Rechercher
Lettre d'info
 
Voir mon panier  


 
 
STEAMPUNK : LE NOUVEL IMAGINAIRE
Entretien avec Johan Heliot autour de son roman La Lune seule le sait

La littérature de genre reste peu chroniquée, comme réservée à quelque cercle d’initiés. Cependant, il est de ces ouvrages qui, bien que clairement identifiés, transcendent leur public pour toucher un plus grand nombre. Aussi ai-je découvert le roman de Johan Heliot intitulé La Lune seule le sait alors que la maison d’édition chez laquelle est publié ce livre bénéficiait d’une belle mise en avant dans plusieurs librairies du sixième arrondissement de Paris : Mnémos.
Je le dévorais sans attendre et me plongeait dans cette histoire hallucinante dans laquelle Louis-Napoléon Bonaparte maintient le peuple français sous le joug d’une dictature implacable avec l’appui d’une population extra-terrestre qui met au service du Second Empire sa technologie. Malgré tout, une résistance s’organise réunissant l’éditeur Hetzel, la Communarde Louise Michel… alors que la Lune devient un impitoyable bagne où l’on entasse sans vergogne les récalcitrants.


Mélange de XIXè siècle et de science-fiction, mélange de personnages réels et de personnages sortis de l’imagination de l’auteur, ce livre appartient à un genre qui a déjà son nom : le steampunk. Pour nous guider dans ce monde extraordinaire, l’auteur a opté pour le mieux à même, père du genre avec son fameux Paris au XXè siècle, je veux bien sûr dire Jules Verne.


Votre roman est l’une des plus belles illustrations d’un genre nouveau à ma connaissance dans la littérature de science-fiction : le steampunk. Pourriez-vous le définir en quelques mots ?TRONG>
Johan Heliot – Succinctement, il s’agit d’exploiter les ressources technologiques et fictionnelles du XIXè siècle à leur maximum, et d’y intégrer des artifices sciences-fictifs. Au départ, le steampunk est un clin d’oeil adressé au cyberpunk par une bande de copains écrivains américains (Jeter, Blaylock et Powers), donc un simple divertissement sans prétention. D’ailleurs, ce n’est aujourd’hui toujours rien d’autre à mon sens. Depuis 20 ans, on ne trouve pas plus d’une dizaine de romans en tout.


Vous faites partie de la génération post 68, génération qui n’a jamais été associée aux grands combats politiques du siècle précédent et qui a pour caractéristique d’être davantage attirée par le plaisir et la réussite que par la politique. Or, dans votre roman, la politique occupe une place de choix. D’où vous vient ce qui semble être une passion pour la Commune à tel point que vous achevez votre livre sur ces mots : "L’esprit de la Commune vivra éternellement dans nos coeurs virtuels" ?TRONG>
D’abord, rendons à César ce qui appartient à Roland C. Wagner : la citation lui est empruntée (elle est tirée de son cycle des Futurs Mystères de Paris, dont je ne saurai que trop recommander la lecture).
Ensuite, je suis sans doute attiré par le plaisir, mais je laisse la réussite aux petits Rastignacs actuels… Le succès, je m’en fous. Enfin, oui, la politique est au coeur de mon roman – même s’il est avant tout une pure distraction : j’estime que la SF est la littérature de l’expression politique par excellence, voire le lieu privilégié du "progressisme de gauche". Après tout, où trouve-t-on les meilleures mises en garde contre les dérives de la science, leur utilisation par des multinationales uniquement préoccupées par l’accroissement de leurs bénéfices, la dénonciation des totalitarismes rampants, etc, sinon en SF ? Je renvoie le lecteur aux romans de Spinrad, par exemple.
Sinon, mes études d’histoire ont été à la base de mon intérêt pour l’épisode trop méconnu (pas enseigné dans le secondaire !) de la Commune de Paris. Puis les textes et témoignages des acteurs : Louise Michel, Maxime Guillaume, Jules Vallès… ont su raviver cette "passion". Je rappelle au lecteur qui ne le saurait pas que la Commune a été le cas, unique dans notre histoire, de concrétisation, éphémère, d’un idéal utopiste, très vite réprimé dans le sang par l’ordre bourgeois réactionnaire (au sens fort de ces termes, à l’époque).



Quelles sont les lectures qui vous ont nourries durant votre adolescence et quelles sont-elles aujourd’hui ?TRONG>
D’abord les classiques des romans populaires : Maurice Leblanc (Arsène Lupin), Gaston Leroux (Chéri-Bibi…), Sir Arthur Conan Doyle… puis les classiques de la SF (la Grande Anthologie de Gérard Klein, paru au Livre de Poche).
Aujourd’hui, je lis beaucoup de romans noirs et de polars (Ah, Ellroy, Bunker…), des nouvelles de SF francophones et autres (moins de romans), et je complète ma culture classique bon an mal an. Je suis un fan de Victor Hugo (hé oui), et, plus près de nous, de Louis Calaferte, John Fante ou Charles Bukowski. Des essais, des reportages, des pamphlets… Comme en musique, j’estime qu ‘il faut lire de tout, être ouvert au maximum. Je me méfie énormément des monomaniaques en littérature !



Les éditions Mnémos se placent comme l’Editeur du steampunk français. N’avez-vous pas peur de vous enfermer dans un genre ?TRONG>
Je ne pense pas franchement que Mnémos se place où vous le dites… Ils publient essentiellement de la fantasy. Il y a eu le roman de Colin & Gaborit, puis le mien, récemment, et quelques incursions de Gaborit tout seul aux frontières du genre, mais c’est peu en regard de tout le catalogue Mnémos.
Bon, c’est vrai aussi qu’il n’existe que très peu d’autres bouquins steampunk en France (je connais les cas de Michel Pagel et de Francis Valéry, René Réouven si l’on veut, c’est tout). Je n’ai absolument pas peur de m’enfermer où que ce soit, parce que j’écris un peu de tout, aussi bien du space-opera que du fantastique ou du polar. Simplement, les hasards des calendriers de l’édition font que mon premier roman est un steampunk.



Nombreuses sont les personnes qui pensent que le renouveau littéraire passera par la littérature de genre, comme cela semble le cas aux Etats-Unis, avec certains romans dits "trash". Est-ce votre avis ?TRONG>
Je ne vois pas ce que vous appelez le roman trash… Je ne sais pas si la littérature de genre renouvellera quoi que ce soit. Il suffit, quoi qu’on écrive, de ne jamais oublier que le lecteur veut une véritable histoire, et tant qu’à faire pas trop mal écrite… le reste… Si je considère seulement les chiffres de vente, la littérature de genre n’est pas prête de renouveler grand-chose ! Les listes de best-sellers en France ne comptent pas de romans de SF. Cela dit, on assiste à un timide regain d’intérêt pour le genre, à un redémarrage, avec la multiplication de collections et d’éditeurs spécialisés de grande qualité (L’Atalante, Lune d’Encre chez Denoël, Au Diable Vauvert…) et la création d’une nouvelle série de poches chez Folio SF. Tout ça est positif, mais on est loin d’avoir conquis le grand public !


Votre adresse Internet figure à la fin de la postface rédigée par vos soins. Adresse par le biais de laquelle vous invitez les lecteurs à réagir à votre livre. Est-ce à dire que l’invention d’Internet va bouleverser les relations entre les auteurs et leurs lecteurs ? Après tout, l’écriture est la seule pratique artistique que l’on n’applaudit pas. Pour autant, susciter le dialogue avec ses lecteurs n’est-il pas la plus belle des utopies : Charles Dickens recevait un tel monceau de lettres qu’il ne pouvait répondre à chacune d’entre elles, si bien qu’il résolut de ne plus prendre soin de décacheter les enveloppes, faisant brûler quotidiennement au fond de son jardin les correspondances de la veille.
Auquel cas Charles Dickens, sauf le respect que je lui dois, était un fieffé goujat… La relation entre un auteur et ses lecteurs est capitale, à mon sens. Non que ces derniers doivent influer sur le travail de l’auteur, qui se doit de rester libre dans ses choix et ses partis pris, mais il me semble que, dès lors que l’on accepte de livrer au public une part non négligeable de soi, il faut assumer les retours.
Le mythe de l’auteur dans sa tour d’ivoire, je n’y crois pas. Internet est un bon compromis pour ceux qui ne veulent pas se déplacer sur les salons ou autres. Je revendique l’aspect public du boulot d’auteur, et j’accepte toutes les critiques, à ce titre. Il est plus que temps de désacraliser ces foutus écrivains et de les mettre à portée "physique" de leurs lecteurs, pour s’apercevoir qu’écrire est aussi une prise de risque, quand il faut se justifier devant ceux qui vous payent le bifteck en achetant vos bouquins…



ARCHIVES

VIA
Le portail de la vie artificielle


DE L'IMPERTINENCE DE L'UTOPIE
Communication au colloque Politique et Science-Fiction de Nancy


UNE APOLOGIE DES LITTERATURES AVENTUREUSES
Stéphane Nicot, rédacteur en chef de la revue Galaxies

 
CARTOGRAPHIE DU MERVEILLEUX
Rencontre avec André-François Ruaud


SCIENCE-FICTION ET IMAGES DE LA SCIENCE
Un entretien avec Jean-Claude Dunyach


AU CARREFOUR DES ÉTOILES
Elisabeth Piotelat, responsable de la SETI League en France

 
COMMUNAUTÉ SF/FANTASTIQUE
Patrick Gyger, organisateur des Utopiales, festival de SF nantais






Propos recueillis par Aloysius Defayis, avril 2001.TRONG>

Identifiant
 

Mot de Passe
Oubli du mot de passe cliquez ici

Manuscrit Université
Essais & Documents
Récits & Témoignages

Roman
Romance
Roman noir
Régions
Erotisme
SF / Fantastique
Marges

Nouvelle
Jeunesse
Poésie
Arts & Scénario
Pratique



Mentions légales

Conditions
générales de vente


Contactez-nous
 
Nos principaux partenaires