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FLUCTUAT NEC MERGITUR
La trace du fleuve, un essai d'Isabelle Backouche
 
Jusque vers 1840, le fleuve est le coeur d'un petit monde parisien qui vit et travaille le long de ses berges. Histoire des Parisiens sur le fleuve, histoire du fleuve dans Paris, La Trace du fleuve raconte donc l'évolution de ce microcosme des bords de l'eau entre le 18ème siècle et le milieu du 19ème siècle.

"Toi, Seine, tu n'as rien. Deux quais et voilà tout…", qui encadrent tout au long du Nocturne parisien un fleuve désert et mortifère, étranger à la vie. De manière plus sobre que Verlaine, Isabelle Backouche constate dans son beau travail historique, que la Seine est aujourd'hui un "espace étranger à la vie de Paris".



"Paris est un véritable océan…"
 
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Sur une Seine chargée d'embarcations diverses, l'horizon fermé par les nombreux ponts bâtis, dont Louis Sébastien Mercier dans ses Tableaux de Paris déplore la laideur, circulent à chaque heure migrants, portefaix, tripiers, blanchisseurs, porteurs d'eau, déchireurs, boutiquiers de toutes sortes, pour qui le fleuve est un lieu de travail et de vie. Principale voie commerciale, il nourrit la capitale et les ports fleurissent le long de ses rives, des Invalides à la Rapée, avec une densité exceptionnelle entre le Pont Neuf et le pont de Gramont. Centre de véritables quartiers limités par les ponts, ces ports sont des marchés permanents qui animent des berges aux physionomies variées - grèves, quais hauts, appontements - occupées par des usines, des commerces ou des entrepôts. On profite de chaque espace, jusqu'aux arches des ponts, qui abritent des moulins ou des pompes à eau comme sous le pont Notre-Dame.

Lieu de travail, lieu de consommation, la Seine est aussi un lieu de fêtes et de spectacles, pour célébration de la Saint-Louis entre autres, où les joutes nautiques éclairées par des feux d'artifices concurrencent les paroles des saltimbanques. Lieu de détente et de loisirs aussi, puisque partageant le cours du fleuve avec les nombreux bateaux à lessives, les bains nombreux accueillent les Parisiens à l'instar de ceux des Nuits parisiennes de Rétif de la Bretonne.


Les  Lumières et la SeineTRONG>
 
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Pourtant, au fur et à mesure que la population parisienne croît, la coexistence se fait de plus en plus difficile entre les différents usagers : les bateaux à lessives sont par exemple enjoints de laisser aux pêcheurs et aux porteurs d'eau un accès au fleuve… De plus, les idées nouvelles concernant l'hygiène mais aussi le commerce et la navigation, font d'un fleuve dégagé un facteur de progrès pour l'ensemble de la ville et ses habitants. L'eau comme l'air, comme d'ailleurs les marchandises, doivent circuler librement. Haro donc sur l'entassement qui caractérise la Seine !


Nombreux sont alors les projets qui prévoient à partir des années 1750 la destruction de bâtiments (l'Hôtel Dieu, le petit Châtelet, dégagement du parvis de Notre Dame), la construction de ponts (en face des Invalides par exemple, ou pour relier l'Ile Saint-Louis au quai des Ormes), mais aussi la disparition des activités qui parasitent le courant. Tous cherchent également à embellir la capitale par une ligne de quais régulière qui est au coeur d'un premier plan d'aménagement dans les années 1760. Le roi poursuit les travaux dans les années suivantes.
 
La destruction des maisons des ponts bâtis, tant décriées par Mercier, commence en 1785. Pas fait sans mal d'ailleurs car la belle unanimité des ingénieurs coïncide de très loin avec le désir des habitants. De nombreux commerces et artisanats en effet sont installés sur ces arches : luxe sur le pont Notre-Dame, plus populaire sur le Pont Marie par exemple, mais toujours une sociabilité très particulière s'y est développée. En outre, la perte d'un lieu de vie s'allie au versement d'indemnités jugées trop faibles par rapport au préjudice. Mais quelles que soient les résistances des Parisiens, les ponts et les berges sont dégagés et s'uniformisent progressivement au début du 19ème siècle.


"La grande rue entre Paris, Rouen et le Havre"
 
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Ces travaux entraînent dès la fin de l'Ancien Régime une transformation radicale du paysage que la Révolution poursuit selon les mêmes principes. L'amélioration des conditions de circulation fluviale passe au premier plan condamnant les établissements flottants comme les bains ou les bateaux à lessive. Usines et moulins s'installent en périphérie. Les ports de vente disparaissent au profit exclusif des ports de décharge, mettant fin à une des principales sources d'animation du fleuve.

 
Certains métiers, mieux organisés comme les bouchers, résistent aux premiers assauts. D'autres disparaissent rapidement, comme les tripiers. Au début du 19ème siècle pourtant, la plupart des métiers du fleuve ont disparu ou ont été relégués en amont ou en aval. Désertée par ses habitants, la Seine perd également sa spécificité au sein de la capitale. Avec la construction des canaux et l'apparition des chemins de fer au début des années 1840, elle n'est plus qu'une voie de communication parmi les autres.


"Des quais froids de la Seine…" : le fleuve loin des ParisiensTRONG>
 
1850 : la ligne de quais est achevée. Elle donne aux rives une unité certaine que le désordre des activités humaines ne perturbe plus désormais : le dernier lien vivant entre le fleuve et Paris a disparu cinq ans auparavant avec l'interdiction du halage par les chevaux. Après avoir été un lieu de contacts et de tensions, la Seine coule désormais sous les ponts et entre des berges que le pouvoir embellit certes, mais aussi fige par une monumentalisation de plus en plus poussée entérinée par le classement du site par l'UNESCO en 1991. Ainsi, "la transformation de la ville passe ainsi explicitement par la suppression d'une partie de son passé et si Paris gagne une voie de circulation, les Parisiens perdent un lieu de vie et de travail auquel ils sont attachés".


Rigoureux travail historique, La trace du fleuve met donc en lumière le processus de transformation d'un espace urbain en accompagnant toujours son analyse d'exemples et fait ainsi comprendre de manière vivante le fonctionnement de la microsociété fluviale qui s'identifie à la Seine. Espace partagé par de multiples pratiques, puis espace de confrontation, la Seine est finalement remise en cause comme lieu de vie du fait des nouvelles rationalités qui guident le développement urbain à partir de 1750.
 
L'écriture est claire et s'appuie sur d'intéressants tableaux synthétiques. La démonstration passant aussi par l'étude de projets d'urbanisme et par celle de représentations graphiques des bords de Seine, plusieurs cartes, plans et images des 18ème et 19ème siècles sont généreusement reproduits dans ce livre.


Le retour en Seine…TRONG>
 
Au confluent de l'histoire de Paris et de l'histoire urbaine, La trace du fleuve trouve en partie sa source dans un constat littéraire : les ouvrages sur Paris, voire sur la Seine sont légion mais peu concernent les relations entre la ville et son fleuve. Contemporains de l'écriture de ce livre, deux ouvrages collectifs proposent d'intéressantes contributions illustrées par une très belle iconographie sur des thèmes qui sont au coeur de l'interrogation d'Isabelle Backouche. Edités par l'Action Artistique de la Ville de Paris, Les ponts de Paris paraissent en 1999, suivis en avril 2000 de… La Seine et Paris. Les bibliographies de chacun de ces textes montrent l'intérêt suscité par la Seine, notamment dans les sociétés savantes parisiennes.

Le livre et le fleuve sont d'ailleurs étroitement associés : la librairie est en effet un des "petits" métiers de la Seine qui n'a pas disparu, au contraire. Installés dès la fin du 17ème siècle sur le Pont Neuf, les bouquinistes - appelés alors "mercelots" - ont peu à peu élargi leur implantation et aujourd'hui, près de 250 emplacements participent à l'animation des quais de Seine.



Celle-ci est actuellement l'objet de toutes les attentions des collectivités territoriales (Ville de Paris, Port Autonome de Paris, Conseil régional, etc.) qui tentent de refaire de la Seine un lieu de vie pour les Parisiens : restitution des berges aux piétons sur tout le parcours parisien de la Seine ; gestion différente de la circulation automobile ; promotion de plusieurs équipements culturels ; développement de la circulation fluviale. De plus en plus, les initiatives municipales tendent à (ré)intégrer la Seine au quartier, comme espace de détente et de loisir. Un signe de cette réintégration à la vie de Paris peut être perçu dans la célébration annuelle depuis 1998 des "Fêtes de la Seine", accueillant au mois de septembre des milliers de badauds sur les berges du fleuves qui retrouvent pour quelques jours l'écho lointain de l'animation et de la mixité sociale d'antan.


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Isabelle Backouche, La trace du fleuve, la Seine et Paris, 1750-1850, Paris, Editions de l'EHESS, 2000, 430 p.TRONG>
 
 
Isabelle Backouche, normalienne et agrégée d'histoire, est maître de conférence à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales à Paris. La trace du fleuve est la publication de sa thèse d'histoire préparée sous la direction de Bernard Lepetit (1948-1996), soutenue en 1995 et intitulée La Seine et Paris (1750-1850) : pratiques, aménagements, représentation.TRONG>


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Associations
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Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et Ile de France
60 rue des Francs Bourgeois, 75 003 Paris
01-40-27-93-66


Paris historique, association de sauvegarde et de mise en valeur de Paris
44 rue François Miron, 75 004
01-48-87-74-31
http://www.chez.com/parishistorique

Port de Plaisance de Paris Arsenal
11 boulevard de la Bastille, 75 012 Paris
01-43-41-39-32
http://www.portparisarsenal.asso.fr


EvénementsTRONG>

"Paris en eau", Fête de l'eau, 30 juin-1er juillet 2001.
Pour en savoir plus sur les associations partenaires,
http://lafetedeleau.free.fr/plan.html

Fêtes de la Seine, 10-15 septembre (dates à confirmer).
Paris Infoservices : 08 2000 75 75



LibrairieTRONG>

Bibliothèque historique de la ville de Paris
Hôtel Lamoignon
24 rue Pavée, 75 004 Paris
01-44-59-29-40

Librairie du Patrimoine
Hôtel de Béthune - Sully
62 rue Saint Antoine, 75 004 Paris

Librairie d'Argences
84 rue Bonaparte, 75 006
01-43-54-05-60
http://www.librairiedargences.com

Pages d'histoire. Librairie historique Gilles de Bearn
8 rue Brea, 75 006
01-43-54-43-61
http://perso.wanadoo.fr/librairies-pages-dhistoire


FilmographieTRONG>

Paris au fil de l'eau, Jean-Claude Bernard, 1932, 14'
La Seine a rencontré Paris, Joris Ivens, 1957, 32'
Paris la Belle, Pierre Prévert, 1959, 20'
Les amants du Pont neuf, Léos Carax, 1991, 125'



La Seine d'hier et de demainTRONG>

IAURIF
Institut d'Aménagement de la région Ile de France
15 rue Falguière, 75 740 Paris Cedex 15
01-53-85-77-40
http://www.iaurif.org
Librairie d'Ile de France
01-53-85-77-40


La Seine en Partage
Cette association nouvellement créée regroupe 144 communes riveraines de la Seine en Ile de France et cherche à valoriser le patrimoine du fleuve en agissant dans plusieurs domaines (aménagement des rives, tourisme, culture, etc.)
Pour plus de renseignements : Pascale Dugat, 01-42-78-36-60,
dugat.pascale@wanadoo.fr


ARCHIVESTRONG>

FEDERER ET EDITER LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
Rencontre avec Marin Dacos, historien et fondateur de Revues.org
PAN>

L'EUROPE CITOYENNE AU CENTRE DES PREOCCUPATIONS DES NATIONS
Rencontre avec Guy Braibant et Pierre Levy, deux acteurs de la construction européenne


BERLIN, LABORATOIRE DES TEMPS
Régine Robin, dans ses promenades sociologiques




HISTOIRES TRAVERSEES
Rencontre avec Marc Ferro


LA ROUTE NAPOLÉON
Sur les traces du plus fameux des Aigles

 
DREYFUSARDS SOUS L'OCCUPATION
Rencontre avec Simon Espstein

 
L'ETE EN PAYS DE COUTANCES
Edith Heurgon, directrice du Centre Culturel International de Cerisy

 
LE TOUR DE FRANCE DES REGIONS PERIPHERIQUES
Rencontre avec Emmanuel Le Roy Ladurie



ALGÉRIE 1954-1962
La guerre des appelés


LES CHEMINS D'UNE HISTORIENNE
Rencontre avec Michelle Perrot


ECRIRE LA GUERRE D'ALGÉRIE AUJOURD'HUI
Entretien avec Jean-Charles Jauffret, directeur du programme "Mémoires des combattants français de la guerre d'Algérie" au CNRS



LA TORTURE ET L'ARMEE PENDANT LA GUERRE D'ALGERIE (1954-1962)
Rencontre avec Raphaëlle Branche
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PAN>PARLEMENTAIRES ET ENGAGEMENTS DANS LA FRANCE DE VICHY
Rencontre avec Olivier Wiewiorka, auteur des Orphelins de la République
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ENSEIGNER L'HISTOIRE AUJOURD'HUI
Entretien avec Hubert Tison, secrétaire Général de l'Association des Professeurs d'Histoire et Géographie


LA FRANCE VIRILE
Rencontre avec Fabrice Virgili
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UNE HISTOIRE DES GRANDS-PARENTS
D’après l’essai de Vincent Gourdon, spécialiste de démographie historique






Claire Fredj, juillet 2001.
Agrégée d'histoireTRONG>
 
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