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JACQUES CAUDA AU CENTRE DU MILIEU D'AU TOUR.

L'auteur Jacques Cauda, à l'origine du mouvement surfiguratif, est à la fois peintre , photographe et documentariste pour la télévision. Il signe  avec "Au centre du milieu d'au Tour" son premier roman. Avec une touche d'humour ses pensées et ses reflexions  s'articulent autour de l'univers  du cyclisme et du tour de france. ce récit  surprenant dans sa structure narrative, enthousiasmera les lecteurs.

Quel est votre parcours ? TRONG>
J’ai fait des études de philosophie et de cinéma. Et sans avoir à choisir entre les deux : les images pensent aussi bien que les mots. J’ai longtemps été réalisateur de documentaires pour la télévision. Et puis, un beau jour, comme on dit, je me suis trouvé ennuyeux, ennuyant et ennuyé ! Je ne trouvais plus aucun plaisir à ce que je faisais. D’autant qu’à cette lassitude se sont ajoutés des ennuis de santé qui m’ont contraint, et me contraignent encore aujourd’hui, à ne me déplacer qu’avec des béquilles. De nomade je devins sédentaire, autrement dit d’animé (des images animées) je suis passé aux images fixes. Photographe ? Peintre ? Et pourquoi pas les deux à la fois ? Pourquoi ne pas mêler peinture et photographie sur le même support ? Au début, je n’ai peint que des nus. Des filles que je photographiais ou que d’autres photographiaient. Avec le souci de me répéter et de faire de la répétition la clef de voûte de mon travail, « la répétition, voilà la réalité et le sérieux de la vie », a dit Kierkegaard. La répétition et l’érotisme. Genre dans lequel je fus immédiatement classé. C’est-à-dire enfermé… Aujourd’hui je peins des paysages (des paysages urbains et naturels) sur des paysages que j’ai photographiés. Et des moments de cinéma, des photogrammes de tous les films que j’ai vus et revus et que je revois par la peinture. Deux choses se sont rapidement dégagées de ma pratique : 1) je n’utilise jamais de pinceau mais des crayons pastels, des pastels à l’huile mis au point au début des années 50 (1949 précisément) par Sennelier pour Picasso. 2) Et je n’aborde jamais ma toile ou mon papier face à face mais toujours en surplomb comme quelqu’un qui écrit. En fait, j’écris de la peinture et je dessine de l’écriture. Sans avoir à choisir entre les deux.



Vous êtes à l'origine du mouvement surfiguratif. En quoi votre premier roman s'inscrit-il dans la ligne directrice de ce courant ?

 Qu’est-ce que le mouvement surfiguratif ? C’est poser la question suivante : comment regarder le monde aujourd’hui où tout y est déjà-vu ? Vu et revu à un point tel qu’on est obligé de mettre un signe égal entre la réalité et le visible. Rien n’existe en dehors de son image. Et cette image du monde ( un monde dont le moindre point a été photographié) est devenue une image sans regard, une image aveugle. Pourquoi ? Parce que la photographie ne regarde pas celui qui la prend alors que la peinture saisit celui qui l’exécute. La photographie relève du mythe de Diane, la peinture de celui d’Actéon. Pourtant, la peinture et la photographie ont toujours fait bon ménage. Et ce, depuis toujours. Dès la Renaissance, et même avant, pour le dire vite. On sait aujourd’hui que la plupart des peintres faisaient poser leurs modèles devant des lentilles qui projetaient leurs images sur la toile. Pour preuve : quand la photographie a  réellement été inventée, la peinture, curieusement, est redevenue maladroite, et puis, assez rapidement, abstraite (de toute figuration). Quelles conséquences en tirer ? Que la peinture et la photographie obéissent à ce que Derrida nomme la logique du supplément. Autrement dit, on ne peut comprendre aujourd’hui la peinture qu’avec l’apport de ce qui à la fois la contient et la met en question. Et quelle (remise en) question la photographie pose-t-elle à la peinture ? La question du regard. C’est là l’enjeu du mouvement surfiguratif : redonner un regard à l’image du monde qui l’a perdu. Et en littérature, redonner un regard c’est mettre du temps entre les choses et entre les êtres, du temps  à situer dans un espace qui est là où on ne le voit plus :   Au centre du milieu d’auTour.  C’est le premier roman surfiguratif.



Dans quelle mesure le cyclisme peut-il être entendu tel un pré-texte à cette    production littéraire circulaire?

Mieux qu’un prétexte, le cyclisme est l’objet adéquat à mon pari littéraire sur le temps, car, comme je l’écris dans mon roman, non seulement le mouvement des jambes sur les pédales est comparable à celui qu’exerce notre mémoire, mais c’est aussi ajouter du sien à la réalité du paysage, et du sien c’est de l’histoire dans tous les sens du terme. De plus, le cycliste obéit à un impératif chronométrique comme le romancier, plus généralement, à celui du temps, qui est à retrouver, couche après couche, afin d’en faire au final une sorte de mille-feuille. J’évoque ici le mille-feuille parce que j’ai éprouvé une véritable volupté gourmande à remonter le temps sur mon vélo-stylo (je n’écris pas au clavier je dessine de l’écriture), à retrouver précisément l’odeur, l’encre, les pleins et les déliés, de mes cahiers d’écolier où je consignais enfant de petites annotations sur le Tour de France. C’est d’ailleurs sur cette image que commence mon roman et sur celle d’une trousse d’écolier qu’il se termine. Entre les deux…



Vous aviez publié un recueil poétique, Vers un effort visible, pourquoi vous tournez-vous à présent vers le roman et quelles sont les particularités génériques qui vous ont conduit à faire ce choix ?

Je ne fais pas de différence entre l’écriture poétique et l’écriture romanesque. Le poème est une course en ligne et le roman une course à étapes. Le vélo-stylo reste le même, il n’y a que la vitesse et le rythme qui différent.



Pourquoi avoir choisi Le Manuscrit.com pour publier votre ouvrage ?

Votre maison d’éditions est la seule aujourd’hui en France à être réellement ouverte au sens plein du terme. A faire entendre et lire les différences. En regard d’une politique éditoriale partout ailleurs uniformisée. Car on ne peut même plus parler de ligne éditoriale, mais de pareil au même, de ligne générale, pour reprendre le titre d’un film d’Eisenstein. Et la ligne générale ne s’accorde pas avec quelqu’un qui se situe au centre du milieu d’auTour. C’est pourquoi j’ai choisi Le Manuscrit.



      Avez-vous d’autres projets d’écriture ?
TRONG>

Oui. Mille et un projets.



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Propos recueillis par manuscrit.com pour les Editions le manuscrit"

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