L'Écribus, sillonne le Var à la rencontre des villageois. Armés de stylos et de feuilles, deux équipes d'animation accueillent les écrivains improvisés. La carrosserie de leur véhicule entièrement recouverte des acrostiches du mot "écrire", l'intention de ces férus de littérature est affichée. Pour Éric Blanco, animateur de l'atelier, l'Écribus est avant tout "une rencontre avec l'Autre et son écriture". Histoire d'une aventure qui ne fait que commencer.
Deux associations varoises sont à l'origine de l'Écribus : "Paginaire" dont les animatrices organisent des ateliers d'écritures dans le Var depuis 1984 et "Le Signal Curieux" qui intervient dans les écoles, les universités, et les bibliothèques depuis 1993. Soutenu par le Ministère de la Culture, le Conseil régional de Provence-Alpes Côte-d'Azur, le Conseil général du Var, l'Écribus se déplace dans le département du Var, d'une commune à l'autre, là où on ne l'attend pas : marchés, foires mais aussi Fête de la pomme de terre, Fête du Village, vide-grenier...à la rencontre des villageois écrivains.
Ancien bibliobus reconverti en atelier d'écriture à ciel ouvert, l'Écribus, cherche à toucher un public de passage, d'autant plus difficile qu'il s'agit bien souvent de personnes largement sollicitées par les commerçants et les diverses attractions environnantes. Les animateurs de l'Écribus cherchent à recueillir des impressions de lecture. Ils s'appliquent à persuader le public de consacrer quelques minutes à l'écriture, et les indécis, de se pencher sur une feuille. A commencer par des méthodes ludiques visant à produire des textes courts - comme par exemple les recettes culinaires, des écrits du quotidien qui rassure, ils guident ensuite l'écriture à l'aide de conseils techniques.
Le public de l'Écribus est varié. Il y a ceux qui ne tiennent pas en place sur leur chaise et invitent leurs amis à se joindre à eux et se mettent à plusieurs pour écrire.. Il y a les bavards qui viennent pour discuter, poser des questions et qui n'écrivent pas une ligne. Il y a les perplexes qui regardent l'Écribus du coin de l'oeil, rôdent un temps autour du véhicule, s'en vont puis reviennent après avoir réfléchi à ce qu'ils allaient écrire. Il y a ceux qui griffonnent un texte à la hâte, sans même prendre le temps de s'asseoir…
Les villageois recopient ensuite leur texte sur un napperon qu'ils accrochent sur un étendage devant l'Écribus. Ce support original et déroutant étonne les passants qui s'arrêtent pour lire, et parfois écrivent à leur tour. Ainsi de nouveaux textes sont affichés et de nouveaux curieux s'arrêtent. Jeu de création, de récréation.
Parmi les cinquante étapes de l'Écribus, Ginasservis - Fête du Goût du 22 octobre 2000. Parmi les trente-cinq personnes qui se sont arrêtées pour écrire, Gérard et sa recette, perle inattendue : " Dieu a un sentiment amer sur les hommes et tient à les assaisonner Il demande à Gabriel un rapport salé sur leur comportement de durs à cuire Jean, à force de mélanger ses idées, n'obtient que des brûlures d'estomac Marie n'a qu'un rêve sucré, se laisser enfourner… ".
Au fil de ses étapes varoises, l'Écribus fait de plus en plus parler de lui - France Télévision et Télé Monte Carlo lui ont consacré des reportages - et les habitants des bourgades voisines réclament expressément une visite de l'atelier. Le désir d'écrire se répand de places en places... Plusieurs communes ont même sollicité la création d'un atelier permanent d'écriture. Expérience gratuifiante pour les médiateurs de L'Écribus qui se prennent à rêver d'autres véhicules qui parcourraient les routes et étendraient leur rayon d'action au-delà du Var. Ils songent aussi à faire publier les textes reçus dans un magazine, ou mieux, les diffuser sur un site Internet.