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LA PAROLE, LA POÉSIE
Rencontre SLAM, avec Pilot the Hot & ses acolytes

"Le Slam est un mouvement artistique, culturel et social, marqué par la volonté de rendre la création et l'expression orale accessibles au plus grand nombre : démocratiser la poésie, la dépoussiérer de poncifs encombrants. Venez faire écouter vos oreilles et, si le coeur vous en dit, faire parler votre bouche."


Qu'est-ce que le SLAM ?TRONG>
Pilot le Hot, l'animateur des rencontres slam au Bar des Lucioles le mardi soir, répond du tac au tac à la question. Il a commencé à slamer il y a de cela six ans, au Club Club, un bar de Pigalle où sont nées les premières soirées de poésie non conventionnelles. Avec aujourd'hui plus de deux cents textes à son actif, il se définit avant tout comme un poète en prenant bien garde à distinguer cette activité de celle qui l'a amené à créer Slam Production dans la foulée. "Le Slam est un art collectif, un art oratoire artistique, culturel et social. Et qui se pratique ici selon des règles précises : ça consiste à inviter des poètes à venir déclamer, dire, ululer, chuchoter, rapper, scander, aboyer, vomir, péter, éructer, gémir, rugir, que dire encore - faire parler leur bouche, quelque que soit leur style, quelque soit le genre. Selon ces règles bien précises qui sont : un poème à la fois, pas plus de cinq minutes, jamais de musique derrière ni d'accessoire, et chacun son tour. Tout le monde a le droit de participer, c'est collectif. Pour ça, il faut donner son nom à la personne qui présente. Le jeudi soir, c'est Eric Dubois, le dimanche, c'est Nina. Le mardi, c'est Pilot the Hot… C'est ça le SLAM : Quelque soit ton registre - on a des registres très différents - et chacun son tour."



Attention, poètes !TRONG>
Il ne s'agit donc nullement de rencontres poétiques au sens de joutes oratoires, où deux à trois MC's rivalisent de prouesses techniques et linguistiques. Ni de duels d'improvisation, comme il pourrait en être des matchs d'improvisation en marge du café-théâtre, du mime et des arts de la rue. Les contraintes sont bien celles d'un jeu. Il y a bien des règles qui s'apparentent alors à celles du sport. Mais le challenge est celui d'une totale liberté d'expression, dont la plus juste définition se formule dans les termes même de celle de la parole poétique. Le slam, c'est donc simplement et seulement la poésie. Mais attention, de la poésie… Orale. Nulle improvisation donc ici, les textes sont bel et bien écrits avant que les slameurs ne se lancent sur scène. Quelques uns récitent, déclament, haranguent ou murmurent, à peine audible, des textes connus par coeur, longuement ruminés avant de passer les lumières de la rampe. Mais la plupart d'entre eux lisent tout simplement - cahier, feuille de papier, bout de nappe tenus d'une main tandis que l'autre apprivoise le micro - des textes qui viennent d'être écrits dans la semaine, la journée, le quart d'heure.



Qui sont les slameurs ?TRONG>
Qu'ils viennent ici depuis des mois ou qu'ils affrontent le public pour la première fois, qu'ils livrent des textes directs et instinctifs ou qu'ils aient derrière eux une longue pratique de la poésie et de l'écriture, pour tous, l'expérience est unique. Une fille à son mec qui l'accompagne, après une intervention personnelle et salée, étonnée et à la fois contente de son succès : "C'est fou ce qu'avec une jupe et des talons, tout de suite…". Elle balançait des trucs qu'elle ne lui avait peut-être jamais dit. Ca se sentait. Le mec lui en voulait. Un peu. Chacune des interventions dévoilent un moment de vérité, qui peut prendre la forme d'un grand frisson, s'exprimer avec retenue ou cruauté, ou sortir comme une franche rigolade. Il faut par exemple entendre Paul Cash dans sa magistrale interprétation de la fable de La Fontaine "Le Corbeau et le Renard". Il la récite d'un seul souffle magistral, en la dégoisant en dix secondes à peine, avant de lui donner une suite toute personnelle qui suscite l'hilarité générale. La morale sauve, la performance est ponctuée de force hourras et applaudissements.



Il n'y a aucune prétention de manière générale, et très peu de parade de la part des slameurs qui se succèdent sur un rythme alerte au micro, chacune des interventions ne durant jamais plus de quelques minutes. Le sentiment de ridicule même s'efface devant les piètres performances. Aussitôt vues, aussitôt oubliées. La suivante nous fait oublier le numéro qui ailleurs se serait fait huer. Ce qui s'apparente volontiers à un atelier de libre expression publique nous oblige à adopter une toute autre grille de lecture, en laissant de côté tout jugement de valeur. La littérature au demeurant n'a jamais été une valeur en soi et l'écrit compte moins que la locution même.


La force des soirées slam gravite en effet tout autour de cette prise de parole collective et publique. Raconter une histoire, lire un poème, rendre compte d'une expérience quotidienne, partir dans les chemins de traverses de l'imagination urbaine, les rencontres slam retirent de la grande diversité des expériences individuelles leur richesse même. Il ne s'agit pas tant d'un jeu proprement littéraire que d'un engagement personnel, un investissement toujours singulier : c'est une parole tour à tour parodique, instinctive, cruelle, sociale, intime, politique, littéraire qui s'exprime librement et publiquement, et qui fait tout l'intérêt des manifestations. L'invention - le plaisir qui s'en dégage - tiennent donc plus dans la multiplicité et la foisonnante diversité des locuteurs, que dans les qualités spécifiquement littéraires des textes dits, lus, racontés ou chantés.


Sortie de tous les horizons et de tous les milieux, chacune des interventions est tendue d'un enjeu affectif et émotionnel énorme. C'est la richesse même des soirées que de favoriser cet échange. Un micro, une personne, un public. Toutes les séances sont organisées sur ce dispositif élémentaire, entièrement centré sur la prise de parole en public. Il n'y a d'ailleurs aucune sélection, il suffit de se porter candidat et de se faire inscrire sur la feuille de passage. Toutes les expériences sont bonnes à dire et à entendre et toute bouche trouve ainsi sa place ici. Justement parce qu'il n'y a aucun professionnel de la parole ou de l'écrit mais des locuteurs singuliers, apprentis poètes qui viennent chargés de toute leur vie, de toute leur expérience, chacune des interventions compte.


Lecteurs de Baudelaire et Apprentis rappeurs, vieil espagnol barbu et jeune homme de quarante ans se succèdent. Ils sont banlieusards ou parisiens, cruels ou fleur bleue, tchacheurs ou jeunes poètes romantiques. Tous révèlent leur part de magie, de poésie, de vérité instantanée. Mais le plus intéressant est peut-être le sort qui est réservé par le public à la petite série de ceux dont la parole ne passe pas. Maladroit, mal-dit, provocant, pornographique, il faut entendre le texte de celui qui a beau parler dans le micro et dont la voix reste coincée en travers de la gorge. Ils sont quelques uns à se succéder ainsi, concentrés, tendus, inspirés, mais inaudibles et inintelligibles. Or, leur courte performance est tout aussi importante et pareillement saluée d'applaudissements par le public.


Car il se passe quelque chose d'extraordinaire ici. Le test du micro pour chacun des intervenants pourrait en effet en rester à un simple niveau d'exercice de prise de parole, ou au contraire de pur tour de force, et l'ensemble se limiter à une constellation de défis personnels et fanfarons. Chacun y allant de son petit show narcissique, un peu envahissant, un peu stérile. Mais les soirées dépassent la plupart du temps ce premier niveau exhibitionniste ou facilement thérapeutique. La diversité des locutions permet de dépasser les contraintes narcissiques constitutives du genre. Les gens se rencontrent. Les expériences se croisent. Le public participe activement. C'est peut-être ça, la force du Slam : la parole de chacun y devient l'expression de tous.


Pour aller plus loin
TRONG>Le slam, c'est "la parole, la poésie" pour paraphraser un titre d'Eluard. L'écriture poétique retrouve une dimension orale qui la rattache également à une longue tradition, depuis les troubadours et ménestrels et griots africains, jusqu'aux tchacheurs et autres MC's issus du mouvement hip-hop, en passant par les traditions de poésie chantée occitane ou andalouse. Mais paradoxalement, chacun des poètes ou apprentis poètes qui se présentent ici trouve dans cet espace de récitation publique un moyen de parfaire son expression écrite. Source d'inspiration directe pour les uns, occasion de se confronter à des registres multiples pour les autres, les soirées sont des tremplins informels propices à toutes les rencontres, à toutes les discussions. Le slam constitue à ce titre également un moyen original de travailler sa langue, en confrontant des tournures et un ton parfois extrêmement recherchés à un auditoire attentif.



Nul mieux que cet auditoire vous renseigne en effet sur la justesse d'une image, la portée d'une pique ou la tenue d'une métaphore filée. Des poètes y viennent encore pour y découvrir une simplicité d'expression difficile à atteindre dans la solitude de l'écriture. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : la grande diversité des registres et des formes pratiqués ici permet également à des poètes travaillés par l'écrit de parfaire leurs vers, de rythmer leurs strophes. A l'image de Didier L., qui après quelques années en ateliers d'écriture a passé le cap du micro depuis six mois. Avec deux autres amis poètes, il vient ici gagner ce que la pratique de l'écriture et la participation à des ateliers semi-professionnels ne lui avait pas jusqu'à présent offert : une écoute publique, une réaction immédiate, et un style en fin ultime d'une plus simple efficacité.


Contacts
TRONG>http://www.slameur.com

Slam Productions
Tél./Fax : 33 (0)1 42 06 92 08/69 50
slamproduction@online.fr


Infos pratiques
TRONG>Culture rapide : Evénement Slam de poètes bien vivants.
Poésie vivante dans les bars
"Un poème dit = verre offert"


Bar les Lucioles, 102, bd de Ménilmontant
75 020 Paris M° Ménilmontant
Tous les mardis, 22 h30


Bar L'Abracadabar, 123, Av. Jean-Jaurès
75019 Paris M° Laumière
Le 1er jeudi du mois, 21h


Bar Le Pataquès, 8, rue Jouye-Rouve
75020 Paris M° Pyrénées
Le 1er jeudi du mois, 21h



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Arnaud Jacob, juin 2001.TRONG>
 
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