Denis Côté, écrivain le plus aimé de la jeunesse québécoise
Un jour Denis Côté eut l'heureuse initiative de revêtir les plus beaux atours de la littérature pour la jeunesse. Bien lui en prit puisqu'il est aujourd'hui un des écrivains québécois les connus dans son pays, traduit dans plusieurs langues (italien, chinois et néerlandais) et adoré par les jeunes de la Belle Province (il fut élu en 1997 "écrivain le plus aimé de la jeunesse québécoise").
Ses 25 romans se nourrissent essentiellement de l'Imaginaire avec un I majuscule : fantastique, science-fiction, aventure exotique ou contes merveilleux, rien n'échappe à sa palette de conteur. Chiche ! Cher Denis Côté, voyons comment tu te débrouilles avec certains mot-clés tirés de ton oeuvre littéraire...
CheminTRONG> Je pense spontanément à mon roman Les chemins de Mirlande, qui constitue la réécriture intégrale d'un roman précédent intitulé Nocturnes pour Jessie. Dix ans se sont écoulés entre les deux versions. En dix ans, j'ai changé. Ma vision du monde aussi. Ainsi que ma conscience de la responsabilité qui m'incombe en tant qu'écrivain pour la jeunesse. Attention... Il n'a jamais été question pour moi - et il n'en est toujours pas question - de faire de la morale à travers mes oeuvres. Je ne me considère pas non plus comme un pédagogue ou une courroie de transmission pour les idéologies dominantes, qu'il s'agisse du capitalisme/matérialisme ou de la rectitude politique. Bien au contraire, mes bouquins auraient plutôt tendance à contester ces idéologies. Quand je parle de responsabilité, je me réfère à quelque chose de plus "spirituel", disons.
Mes premières oeuvres étaient passablement noires et défaitistes, reflétant mes humeurs d'alors. Puis, un jour, j'ai compris que, nonobstant mes sentiments par rapport à la réalité politique, sociale et économique, je n'avais tout simplement pas le droit d'insuffler dans mes livres autre chose que de l'espoir. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir, dit-on. Cette phrase n'est pas bête. Il faut espérer. Il faut croire que, quelque soit la situation où l'on se trouve, tous les espoirs sont toujours permis. C'est un choix, bien sûr. Les deux versions du roman, identiques pour le lecteur inattentif, sont fondamentalement différentes.
PorteTRONG> L'imaginaire, l'imagination, le rêve, la fiction : autant de mots pour désigner l'un des plus formidables dons de l'être humain, un don que nous possédons de façon exclusive sur cette planète. Notre capacité à imaginer, à faire des rêves éveillés, à projeter, est une porte sur l'ailleurs, un moyen de transcender l'ici et maintenant, de voir plus grand que la réalité immédiate. Ce don proprement humain est ce qui produit les peintres, les sculpteurs, les musiciens, les faiseurs de légendes, les conteurs, les écrivains de science-fiction, les créateurs de bande dessinée, les réalisateurs de films, les visionnaires, les architectes, les urbanistes, les découvreurs, les inventeurs, les penseurs, les révolutionnaires... Sans ce don, nous serions enchaînés à notre misère. Rêver est essentiel. Tout ce qui permet de rêver un tant soit peu est nécessaire. Malheureusement, nous sommes en train d'oublier cela. Très rapidement d'ailleurs, fascinés que nous sommes par les mille et un produits de consommation que l'obsession matérialiste nous jette chaque jour à la figure.
MaximeTRONG> J'ai créé le personnage de Maxime en 1986 quand Bertrand Gauthier, président/directeur des Editions de la courte échelle, m'a demandé de lancer une série de romans pour les lecteurs de 8 à 12 ans. La seule contrainte qu'il m'imposait était que mon héros devait être un personnage masculin. J'ai relevé le défi avec joie, moi qui n'avait encore rien écrit pour les enfants de cet âge. Depuis, j'ai publié 11 bouquins qui ne s'adressent pas aux adolescents. Tous les autres, les 18 qui restent, ont été écrits pour les ados. C'est ce que je préfère cependant. Pourquoi ? Je l'ignore. Je m'y sens plus à l'aise. Sans doute suis-je resté accroché à mes souvenirs et à mes projets d'adolescence, c'est-à-dire à cette époque où je rêvais de devenir un deuxième Henri Vernes. Au fond, je rêve toujours de devenir un deuxième Henri Vernes.
L'auteur des Bob Morane demeure pour moi une source d'inspiration, une sorte de modèle, à cause de son imagination, de la qualité de son écriture, de ses talents de conteur, de son sens du suspense, de son succès, de l'impact qu'il a eu sur l'imaginaire des lecteurs du monde entier. Cela dit, Henri Vernes n'est pas l'unique écrivain dont la carrière ou/et l'oeuvre sont mes sources de stimulation. Je n'oublierai jamais Hergé, évidemment. Ni Lee Falk, l'auteur mal connu de Mandrake le magicien et du Fantôme. Ni Gene Roddenberry, le créateur de l'univers Star Trek. Je suis très impressionné par la diversité et le talent de Pierre Pelot, que j'ai connu très jeune par De soleil et de sang, son recueil de nouvelles publié chez Marabout, et par les aventures de Dylan Stark qu'il écrivait pour les ados chez Pocket Marabout, avant qu'il ne change son nom pour celui de Pierre Suragne. À ces noms-là, il faudrait ajouter ceux des géants comme H. G. Wells, Jules Verne, Alexandre Dumas...
AnimalTRONG> J'adore les animaux. Comme les plantes, les arbres, les fleurs. Mais les animaux nous ressemblent davantage. J'ai toujours été fou des chats. De là mon roman pour enfants Les yeux d'Émeraude. Les chiens, je suis en train de les découvrir. Quand je me promène à la campagne, l'été, je ne peux m'empêcher de m'arrêter quand je vois un troupeau de vaches. L'île du savant fou, autre livre que j'ai écrit pour les enfants, s'inspire des animaux fabuleux: dragon, licorne, cerbère... L'homme a besoin d'amitié, disait Romain Gary. Il ajoutait que les téléspectateurs incapables de s'émouvoir à la vue d'une baleine échouée ou d'un oiseau de mer englué de pétrole étaient aussi incapables de s'émouvoir à la vue d'un enfant qui crève de faim.
MaisonTRONG> Maison, origine, famille, racines... On n'échappe pas à ses racines et je ne crois pas qu'il faille leur échapper. Quel arbre aurait envie de s'arracher à la terre qui lui donne la vie ? L'une des victoires de ce que l'on appelle faussement le "néo-libéralisme" consiste à convaincre petit à petit les Occidentaux que les racines ne comptent plus, que le sentiment d'appartenance est dépassé, que le patriotisme est un vieil habit dont on doit se départir. La mondialisation est pourtant une stratégie économique. Pas culturelle, ni politique, ni spirituelle.
L'un des défis, non pas du futur, mais du présent, est de demeurer soi-même envers et contre cette uniformisation que le pouvoir de l'argent tente de nous imposer. L'humanité n'est pas unidimensionnelle. Elle n'a pas qu'une seule couleur. L'humanité est une mosaïque. Elle est la diversité et c'est ce qui la rend magnifique, grandiose, malgré ses faiblesses. Les artistes les plus universels, les plus acclamés, les plus fréquentés, ne font jamais qu'exhiber leurs racines, leur maison, leur petit morceau de la grande mosaïque. Regardez Gabriel Garcia Marquez, John Steinbeck, William Faulkner, Marcel Pagnol, John Irving, Stephen King... Leurs histoires se passent dans leur coin de pays, qu'ils décrivent, imaginent, "mythologisent". Au Québec, Gilles Vigneault et Jacques Ferron ont compris cela depuis longtemps. Mais Vigneault ne joue plus à la radio et personne ne lit plus Ferron.
TRONG> En France, Denis Côté a publié Traque dans la neige dans la collection "Le furet enquête" chez Albin Michel.
TRONG>Vous pouvez aussi vous procurer ses livres parus aux éditions québécoises La Courte Echelle, sur les sites des librairies en ligne francophones, et à La librairie du Québec. Derniers titres parus : Les prisonniers du zoo, L'idole des inactifs, La révolte des inactifs, Nuit du vampire...