Auteur et interprète de Victoire d'amour, la jeune Mélodie Marcq y incarne Michel Ballant, lettré de 42 ans qui se déclare réduit à ce mot unique : "frustré". Mais "on n'est pas au théâtre" ajoute-t-il, et si nous sommes réunis autour de lui, c'est pour l'aider à comprendre le miracle survenu dans sa vie de "renfrogné".
La jeune femme qui sonne à ma porte n'a pourtant rien d'un Michel Ballant : menue, énergique et pleine d'assurance, elle n'a de son personnage que le don d'occuper la scène tout entière. Mon studio résonne de sa voix ferme et mélodieuse ; il le fallait bien avec un nom pareil. Sa profession de foi : la mise en danger de soi, du soi : Je crois à l'introspection. On oublie ce rapport à soi-même. Le soi c'est vertigineux, pour être connecté à son soi profond, à son intime, il faut se poser certaines questions que notre vie quotidienne nous fait oublier. Et, de temps en temps, revenir à cette confiance en soi, à cette intelligence du coeur, qu'on porte tous. Nous sommes tous des visionnaires. Aimez-vous, écoutez-vous, allez dans le danger, dans le déséquilibre, dans le vertige, vous verrez que vous êtes tout à fait à la hauteur. Je ne veux pas du tout être didactique ni pédagogique, donc je préfère raconter une histoire, et faire en sorte qu'on ne se sente jamais interpellé directement, ce qui serait grossier. Michel Balland passe par de l'anecdotique. Il n'y a pas un moment où on ne se dit pas " je me suis retrouvé(e) dans une situation comme ça ". Ça pourrait être de la manipulation si c'était un homme qui disait " je " et qui racontait son histoire, mais, comme c'est une femme qui joue, on ne peut pas se retrouver dans une situation binaire, frontale.
Pour Mélodie, cette mise en danger n'a rien d'abstrait : Pendant longtemps j'ai voulu plonger dans le théâtre public, dans un théâtre engagé, contemporain, écriture vivante, politisée, pour avoir cette conscience politique. Je me suis aperçue qu'en tant que comédienne, j'étais une girouette au service de girouettes, je portais des flambeaux réversibles à tous les vents. Les compagnies de théâtre me nourrissaient financièrement mais pas humainement. J'avais besoin de créer davantage, d'être dans des choses plus subversives. J'ai toujours choisi des pièces d'auteurs vivants et des pièces avec un engagement physique très important… de la danse ou du chant, des risques physiques… où on ne joue pas qu'au-dessus de la ceinture, voire à partir de la gorge. Une conscience du corps. Beaucoup d'acteurs français n'ont pas de corps, en sont coupés. A partir du moment où tu accumules les insatisfactions, tu deviens un être négatif qui n'est pas utile au monde. Il faut que toutes ces insatisfactions se transforment en désir, donc il faut passer par du rien, par du vide, par un dénuement même financier. Je perdais les compagnies, les amis liés aux compagnies.
Il n'y a pas d'oeuvre aboutie sans " corne de taureau " (Leiris), Victoire d'Amour en répond : le texte, écrit dans le dénuement, résulte des nombreuses soirées passées à l'éprouver sur un public élu parmi les amis et les journalistes gracieusement invités à le critiquer. J'aime être un peu à côté de la théâtralité, ajoute Mélodie. Et dans cette société de l'emballage et du spectaculaire, mon idée c'est qu'il y ait des prises de conscience de cet homme-là. Des prises de conscience en direct. S'il y arrive, c'est parce qu'il y a des gens en face de lui. Ce quadragénaire émouvant doit exposer sa vie - dans toutes les acceptions de ce mot - afin de conquérir une libération que le public prend en charge selon le principe du transfert. C'est à ce prix que l'on sort de Victoire d'Amour grandi et bancal à la fois, régénéré et tourmenté par l'étrange désir de réaliser cette libération vraisemblable.
Mais d'où vient Michel Ballant ? J'ai beaucoup côtoyé les hommes de quarante ans et je les trouve bouleversants, ils sont en état de changement. Ils révèlent que l'on reste les enfants qu'on a été et qu'on s'arrange avec une vie d'adulte. Ils m'ont beaucoup inspirée. Ils ne sont pas tellement à l'honneur. On a une façon de parler des hommes qui n'est pas très profonde. L'intimité de l'homme n'est pas mise en valeur. On ne parle pas beaucoup des pleurs d'un homme. Il y a un langage à réinventer sur eux-mêmes. Accéder à cette langue de l'intime qui libèrera tous les corps, c'est en passer par l'érotisme et notamment la sodomie. Ecrites très vite, les scènes érotiques témoignent d'une état euphorique, TRONG>d'ailleurs pour rester dans cet état-là j'allais me caresser régulièrement et je retournais écrire, précise Mélodie.
Issue du danger social et financier, de l'exploration érotique et spirituelle, Victoire d'Amour est le premier pas d'une recherche sur la sexualité, la chair, l'organique et la façon dont l'organique joue sur une vie de citoyen et sur le collectif. Programme ambitieux et actuel dont la réalisation future comportera un répertoire de chansons rock très sensuelles…
En attendant, Mélodie poursuit Victoire d'Amour, qu'elle est disposée à jouer chez vous, rien que pour vous et vos amis. TRONG> Contact - Jérôme Piot : 01 48 78 43 75.TRONG>