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LES LARMES D’EROS
Rencontre avec Alexandre Dupouy, archéroslogue

J’ai écarté les rideaux de velours, des femmes à demi nues se sont pressées autour de moi. L’homme m’attendait, libre et consentant. Ces femmes, si elles vivaient encore, auraient cent ans. Dans les années 30, leurs charmes se sont figés en sépia sur les photographies qu’Alexandre Dupouy expose ces jours-ci, dans sa librairie-galerie Les Larmes d’Eros. Triste et doux nom pour des larmes de papier.


L’Histoire de l’oeil n’est pas très loin quand Alexandre me raconte ses souvenirs de jeune adolescent… Mais, par décence, je n’évoquerai que sa curiosité précoce. C’est en furetant dans les greniers de grand-mère que l’enfant découvre sa raison de vivre. Quand j’avais 12/13 ans ce qu’on nous servait comme érotisme, c’était le magazine Lui où Brigitte Bardot montrait un demi-sein, c’était très soft, alors qu’il y avait une histoire cachée de l’érotisme. Depuis, Alexandre est devenu, comme il le dit lui-même, un archéologue de la fesse. Jusqu’où n’a-t-il pas fouillé ? Ce qui me passionnait c’était l’archéologie. J’aime trouver un objet et pouvoir retracer son histoire... retrouver des objets qui sont par essence anonymes. C’est le côté secret des artistes qu’il révèle, la part officieuse de leur oeuvre. Et c’est lors d’une de ses fouilles archéologiques qu’Alexandre a trouvé la « lettre volée », preuve évidente du double visage de Musset. Alors chez vous pas de Despentes, de Nobécourt, pas même un Miller, un Calaferte ? (personne n’a dit que Despentes valait Miller) Non, on a plutôt des choses anciennes, épuisées… et des rayons de bibliophilie, de bouquins du XVIII ou XIXe ou des années 30.


On se serait cru dans une ère libérée où les échangistes font coucou par la fenêtre aux gays lurons, où les bouquins pornos font gloser et roucouler les bourgeois dans les dîners mondains… tandis que les jeunes divorcées se refilent le dernier modèle de gode vibrant… mais, selon Alexandre, on se plante complètement : Le moment le plus débauché c’est la Terreur (1772-1794). Chez les Romantiques aussi, maintenant assimilés à l’eau de rose. Et dans les années 30. Mais les années 90 ne sont surtout pas le moment où le sexe est le plus libre. Et ce n’est pas parce qu’on a cette industrie du sexe qu’on est plus libéré de ce côté-là. Je ressens profondément un retour à l’ordre moral. Même s’il y a beaucoup d’émissions de télé sur la sexualité, leur discours c’est « vous avez bien déconné messieurs des années 70 et 80, maintenant il faudrait arrêter, rentrer dans le rang » C’est effrayant. Cette industrie du X dessert l’érotisme en déconsidérant la représentation du sexe : on banalise la sexualité, on démontre que c’est de la merde… donc les gens disent « le cul c’est dégueulasse, c’est pas intéressant, cassons-nous. » et ça laisse place à l’ordre moral. On a vite fait de confondre l’art du désir et de sa représentation avec les objets et les films produits par l’industrie du X, hélas. Résistant à sa manière, Alexandre Dupouy propose des films X pas ordinaires : ceux de K-film, petite maison allemande déjantée en quête esthétique et productrice de Maria Betty, l’expressionniste sado-maso.


Dans le domaine littéraire, notre libraire s’attache à restituer une vision d’ensemble sur les écrivains. Il s’agit de développer les périodes érotiques de gens comme Verlaine. En même temps, ne pas dire que Verlaine n’est qu’un érotomane, Pierre Louÿs un pervers et Sade un pornocrate. C’est encore dans l’univers de l’archéologie. Très peu de gens ont présenté Sade sous son véritable visage. Son visage est plus proche de Diderot que d’Apollinaire. Il est plus philosophe que pornographe ou érotomane. Son message, c’est vire ta mère et vire ton dieu. On le diabolise, mais sa violence est plus philosophique que sexuelle.
Par la force des choses, Alexandre Dupouy s’est mis à écrire des biographies de photographes oubliés. Il les publie aux Editions Astarté, la maison qu’il a créée en même temps que Les Larmes d’Eros. Mais bon nombre de photos anciennes sont anonymes et nous livrent des visages et des regards (et des fesses) à jamais publics, aussi peu dociles à l’appropriation qu’un corps désiré. Il faut alors s’en contenter comme on se contente du regard furtif mais suggestif d’un(e) passant(e).



Le plus tout jeune homme a décidément pas mal de cordes à son arc tendu. Entre autres cordes, des copines sexy qui posent sous son objectif pour des photos passéistes (Je vous parle d’un temps que les moins de…). Les scènes orientales sont largement inspirées de la peinture pompier du XIXe siècle. J’ai beaucoup d’affection pour cette période et pour cet imaginaire du harem fantasmé par les Européens au XIXe. L’éditrice des photos, c’est une allemande : Claudia Gehrke, une lesbienne séduite, pour la première fois, par un homme.


Avis aux amateurs de princesses culbutées et de bordel à l’ancienne, Alexandre prépare un livre sur le sujet avec Marc Le Monnier. Ça s’appellera Le Paris Libertin et ça sortira… chez la Musardine.


Les Larmes d’Eros
TRONG>Editions Astarté
Les-larmes-d-eros@wanadoo.fr
58, rue Amelot – 75011 PARIS
Tél : 01.43.38.33.43 Métro : Chemin vert
Du mardi au samedi de 15 h à 19 h 30

 
Le siteTRONG>

TRONG>http://www.erosconnexion.com




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Emilie Cappella, mai 2001.TRONG>
 
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