J'ai vu Gudul… Mais il m'est interdit de vous dévoiler son identité. Véritable hydre du web, ce personnage hermaphrodite se décrit lui-même comme un érotomane averti qui a le don d'ubiquité. Parisglamour.com est son oeuvre et l'érotisme sa cible.
Mais pas n'importe quel érotisme : Gudul ne joue pas sur la tendance et sépare le porno et l'érotisme. Dans la pornographie il n'y a pas de réflexion, c'est de la consommation. Ses références érotiques vont pourtant bien au-delà de la simple suggestion : Pauvert, Sade… mais aussi de grands photographes comme Tony Ward. Mais l'érotisme peut être beaucoup plus hard que le porno. Gudul poursuit sa chasse au talent et déplore le galvaudage du genre qui rend la tâche ardue, cette tendance à faire de l'érotisme à tout va.
Parmi les découvertes accessibles sur parisglamour, citons Victoire d'Amour de Mélodie Marcq. Gudul, qui se place donc du côté underground du glamour, défend à raison cette pièce érotique d'appartement, dont l'interprète s'offre sans vulgaire impudeur, à l'heure où l'on perd son temps entre une Amélie Poulain populiste et une Catherine Millet automate.
Toutes les femmes qui écrivent aujourd'hui des romans érotiques sont les filles ou les petites-filles de Régine Desforges, dit-il, évoquant la première soirée qu'il a organisé au web bar où huit romancières de haut vol étaient réunies, dont la fameuse Marie L. Un extrait de Noli me tangere est d'ailleurs visible sur Le Livre de l'amour, diaporama quasi exhaustif de tous les textes, photos et dessins érotiques. Ce livre virtuel devrait bientôt voir le jour, Gudul ayant des propositions de l'Esprit frappeur pour l'éditer, mais ils sont sur la sellette à cause des Renseignements Généraux. Le projet sera peut-être confié à la Musardine ou aux Editions Blanche que Gudul suit de près, lisant tous leurs livres et dossiers de presse.
Mais Gudul ne pouvait se contenter de plébisciter les oeuvres des autres, aussi organise-t-il un concours réservé aux textes et photos inédits. Les vainqueurs seront édités en une oeuvre collective, sorte de pendant au livre de l'amour. Je l'interroge sur ses critères de sélection : Le glamour c'est très large, Gudul sélectionne donc au feeling. Si le sexe devient matière artistique ou culturelle ça intéresse Gudul.
L'érotisme n'est pas qu'une matière livresque et fantasmatique. Ce peut être une façon de vivre et de penser, explique Gudul, qui se métamorphose sous mes yeux en sociologue. Gudul aimerait que parisglamour ait une vertu sociale ou sociologique, qu'il se fasse l'écho d'Act up, des revendications des Chiennes de garde… parce que l'érotisme envisagé de façon adulte implique ces sujets-là et suppose un engagement éthique. Il s'agit également du décalage constaté entre le sexe dont on parle et celui qu'on pratique : La haute-couture et la pub développent une image délirante. Sociologiquement c'est un stigmate, un phénomène intéressant, car c'est du rêve. Même le délire de Catherine Millet est complètement décalé. Mais parisglamour offre aujourd'hui plus d'émotion que de réflexion même si Gudul en prend doucement le chemin.
Le problème avec Gudul, c'est qu'il se nourrit comme vous et moi, peut-être même plus. Il doit satisfaire aux exigences du marché et aux business angels avides de sensations : parisglamour s'oriente par conséquent vers le clubbing, le vécu, des partenariats avec les endroits qui bougent. Gudul envisage également de sortir un magazine papier : Ça ressemblerait à " De l'air " et se consacrerait au divertissement et au savoir-vivre, ce serait un mensuel. On pourrait ainsi faire un site plus infernal avec un mot de passe. Il y a une demande.
Ce sont ces mêmes anges impitoyables qui ont obligé Gudul à renommer érotisme-fr.com en parisglamour. Ils étaient dubitatifs quant au mot érotisme. Le mot est galvaudé. Dans les deux mois qui suivaient on trouvait le mot glamour dans tous les magazines. Glamour est un peu hypocrite et sera bientôt aussi galvaudé qu'érotisme. En même temps c'est un beau mot qui reflète séduction, luxe. On ne peut plus utiliser de mot comme charme.
Je me plais à imaginer des mots futurs pour désigner l'art de l'innommable. Quand, tour à tour, les mots s'affaiblissent puis meurent, par quoi les remplaçons-nous ? Mais souvent la chose meurt avec le mot, ainsi l'érotisme disparaît peu à peu de notre société pour laisser place à la fadeur d'une triste obscénité.