Rechercher
Lettre d'info
 
Voir mon panier  


 
 
 
LA ROUTE NAPOLÉON
Sur les traces du plus fameux des Aigles

Le retour de Napoléon en 1815 suit le "Grand Chemin". Cet itinéraire, devenu enjeu touristique, à la découverte des Alpes et de la Méditerranée, est marqué par les étapes-événements de l'épopée napoléonienne. Les rencontres de Laffrey et de Brié en témoignent, comme bien d'autres encore. Que s'est-il passé sur cette route qui, depuis 1932, porte le nom de Napoléon ?


La Route avant NapoléonTRONG>
L'Empire romain avait ouvert une voie reliant directement la Durance à la Mer, qui devint la route du sel (Via Salinaria), l'actuelle ville de Castellane étant alors le siège de salines importantes. Favorisant l'essor économique de villes comme Gap, Sisteron et Digne, cette voie romaine permit par la suite au christianisme de se développer rapidement, et un épiscopat puissant, relayé par les abbayes de la Côte méditerranéenne dont Lérins, convertit les populations jusque dans les zones les plus reculées. Il n'est que de découvrir la cathédrale de Senez, en bordure de la Route Napoléon, perdue dans un village quasiment déserté, pour s'en convaincre.


L'époque médiévale est le théâtre d'enjeux sans fin entre les comtes de Provence, les dauphins du Viennois et les comtes de Savoie. La région se hérisse de forteresses, dont Castellane est le plus imposant exemple. L'annexion française de la Provence et du Dauphiné au XVe siècle est l'occasion de la création d'un réseau routier permettant la gestion et la défense de ces territoires nouvellement conquis : le Grand Chemin reliera désormais Lyon à Antibes, en passant par Grenoble, Gap, Sisteron, Digne et Grasse.


A cheval et à dos d'âne
TRONG>Les pesanteurs administratives de l'Ancien Régime, les difficultés du terrain comme l'absence d'un véritable corps des ponts et chaussées ne permettent guère de réaliser autre chose que des chemins muletiers. Les guerres des XVIIe et XVIIIe siècles ne sont guère propices à d'ambitieux travaux d'infrastructure et le général Bonaparte lui-même, partant combattre en Italie, préfère suivre les axes transalpins plutôt que le Grand Chemin, impraticable pour les convois et l'artillerie. Devenu Empereur des Français, Napoléon Ier décide pourtant de remédier à cette  situation en décidant la construction d'une vraie route ; mais les difficultés militaires de 1813 et 1814 détournent les crédits gouvernementaux vers d'autres priorités.


Les motivations d'un exilé
TRONG>
"Je ne serais pas venu sans les fautes de Louis XVIII". Le Vol de l'Aigle est en effet le contraire d'une préméditation de longue date. Quand Napoléon quitte l'Ile d'Elbe le 26 février 1815, accompagné d'un millier de soldats de sa garde, c'est parce qu'il a entendu les plaintes des Français au sujet de la monarchie restaurée, plaintes qui lui sont notamment parvenues par le gantier grenoblois Dumoulin, son émissaire secret. Louis XVIII croyait tellement à la réalité de la "dix-neuvième année de (son) règne" et à son principe de légitimité (le droit divin) qu'il oublia que la Restauration de sa dynastie ainsi que le remaillage de la "chaîne des temps" (dixit) n'étaient qu'une tolérance des Alliés, ainsi qu'un moment de lassitude pour les enfants de 1789. Sans la défaite de "l'Usurpateur", que fût devenu le "comte de Lille" et sa camarilla ? Incroyablement mal secondé par le futur Charles X, Sa Majesté royale put mesurer la fragilité de son pouvoir : un podagre aux pieds d'argile !


Sur la Route avec NapoléonTRONG>
Le 1er mars, "l'Usurpateur", débarque à Golfe-Juan avec sa voiture. Quel itinéraire choisir ? Cambronne n'étant pas parvenu à rallier la garnison d'Antibes, la route vers Marseille via Toulon s'avère impossible. Ce sera Cannes, Napoléon passant la nuit sur la future Croisette, puis Grasse, atteint avant midi le 2 mars. A partir de là, la petite troupe va suivre les indications du Grenoblois Dumoulin, qui les avaient soumises à l'Empereur à l'Ile d'Elbe : remonter les Alpes, moins défendues militairement que la Provence, et surtout moins hostiles, car Napoléon ne voulait pas revivre les heures sombres de 1814, où il avait dû affronter des insultes et des menaces de mort. Concrètement, le général Cambronne partira en éclaireur, pour réquisitionner vivres et logements.
A Saint-Vallier, l'Empereur prend quelques minutes de repos sur un banc de pierre, avant de monter vers Escragnolles, où il tombe sur la mère du héros de la campagne d'Egypte, le défunt général Mireur à qui il remet une bourse d'or. Il fait nuit quand les hommes pénètrent dans Séranon, où il dressent un campement dans la neige, Napoléon s'abritant dans la gentilhommière du Broundet.



Le 3 mars, la colonne est aux portes de Castellane. Le sous-préfet obtempère à l'invitation de Cambronne et accepte de déjeuner avec Napoléon. Celui-ci délègue le chirurgien de la Garde, Emery, et son émissaire Dumoulin, tous deux Dauphinois, comme "pionniers", chargés de distribuer les proclamations rédigées à l'Ile d'Elbe. L'ascension du col de la Lèque, dans la neige et le froid, n'est pas une partie de plaisir ; à Senez, les soldats s'effondrent sur le parvis de la cathédrale d'où, plus d'un siècle plus tôt, Mgr Soanen, janséniste, avait défié Louis XIV et la Papauté. Napoléon est logé, lui, chez le juge de paix.


Le contraire d'une promenade digestiveTRONG>
Le 4 au matin, en descendant sur Digne, le mulet qui transporte une partie du numéraire tombe dans un ravin ! C'est en plein marché que Napoléon fait son entrée dans la ville, où la population, d'abord hostile - l'émissaire impérial Emery ayant été arrêté - puis enthousiaste. Seul l'Evêque, Mgr de Miollis fait montre d'hostilité, en refusant de recevoir celui à qui il doit pourtant sa crosse. Sur place, on imprime les textes rédigés à l'Ile d'Elbe et sur le bateau. L'Empereur redoute la prochaine étape de Sisteron, la citadelle construite par les comtes de Provence, augmentée pendant les guerres de religion et par Vauban pouvant être un obstacle insurmontable si elle décide de résister. Le château de Malijai qui l'abrite cette nuit-là est sa "forteresse de la Méditation", à l'image de celle que se choisira la grande exploratrice Alexandre David-Neel, qui s'installera à Digne en 1928 (1).


A Sisteron, tout se passe bien, sans qu'aucun "hussard" n'ait besoin de "monter sur le toit" (2). On lui présente le drapeau tricolore et les paysans comparent l'effigie qui se trouve sur les pièces de monnaie, encore en circulation, et son modèle vivant ("C'est bien lui !"). Aux alentours, les populations forment un bataillon de volontaires pour servir d'escorte à l'Empereur.
 
 
La lente réaction gouvernementaleTRONG>
Nous sommes le 5 mars. Au moment où Napoléon et son escorte franchissent le pont romain de Burle, à l'entrée de Gap, Louis XVIII apprend la nouvelle. Loin de s'affoler, la famille royale convoque les anciens maréchaux de l'Empereur. C'est le moment de tester leur loyauté... Ceux-ci sont d'abord, et sincèrement, las du nouveau coup d'éclat de celui qui ne les laissa jamais au repos, vingt ans durant : ils partent donc "sus au rebelle", afin de conserver les positions que Louis XVIII a consenties.


A Gap, où Emery a été un moment retardé, Napoléon fait cadeau de son drapeau et offre une somme d'argent afin d'ouvrir des refuges dans les cols des environs, venant d'expérimenter le besoin qui s'en fait sentir. Après Gap, c'est la route vers Grenoble. A Corps, l'apparition de l'Empereur à la tête de ses troupes fait un effet similaire à celui qu'y produira un jour celle de la Vierge le 19 septembre 1846.


Le 7 mars a été volontiers appelé "le jour le plus long" pour Napoléon. C'est qu'il fallait effectuer les 60 kilomètres qui restaient jusqu'à Grenoble, et affronter les troupes royales qu'on savait en marche... Voici le bourg de La Mure, où l'Empereur félicite le maire de s'être opposé aux injonctions gouvernementales de faire sauter le pont de Ponthaut. Longeant les lacs de Pierre-Châtel et Petichet, l'armée de Napoléon (deux-mille soldats plus un millier de civils) est avertie qu'à quelques kilomètres de là, dans la prairie de Laffrey, un bataillon du 5e de ligne a pris position, dont le commandant cherche à retarder Napoléon dans l'attente de renforts... Jusque-là, le Vol de l'Aigle n'a essuyé aucun coup de fusil. Où sont les troupes royales ? Elles approchent à leur corps défendant, car ces soldats sont les mêmes qui firent Austerlitz, Wagram ou Iéna ; trempés de gloire et habitués à l'énergie, ils sont gagnés par le doute devant les nouvelles qui leur parviennent : Napoléon n'a pas été arrêté et le peuple, qui l'abandonnait un an auparavant, ne semble pas s'opposer à son retour...


Le temps fort de l'épopée
TRONG>
L'épisode de Laffrey, célébrissime, a été relaté par Stendhal, admirateur inconditionnel de "l'homme le plus étonnant qui ait paru depuis César", qui planta un saule à l'emplacement exact où l'Empereur se tint (sa statue, déboulonnée en 1871 est à nouveau érigée en 1930). Echange de menaces de part et d'autre émissaires antagonistes (le capitaine Raoul du côté impérialiste, le capitaine Randon du côté royaliste), flottement dans les rangs du 5e de ligne, incertitude dans l'autre camp ; jusqu'à ce que Napoléon, qui a quitté sa voiture pour son cheval, décide de payer de sa personne, s'approchant à portée de pistolet et de lancer l'apostrophe fameuse :
- "Soldats ! Je suis votre Empereur : reconnaissez-moi !"




Et alors que le jeune capitaine Randon ordonne à ses hommes d'abattre l'encombrant fantôme, les soldats répondent par une salve de "vive l'Empereur !", signal de la fraternisation générale. A Vizille, haut-lieu de la Révolution, Napoléon est bien accueilli par le Maire. Celle-ci se poursuit un peu loi, sur le plateau de Brié-en-Argonnes, avec le 7e de ligne du colonel de La Bédoyère. La Bédoyère, qui venait de faire bruyamment défection de la garnison de Grenoble, à la barbe du général marchand, commandant de la place ! A Brié toujours, un grenadier de l'Ile d'Elbe, originaire du lieu, présente son  père à l'Empereur, qui se laisse embrasser.


Napoléon se remet en route, mange une omelette à Tavernolles, prend un bain de pieds à Eybens, puis c'est le face-à-face à l'entrée de Grenoble, porte de Bonne. D'un côté, des troupes armées, bonapartistes et attentistes pour la plupart, à deux doigts de la mutinerie ; de l'autre ce qu'il faut bien appeler des aventuriers. C'est donc la sagesse qui prévaut chez les officiers qui, de guerre lasse, soit acceptent la nouvelle situation soit s'enfuient. La ville se rend, sans coup férir.  L'Empereur préfère prendre une chambre à l'hôtel des Trois-Dauphins dont il avait gardé un bon souvenir, tenu de surcroît par un ancien grognard d'Egypte, Labarre.


"Avant Grenoble, j'étais un aventurier ; après Grenoble, j'étais prince" confiera Napoléon à Las-Cases sur son rocher de Sainte-Hélène. La Route Napoléon, pour  sa partie touristique, s'arrête là. Il lui restait encore à parcourir plusieurs centaines de kilomètres, qu'il parcourut en treize jours ! Le 20 mars au soir, l'Empereur des Français rentrait dans son palais des Tuileries, que le Roi de France venait de déserter, le matin même...


La Route après NapoléonTRONG>
C'est Louis-Philippe, et surtout Napoléon III, qui vont réaliser le projet de Napoléon Ier, en élargissant le Grand Chemin et en modifiant son tracé dans les passages les plus difficiles. Ainsi entre Saint-Vallier-de-Thiey et Escragnolles, entre Barrême et Digne, entre Vizille et Grenoble, baptisée Route Napoléon en 1932, emprunte le fond des vallées et non plus les crêtes des montagnes, qu'arpentèrent l'Empereur et sa suite en 1815.


Enjeu stratégique jusqu'à l'annexion de la Savoie par la France en 1860, la route impériale, la nationale 85 est l'objet de fortes ambitions touristiques au début du XXe siècle, au moment où se développe l'automobile. "La plus belle route de France" est vantée par les meilleurs affichistes et les élégants des Années folles qui descendent sur la Côte d'Azur, à la recherche des traces du passage de Napoléon.


Notes
TRONG>(1) Première femme à avoir traversé le Tibet et pénétré dans la Cité interdite de Lhassa en 1924, écrivain, bouddhiste, elle choisit de s'arrêter à Digne, où depuis sa mort (à 101 ans !), dans sa maison (baptisée par elle Samten Dzong, c'est-à-dire "forteresse de la méditation"), un Musée et une Fondation retracent son parcours.
(2) C'est en effet le pays sisteronnais qui inspirera Jean Giono pour son célèbre roman.



Pour en savoir plusTRONG>

Le site de l'ANERM (Association nationale des élus de la Route Napoléon)
http://www.route-napoleon.com

Le site du Comité du tourisme de l'Isère
http://www.isere-tourisme.com

Le site de Jacques L'Azou, bouquiniste spécialiste de l'épopée napoléonienne installé à Corps
http://www.laroutenapoleon.fr



Le Guide de la Route Napoléon, Collectif d'auteurs, Editions Gallimard, 2001.

"Stendhal et Napoléon", colloque organisé par le Pr Bourgeois, Université Stendhal de Grenoble.


Claude Vigoureux est l'auteur d'une thèse sur "Maupas, le préfet de police du 2-décembre". Il a participé au Dictionnaire du Second Empire , dir. Jean Tulard, Fayard 1994, a publié Servir le Roi. Lettres inédites du soldat Philibert Baudet dit La Giroflée, Bourg-en-Bresse, Editions Musnier-Gilbert, 1998, est rédacteur en chef de la revue Patrimoines de l'Ain.



SAVOIRS / HISTOIRE ARCHIVES

TRONG>FEDERER ET EDITER LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
Rencontre avec Marin Dacos, historien et fondateur de Revues.org
PAN>

L'EUROPE CITOYENNE AU CENTRE DES PREOCCUPATIONS DES NATIONS
Rencontre avec Guy Braibant et Pierre Levy, deux acteurs de la construction européenne


BERLIN, LABORATOIRE DES TEMPS
Régine Robin, dans ses promenades sociologiques

 
TRAVERSEES
Rencontre avec Marc Ferro
PAN>
PAN>PAN>
PAN>PAN>PAN>PAN>PAN>




LES DREYFUSARDS SOUS L´OCCUPATION
Rencontre avec Simon Epstein PAN>PAN>PAN>PAN>
PAN>PAN>PAN>PAN>
PAN>PAN>

PAN>PAN>PAN>PAN>
LA TRACE DU FLEUVE
Histoire des Parisiens sur le fleuve, histoire du fleuve dans ParisPAN>PAN>PAN>PAN>
PAN>PAN>PAN>PAN>
PAN>PAN>

PAN>PAN>PAN>PAN>PAN>PAN> 
L'ETE EN PAYS DE COUTANCES
Edith Heurgon, directrice du Centre Culturel International de Cerisy
PAN>PAN>PAN>PAN>PAN>
PAN>PAN>PAN>PAN>
PAN>PAN>



ALGÉRIE 1954-1962
La guerre des appelés
PAN>

 
LE TOUR DE FRANCE DES REGIONS PERIPHERIQUES
Rencontre avec Emmanuel Le Roy Ladurie

 
LES CHEMINS D'UNE HISTORIENNE
Rencontre avec Michelle Perrot


ECRIRE LA GUERRE D'ALGÉRIE AUJOURD'HUI
Entretien avec Jean-Charles Jauffret, directeur du programme "Mémoires des combattants français de la guerre d'Algérie" au CNRS


LA TORTURE ET L'ARMEE PENDANT LA GUERRE D'ALGERIE (1954-1962)
Rencontre avec Raphaëlle Branche
PAN>PAN>PAN>PAN>PAN>PAN>



PARLEMENTAIRES ET ENGAGEMENTS DANS LA FRANCE DE VICHY
Rencontre avec Olivier Wiewiorka, auteur des Orphelins de la République
PAN>PAN>
PAN>PAN> 
ENSEIGNER L'HISTOIRE AUJOURD'HUI
Entretien avec Hubert Tison, secrétaire Général de l'Association des Professeurs d'Histoire et Géographie


LA FRANCE VIRILE
Rencontre avec Fabrice Virgili
PAN>PAN>PAN>PAN>PAN>

UNE HISTOIRE DES GRANDS-PARENTS
D’après l’essai de Vincent Gourdon, spécialiste de démographie historique






Claude Vigoureux, juin 2001.TRONG>
 
Veuillez vous connecter pour laisser un commentaire sur cette actualité.
Si vous ne possédez pas de compte, créez en un ici


Copyright © 2001 - 2008  Editions Le Manuscrit
Tous droits réservés

 

Identifiant
 

Mot de Passe
Oubli du mot de passe cliquez ici

Manuscrit Université
Essais & Documents
Récits & Témoignages

Roman
Romance
Roman noir
Régions
Erotisme
SF / Fantastique
Marges

Nouvelle
Jeunesse
Poésie
Arts & Scénario
Pratique



Mentions légales

Conditions
générales de vente


Contactez-nous
 
Nos principaux partenaires