Un livre événement que l'on aurait aimé voir exercer un impact plus important vient de paraitre aux Editions Desclées de Brouwer : une version des Psaumes que l'on peut qualifier de révolutionnaire tant sur le fond que dans la forme.
"Le traduire change. On ne peut pas l'empêcher de changer". TRONG>Henri Meschonnic, Poétique du traduireTRONG> "Mon Dieu, Mon Dieu, à quoi m'as-tu abandonné ?", c'est ainsi qu'Henri Meschonnic traduit les mots de Jésus sur la croix et non pas "Pourquoi m'as-tu abandonné ?", comme on a pu le lire jusqu'ici. Le poète et professeur émérite de linguistique à l'Université de Paris VIII, nous livre ici une version des Psaumes révolutionnaire. Auteur de Pour la poétique (cinq volumes parus chez Gallimard entre 1970 et 1978), Critique du Rythme (Verdier, 1982), de La Langue française (Hachette, 1997), Henri Meschonnic a déjà eu l'occasion d'affirmer combien la traduction signifie relation. Sa poésie ne s'inscrit pas dans une perspective inabordable, son langage est avant tout l'art de se relier aux autres, point d'inaccessibilité calculée donc. Et tout à coup, c'est Dieu lui-même qui devient accessible. Le monde et l'existence prennent un tout autre visage. Que de fois la Bible a-t-elle été traduite, traduction de traduction, avec un handicap en France, celui de ne pas posséder un original second comme en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Il est en effet nécessaire de rappeler que les Evangiles reposent sur l'hébreu et non l'araméen, puis sur le grec et le latin. Et toujours, la sentence, le dieu vengeur qui regarde d'un oeil sévère ses créatures, qui se sont éloignées de lui. Mais ici, sous la plume du traducteur, les pécheurs deviennent des "égarés".
Le genre humain n'est donc pas mauvais, il s'est un peu perdu en route. Dieu n'est pas le père abandonnique qui se désintéresse du sort de son fils. Il lui faut au contraire livrer une bataille, une sorte de rage se fait jour. Il ne s'agit plus d'une fatalité ou l'expression d'un désespoir. L'homme n'a plus de raison de se sentir menacé. C'est la peur qu'Henri Meschonnic efface en nous livrant un chant à la gloire de Dieu. Un chant car le texte ne répond pas à une forme conventionnelle. Blancs, disposition particulière des mots viennent ainsi l'émailler afin de restaurer en quelque sorte la parole de Dieu. Et si finalement, ces chants de gloire étaient des chants d'amour ? Chants d'amour destinés aux humains afin qu'ils reprennent espoir, comme si cette traduction arrivait à point nommé, inaugurant un nouveau millénaire et une nouvelle façon de percevoir les autres, de se percevoir. On peut aussi rêver et imaginer que l'humain nourri de sentiments positifs, imprégné d'une vision différente sera moins la proie des tourments qui souvent l'empêchent d'avancer. Dés lors qu'il ne sera plus mis au banc des accusés au moment de sa naissance, il se sentira libre et intègre.
"Traduire met en jeu la représentation du langage tout entière" TRONG> Henri Meschonnic, Poétique du traduireTRONG> L'ouvrage agit comme une invitation à réfléchir sur le sens du langage et l'importance de celui-ci. L'interprétation et la traduction des textes sacrés peuvent-ils changer la face du monde ? C'est alors tous les mythes qu'il faut revisiter, ceux-ci nous livreraient sans doute une approche différente des mondes anciens et des symboles. La restitution de leur rythme nous permettrait une compréhension et une appréhension différentes de l'existence. S'agit-il de la musique des sphères chère à Pythagore ou de la spiritualité qu'évoquait André Malraux dans sa célèbre phrase, "Le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas" ? Une spiritualité tournée vers davantage d'espoir et la possibilité d'un devenir "glorieux".
BibliographieTRONG> Gloires, Desclées de Brouwer, Paris, 2001. Poétique du traduire, Verdier, Paris, 1999.