Né en 1999, le Festival International du Film Internet s'est donné pour mission de découvrir les talents de demain, mélangeant les dernières technologies du web, le cinéma et l'écriture interactive. Baptisé Digima, ce mouvement fédérateur soutient l'émergence d'un 10ème art. Alexia Guggémos, déléguée générale du FIFI, a pour mission de choisir les oeuvres, de la Sélection officielle au Prix du Public ; elle dirige également un atelier d'écriture interactive (l'AEI), à la Saline Royale d'Arc et Senans. Elle nous confirme la place fondamentale occupée par le texte dans ces créations multimédia.
Qu'est ce qui a motivé votre participation à cette aventure ?TRONG> Je m'intéresse aux écrivains, aux écrits, aux artistes contemporains qui essaient de jouer avec l'espace et le temps. C'est sûrement ce qui a attiré l'attention de Vincent Thomas, Medhi Benjemia et Christophe Clément, les fondateurs du FIFI.
Quelle est la place de l'AEI dans le FIFI ?TRONG> C'est une sorte de laboratoire de recherche où l'on réfléchit à l'écriture de demain. L'idée était de faire travailler des créateurs porteurs de projets : écrivains, photographes, vidéastes sur Internet, en les entourant d'experts, informaticiens, graphistes , webdesigners etc … Pour la première édition, il y a eu un appel à candidature, nous avons reçu une quarantaine de personnes, au final, nous avons retenu trois projets. Toutes les oeuvres de l'AEI ont été présentées en exclusivité pendant le FIFI en mars 2001.
Une vidéaste, Mireille Loup, dont je connaissais le travail, avait déjà écrit des nouvelles sur Une femme de trente ans, en forme d'hommage à Balzac. Un sujet qu'elle avait illustré de photos et exposé. Elle a donc immortalisé les vidéos, les photos et écrit les textes. Il fallait une coordination avec un webdesigner pour réfléchir à une arborescence, tisser l'histoire sur Internet, penser à l'internaute qui entrerait dans son univers. Une belle expérience, et finalement, une grosse production d'une heure et demi.
Un autre projet, celui de Michael Sterckeman, 24 ans, présente une petite BD interactive. Sorti de l'école de l'image d'Angoulême, il écrit, réalise ses histoires sur le logiciel Shockwave. Sa production pour l'atelier d'écriture est une adaptation de ses livres. Il nous immerge dans son monde, complètement. C'est un beau travail qu'il a réalisé seul.
Pour le troisième projet, j'ai rencontré Nicolas Devos, un scénariste. Il nous a complètement séduit. Il a écrit un scénario consacré à Edgar Poe en faisant jouer l'interactivité dans le récit. Il s'est présenté en compagnie d'un illustrateur belge très original, Bruno Lachard. Ils ont fait un gros travail, et mis beaucoup de temps pour sortir le premier épisode, en ligne depuis peu. C'est un dessin animé interactif de grande qualité.
Qu'entendez-vous par interactivité ?TRONG> Dans l'oeuvre de Mickael Sterckeman, l'internaute s'approprie l'histoire, il intervient réellement. Il y a plusieurs alternatives. Bien sur, la lecture est linéaire, mais il peut y avoir un jeu. Ce sont des clins d'oeil que nous fait l'auteur. Si l'on veut pousser l'interactivité plus loin, on tombe dans le jeu de rôle.
Parmi les oeuvres les plus interactives du FIFI, il y avait "dansmonappartement.com", un site en Flash réalisé par le studio Tokto. L'interactivité, est bien évidemment toujours relative, dans la mesure où les différents scénarios sont écrits à l'avance, mais elle a un sens, celui du cheminement aléatoire.
Vous présentez l'écriture sous de multiples facettes, comment la voyez-vous évoluer dans les années à venir ?TRONG> On aura toujours besoin de raconter des histoires, et de les découvrir. A chacun son mode de lecture privilégié. Cela ne remplacera pas le livre, ni la TV interactive. Je pense que l'écrit prendra une place de plus en plus importante par rapport à l'image, en tout cas, une place égale. C'est essentiel, l'image commence absolument par le scénario. Il y a un avenir pour les scénaristes, les hommes d'écrit et d'histoires.
On aurait pu penser qu'Internet n'était qu'images, graphisme ou services. C'est évidemment un outil extraordinaire pour la création, le récit et les mots. On peut mettre en animation des poèmes de manière merveilleuse…
Peut-on qualifier cette nouvelle vague comme l'émergence d'un 10ème art ?TRONG> Oui et on le soutient, on le défend car ce sont vraiment des oeuvres nouvelles, très spécifiques.
Les oeuvres de l'AEI Une femme de trente ans : fiction policière de Mireille Loup http://femme30ans.free.fr/