Un homme nous raconte sa passion pour le golf dans une Espagne qu'il connaît depuis presque un demi-siècle, nous invite à le découvrir dans quatre nouvelles. De la porte d'un petit bar à l'ancienne que l'on pousse, aux fairways du golf de la Sierra qui se confond avec une arène andalouse, on vit l'histoire d'un golfeur aux prises avec ses démons et sa crainte du temps qui passe. C'est une manière différente de parler de ce jeu très technique où le mental et les émotions sont les pires ennemis du golfeur, un joueur qui n'a d'autre adversaire que lui-même.
Découvrez l'interview de notre auteur, lui aussi passionné de golf.
Quel est votre parcours ?TRONG> En aucun cas comparable à celui d’un long fleuve tranquille. En l’absence de racines familiales, j’ai vécu comme un nomade, parcourant le passé de mon père polonais à la recherche de traces qui me conduiraient jusqu’à d’illustres parents mongols. J’avais besoin de héros dans ma famille ! Avec le temps et le regard qui convient lorsque l’on se penche sur les photos jaunies d’un album, je considère que mon parcours initiatique m’a conduit à feuilleter, très tôt, le grand livre des questions demeurées sans réponse. Je me présenterai donc plutôt côté coeur que côté raison, même si, comme tout le monde, j’ai usé mes fonds de culottes et mon impatience sur les bancs de ces lieux destinés à l’ouverture des esprits et à l’obtention de diplômes. Une anecdote : L’un de mes instituteurs favoris de l’époque m’apprendra deux mots à propos de mes rédactions avec un trait rouge vertical dans la marge : trop long ! Mon voisin, lui, avait toujours la remarque ‘à développer’. Plus tard, il serait devenu un grand photographe tandis je ne suis pas pour autant devenu écrivain ! Avec un père qui vivait sa vie en noir au fond d’une mine de charbon et une mère qui vivait la sienne en broyant du noir, quelque part en Aquitaine, j’ai voulu fuir, avec mes dix sept ans en poche, de l’autre coté de la mer bleue. Les couleurs existaient. J’appris même à sourire alors la vie me le rendit. Elle était grande, elle était belle. Elle me tendit la main et m’aida à m’évader de mon voyage au bout de la nuit. Adieu Céline, bonjour Elise. La mère de mes enfants sera et ma femme le restera. &nb
Dans « Réflexions dans le miroir du golf », vous mettez en mots votre passion pour ce sport, à la fois très technique et mental, qu’est le golf. Pouvez-vous nous expliquer comment cet engouement est né ?TRONG> J’ai toujours aimé manier les mots jusqu’à les pousser à la limite de leur sens ; une sorte de langage propre aux émotions et aux élans du coeur où la raison ne peut y trouver place. La participation à différents forums de golf fut la première étape. Tout d’abord prudente puis assidue et débordante, cette présence, malgré de fréquents éloges ne trouva bientôt plus sa raison d’être. Je préférai perdre l’audience assurée des forums pour la solitude d’un blog, plutôt que de renoncer à être moi-même. Pendant ce temps, je jouais au golf. En pratiquant le golf, tous les jours ou presque, j’ai éprouvé l’irrésistible besoin de lui trouver un autre sens que le jeu auquel il nous conviait. J’ai agi avec le golf comme avec les mots et un univers de sensations, d’émotions, de plénitude, où se glissaient tant de questions existentielles, m’est apparu. Il y a des découvertes que l’on ne peut garder pour soi-même. Le pèlerin d’une autre vision du golf était né. Il me fallait témoigner par l’écriture.
Vous définissez la recherche de l’absolu chez le golfeur comme « la quête du Graal golfique ». Sur un plan philosophique, cette quête est-elle une volonté d’unité, de perfectionchez l’être humain lui-même ? TRONG> Le golf est un jeu séduisant qui met très rapidement le joueur face à l’homme qu’il est. Bien mieux qu’un divan, le parcours de golf le révèle à lui-même. Il ne peut y échapper et c’est un des paradoxes du golfeur : en refusant de se voir tel qu’il est, il ne peut s’affranchir de sa dimension d’être humain. C’est en poussant un peu plus loin le jeu du miroir que l’existence du héros intérieur apparait.
En donnant un autre sens aux mots, pour s’évader de la réalité qu’ils sont sensés exprimer, en donnant au golf un autre sens que celui de jeu, le golfeur et l’homme ne font plus qu’un : c’est le héros intérieur en quête de perfection dans le puzzle du Tableau de la Vie reconstitué par ses interprétations.
Il existe un rapport au corps évident dans votre ouvrage : autant dans la culture physique apportée par le golf, que par l’élégance et la sensualité du flamenco ou encore dans l’attention portée aux postures des personnages. Comment définiriez-vous votre approche littéraire à l’être dans sa matière même ?TRONG> Il m’a été permis, par l’entremise de deux de mes enfants, de découvrir un monde où la quête du parfait est une quête de tous les instants. Pour le profane, la danse classique est une succession de tableaux où les corps se meuvent avec grâce. Une grâce qui cache une volonté de fer, une recherche constante du parfait. J’ai commencé à percevoir le swing de golf dans ses vraies dimensions artistiques, le jour où j’ai fait le rapprochement entre ces deux disciplines. Les danses, parmi lesquelles figure le flamenco, font la part belle aux expressions de caractère. D’origine slave, je retrouve dans le flamenco les excès qui transportent les sentiments jusqu’à l’émotion suprême que traduisent les larmes. Je suis bien trop ‘jeune’ dans l’écriture pour définir mon approche littéraire, tout au plus puis-je en esquisser les contours. Je suis au stade où j’écris comme je le sens. Mon style prendra forme par les réitérations d’émotions et d’images, par la récurrence de visions et d’explications du monde qui m’entoure et par les rôles, imaginaires ou pas, que j’attribuerai à mes personnages. Je perçois des points d’ancrage ‘naturels’ autour desquels mes récits seront construits mais il m’est difficile d’en dire plus.
Pourquoi avoir choisi les éditions Le Manuscrit.com pour votre ouvrage ?TRONG> En parcourant la toile, à la recherche d’un éditeur, la présentation et le contenu de votre site m’ont chaque fois ramené vers lui. Une histoire de confiance virtuelle m’est très vite apparue. Je dois dire que je n’avais pas encore écrit la moitié de mon premier ouvrage.
Quels sont vos autres projets d’écriture ?TRONG> Un second ouvrage est en cours où le golf sera encore très présent. Des éléments nouveaux apparaitront comme le rêve et la réalité, la valeur du temps, le hasard et le Destin. Le golf, sorte de barque fragile emmenant un auteur tout aussi fragile vers l’île aux Idées, cèdera la place à d’autres fils d’Ariane. Je vais reprendre un conte de la Saint Valentin, que j’avais initialement écrit pour mon blog. Le thème sera justement l’Habitude, cette poussière du temps qui se dépose sur l’amour que se vouent les êtres humains. Le récit sera toujours entremêlé de réflexions qui me sont chères mais des personnages y apparaitront.Cela devrait être mon troisième ouvrage. Le projet suivant sera un roman basé sur une histoire vraie. Tout au long du récit, le lecteur pourra imaginer la vie des principaux personnages et constater leurs oppositions fondamentales. La toile de fond du roman sera toute en nuances, grâce à la présence d’un autre personnage sans lequel, le roman n’aurait pu trouver un équilibre entre les excès des deux protagonistes. La conception du roman s’appuiera sur une lecture parallèle destinée à mettre en lumière la divergence d’état d’esprit des personnages principaux.
"Propos recueillis par manuscrit.com pour les Editions Le Manuscrit" Janvier 2008