les sites commerciaux et les sites "citoyens" qui pour vivre n’ont ni les recettes publicitaires ni des produits de revenus. Le livre traite des difficultés de l’indépendance des sites gratuits.


Dans ce livre vous défendez la liberté d'expression pour tous :TRONG>
"Internet a permis à un nombre inédit de gens, au citoyen lambda, d'accéder pour la première fois à la parole publique. Cette évolution suscite une énorme méfiance qui se traduit notamment par une législation très suspicieuse et répressive, comme l'obligation d'identification préalable de toute personne s'exprimant sur le Net, votée il y a un an dans le cadre de la loi sur la liberté de communication."


La première phrase de votre livre pose le débat : "Il n’y a pas d’internet : Il n’existe que des utilisateurs de l’internet". Que privilégiez-vous dans votre démarche ?TRONG>
J'ai voulu démontrer qu'il n'existe pas de définition préétablie d'Internet. Chacun peut influer sur la nature de ce média, en y transposant ce que lui, il souhaiterait qu'on y trouve. Contrairement à la télévision, par exemple, c'est un média qui n'est rien d'autre que ce que chacun de nous en fait.


Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre ?TRONG>
Les gens qui ont eux-mêmes créé un site voient Internet d'un oeil totalement différent de ceux qui ne sont pas du tout utilisateurs, ou utilisateurs distants. En animant un site, on comprend la nécessité de défendre la liberté d'expression en ligne. C'est un sujet dont on débat beaucoup sur le Net, mais en ne prêchant finalement que des convertis. Le livre est un moyen de sortir du Net pour toucher un public pas forcément "branché".


Comment ce texte est-il né ?TRONG>
A partir du web. Frédéric Barbe, directeur de cette nouvelle collection "comme un accordéon" a lancé un appel à auteur sur une liste de discussion restreinte. Je lui ai répondu. Nous avons échangé plusieurs mails dans lesquels nous avons défini le contenu du livre, puis nous nous sommes rencontrés pour établir le plan. J’ai écrit ce livre en six mois. L’éditeur l’a relu et m’a fait retravailler sa forme, par exemple, des citations trop nombreuses ont été supprimées.


Justement, vous pratiquez une langue associative et descriptive, qui semble émaner du mode de fonctionnement accumulatif produit par la navigation. Pourquoi ce choix ?TRONG>
J’ai toujours écrit de cette manière.


Le dernier chapitre de votre livre intitulé très poétiquement "la clef des champs" est un hymne à la culture telle que vous la rêvez? Qu’en attendez-vous ?TRONG>
Avec internet chacun devient son propre médiateur. L’interdisciplinarité et l’expression de formes culturelles multiples offrent le lieu d’un débat renouvelé.


Qu’est-ce que le net change dans le rapport auteur-éditeur ? Comment selon vous réussir cette nouvelle association d’une plus grande visibilité des textes et du maintien de la qualité du travail éditorial ?TRONG>
L’écrivain sort désormais des bastions traditionnels de l’édition. Il est devenu plus accessible. La communication se fait aussi entre l’auteur et le lecteur. Certains auteurs et éditeurs décident même de publier gratuitement l'intégralité de leurs textes sur le Net : cela ne dissuade pas du tout les lecteurs de les acheter ensuite en librairie s'ils leur ont plu. Internet est un moyen de renouer avec la vraie vocation de la littérature ou de la musique. Cette vocation, dans le monde de l'édition, est parfois dénaturée par la recherche du profit maximum ou le "calibrage" publicitaire des produits.


Comment concevez-vous l’avenir ?TRONG>
Vous savez, on navigue un peu à vue...

C’est plutôt drôle pour quelqu’un qui surfe sur le web et qui publie à l’Atalante... Quels sont les sites que vous fréquentez le plus souvent ?

Le webzine L’interdit, la revue littéraire Inventaire/Invention à laquelle je collabore, l’Autre portail, les sites Samizdat et minirezo.net.



Vous retrouverez les références de ces sites dans le carnet d’adresses de la communauté "actualité".TRONG> 

Le site de Mona Chollet & Thomas Lemahieu
http://www.peripheries.net



ARCHIVES
 
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Rencontre avec Frédéric Lasserre, géographe


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Guy Braibant et Pierre Levy, deux acteurs de la construction européenne


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IL Y A DES GENIES PARTOUT
Du plagiat et de la remise en question de la création littéraire


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Bertrand Leclair, la littérature menacée par "l´idéologie de la communication"


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COMMUNAUTÉ ACTUALITÉ
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Propos recueillis par Martine Lemalet, Mars 2001.TRONG>

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