De : G.M.G. Baur
Sujet :
Humour - Romance - Trash -
Communautés :
Nouvelle - Roman - Poésie - Récits et Témoignages - Marges -
Chien errant, Kolosse est prêt à tout pour durer. Durer un peu avant de crever. Bâfrer une dernière fois une poignée de ces petits os tendres, ces jointures des phalanges qui le font tant saliver. Ecartelé entre ses besoins et ses désirs, ce briard au poil noir rêve de croquettes éternelles, côtelettes d'agneau et d'une émérite vie de chien de berger. Tel le prophète qui n'est d'aucun pays, Kolosse disperse aux quatre vents ses bonnes pensées. Mais c'est en croisant le chemin de personnages qui n'ont en partage que leurs tracas existentiels qu'il va modifier l'ordre des choses.
Mariée à un mari qui se travestit parce que ses parents ne l'ont jamais vraiment aimé, Eléna va mal lorsque Katia, coiffeuse de son état, lui offre un jour ce gros chien noir qui ne demande que caresses et affection. Un clébard laissé à Elena par Joël, alias Jojo, nomade qui dort dans son fourgon Master, vit de brocante et menus larcins, n'attendant de chaque jour qui se lève qu'un peu d' argent et de "baise". Il rencontre en Maud, LA femme absolue qui va l'emporter dans une spirale de violence nécrophage sans retour, que la présence d'un briard récupéré sur un arrêt d'autoroute ne rachètera pas. Pierre est aveugle de naissance et a abandonné sa foi en la lumière depuis belle lurette, mais l'arrivée inattendue d'un chien de compagnie, capable de remplacer ses yeux défaillants, lui redonne goût un existence jusqu'ici ombrée de solitude. Retraité s'alimentant des souvenirs nostalgiques de la beauté de sa femme devenue encombrante mégère, Antoine salue comme le Messie l'arrivée du chien au pelage obscur ou surnage sur un collier de cuir un prénom commençant par un K...
Ce roman de G.M.G Baur relève d'une logique Weight Watchers® appliquée à la littérature générale. Il y a l'avant, il y a l'après. De quoi nourrir un nouveau dilemme shakespearien : avec ou sans chien ? tout en illustrant un précepte récurrent : "On ne peut vivre sans jouir". Dans un style qui maintient avec force humour, panache, polar, mécanique sexuelle, portrait social, réflexion philosophique, l'auteur propose une coupe en tranche de la société et des individus qui la peuplent. Méthodique découpage cytologique des tissus, physiologiques comme psychiques. Fil dérisoire entre tous, fil conducteur entre l'ensemble des protagonistes : un chien qui passe de l'un à l'autre, commentant avec un lucidité forcément cynique (le terme ne s'origine-t-il pas dans le " kuôn ", le " kunos " " grec qui signifie précisément le chien ?), Kolosse le philosophe constate et conteste. Retour à la case Croquettes. Quand il ne soliloque plus, il bouffe la main jadis caressante des cadavres qui s'accumulent, "histoire de".
Passant d'un personnage à l'autre à travers de courtes séquences qui sont autant de focales excentrées, G.M.G Baur, à l'égal de son porte-parole canidé, dissèque comme personne le menu quotidien des journées ordinaires. Les rêves de bonheur des petites gens, leur prétention à la fidélité (laquelle au juste ?) et l'impuissance palpable, verbale comme comportementale, à se hisser au-dessus de soi-même. Leur propension atavique tant au meurtre impromptu qu'à la paranoïa galopante. " Profusion de petits os tendres " est un roman drôle et dur, paisible et ultra-violent. C'est surtout une langue affable, proche de nous jusqu'à la familiarité, mais capable aussi bien d