Les représentations de l’espace urbain en Asie du Sud-Est
Nathalie Lancret, architecte-urbaniste, est chargée de recherche au CNRS. Spécialiste de l'Asie du Sud-Est et conseillère scientifique de l'exposition "Hanoi, Le cycle des métamorphoses", elle nous livre sa lecture analytique des représentations de l'espace urbain en Asie du Sud-Est.
Pour analyser l'évolution et les transformations d'un espace urbain, les chercheurs, architectes ou urbanistes, se servent de représentations cartographiques et iconographiques. Concernant les villes de l'Asie du Sud-Est, et en particulier d'Hanoi, de quel matériel disposez-vous ?TRONG> Nathalie Lancret : Ca, c'est un gros problème dans la mesure où les cartes géographiques et les plans dont on dispose sont peu nombreux et toujours postérieurs aux XIIIe et XIVe siècles. Depuis plusieurs années, l'IPRAUS (1) travaille à constituer un fond ainsi qu'un inventaire critique. C'était essentiel pour l'interprétation et la compréhension des transformations.
D'où l'exposition "Hanoi, Le Cycle des Métamorphoses ?" qui a lieu à l'IFA à partir du 13 juin ?TRONG> Entre autre, oui. L'exposition va en quelque sorte montrer comment les urbanistes, les architectes, les chercheurs, parviennent à faire parler les cartes et les plans. C'est à la fois passionnant et très riche car c'est l'aboutissement de recherches croisées entre des écoles d'architecture, des universités, des centres d'archives et le réseau de la recherche architecturale Métropoles d'Asie-Pacifique (MAP).
Pour les villes nées avant le XIIIe siècle comme Hanoï dont la fondation remonte à 1010 , comment faites-vous pour reconstituer l'espace urbain alors même que vous n'avez ni cartes ni plans ?TRONG> On se sert des représentations symboliques de l'espace qui nous révèlent non pas une réalité bâtie mais des modèles cosmologiques inscrits dans la mémoire collective et qui se transmettent de générations en générations.
L'analyse de ces représentations symboliques a-t-elle influencé votre lecture du matériel cartographique ?TRONG> Oui, sûrement. Jusqu'à présent l'analyse cartographique reposait exclusivement sur un lien présumé entre la réalité bâtie et la représentation. Or, il m'est apparu que la représentation était un support d'analyse mais aussi un élément de transformation. Autrement dit le plan influence les formes architecturales et urbaines qui, en retour, ne sont pas sans effet sur les modes de représentation.
Ces travaux sur l'espace urbain en Asie du Sud-Est sont-ils exploités par les chercheurs d'autres disciplines ?TRONG> On entretient des relations étroites avec les historiens, les géographes ou les ethnologues qui se servent de nos conclusions et nous livrent les leurs.
Et sur le terrain ?TRONG> Sur le terrain, il y a des formes de collaborations internationales en particulier grâce à Pierre Clément (directeur de l'IPSAUS) et Charles Goldblum (professeur à Paris 8) qui depuis plus de vingt ans animent des travaux à la fois de recherche et de formation. Ainsi les étudiants de troisième cycle du MAP, animé par Yong-Hak Shin, travaillent sur le terrain en liaison avec les universités locales. Même si les approches sont très différentes, les résultats sont souvent constructifs.
Notes (1) L'IPRAUS, l'Institut Parisien de Recherche Architecture Urbanistique et Société
Agenda L'exposition "Hanoi, Le cycle des métamorphoses" à partir du 13 juin 2001 à l'Institut Français d'Architecture 6 bis, rue de Tournon, 75006 PARIS. Tel. : 01 46 33 90 36 Commissaire de l'exposition : Christian Pédelahore de Loddis
Bibliographie L'article de Nathalie Lancret "La représentation de l'espace urbain en Asie du Sud-Est" fait partie des travaux de recherche rassemblés sous la direction de Pierre Clément et Nathalie Lancret (avec la collaboration d'Emmanuel Cerise, Dominique Delaunay, Inès Gaulis et Lisa Ros) dans Hanoi Le cycle des métamorphoses, Editions Recherches/Ipraus.