Une interview de Didier Vedovato, créateur du site contes.net
Depuis trois ans, les amoureux du "Il était une fois" et les curieux de récits sans âge retrouvent les traces de leur passé régional grâce à Didier Vedovato. La quarantaine heureuse, cet employé de bureau le jour oeuvre la nuit au service de la mémoire collective. A raison de six heures de travail hebdomadaire, Didier Vedovato fouille, déniche, retranscrit et met en ligne plus de 1200 textes : poèmes, légendes, contes, fables… De Grimm à Poe, des contes africains aux légendes québécoises, ce "chercheur" de contes recompose par bribes le puzzle des régions et des pays. En faisant renaître les récits d’anonymes contés pendant des siècles au coin du feu. Son public ? Les petits et les grands (500 visiteurs uniques par jour). Sa devise ? Répondre aux demandes d’un public exigeant en quête de ses racines…
D'où est venue l'envie de créer ce site dédié aux contes et aux légendes ?TRONG> C'est arrivé un peu par hasard ! J'ai découvert Internet il y a cinq ans, et j'ai eu envie de créer un site, comme beaucoup de gens. N'ayant pas de talent artistique, j'ai cherché quelque chose qui existait déjà. En fouillant dans ma bibliothèque, plutôt bien fournie, je me suis rendu compte que la forme des contes, des textes souvent très courts, s'adaptait parfaitement bien à Internet. J'ai commencé à mettre en ligne des textes de Grimm, Perrault et Andersen, juste par jeu, mais très vite des demandes précises ont afflué de la part des internautes, m'incitant à proposer toujours plus de pages, à rechercher d'autres textes, à retrouver aussi certains auteurs. D'un simple passe-temps, le site est devenu un travail passionnant, qui a pris une ampleur inattendue et je me suis complètement laissé prendre au jeu.
Le public serait-t-il à la recherche de sa mémoire régionale ?TRONG> Effectivement, la réaction des internautes a été très rapide et très favorable par rapport au contenu du site. Les gens sont à la recherche des traces du passé, et notamment des histoires qu'ils ont eux- même découvert lorsqu'ils étaient enfants. Ils souhaitent, grâce à la lecture de ces contes traditionnels et populaires, transmettre à leurs propres enfants certaines bases, des valeurs morales généralement très présentes dans le conte. Les jeunes n'ont pas connu ces contes ; ils n'ont plus du tout les mêmes lectures ni les mêmes repères. Les écoles sont également très intéressées par le site, ainsi que de nombreux étudiants qui effectuent des recherches dans le cadre de mémoires d'études. Mais si les parents viennent chercher sur mon site des histoires à raconter le soir à leurs enfants, beaucoup reconnaissent qu'ils se font également plaisir en redécouvrant ces textes…
La perpétuation des contes et légendes des régions est t-elle réellement assurée ?TRONG> Les contes régionaux n'ont souvent pas d'auteurs définis ; ils se sont transmis exclusivement oralement, au fil des siècles, de façon traditionnelle, au coin du feu, jusqu'à ce que certains auteurs les retranscrivent afin de les perpétuer. Pour la région Pyrénées par exemple, la plupart des contes ont été "récupérés" et retranscrits par Michel Cosem, au siècle dernier. De son côté, Jean-François Blade a fait beaucoup pour le conte de Gascogne. Garder et diffuser une trace écrite permet de les faire exister aujourd'hui. Les contes traditionnels permettent de retrouver certaines spécificités régionales : la mer, la forêt et la pluie en Bretagne, les bastides et les rivières dans les contes de Gascogne, les Ours des Pyrénées… On y retrouve des racines, des spécificités météorologiques, des paysages. Certaines histoires reviennent d'une région sur l'autre. On retrouve par exemple des contes d'Andersen parmi les contes traditionnels, sans que l'on sache très bien pourquoi. J'ai trouvé des contes dans de nombreuses régions, dont une majorité date de la fin du XIXème siècle : la Bretagne, l'Alsace, la région Centre, l'Ile-de-France, Pyrénéennes-Cascogne, Provence, Auvergne…
La magie du conte a donc encore de beaux jours devant elle ?TRONG> Oui, car cette magie n'existe plus dans les récits et les lectures actuelles, ou moins. Les parents y retrouvent leur "jeunesse", un parfum d'enfance. Les adolescents eux découvrent complètement des récits dont ils n'avaient jamais entendu parler… Ils découvrent cette magie et ils apprécient que les textes soient courts, rythmés, vite lus. Il y a toujours, après cette découverte, une sorte d'enchantement, et ce quel que soit l'âge des lecteurs.