Pierre Laur consacre son temps à la reconnaissance des formes - images et paroles qu'il traduit en langages informatiques pour ses recherches en intelligence artificielle, mais aussi en histoires, encouragé chaleureusement par Jean d'Ormesson. Dans ce deuxième roman, il suit le parcourt d'une homme dépouillé d'une vie trop facile par un sans domicile fixe… Extrait Commander ce livreTRONG>
Quel est votre parcours ?TRONG> Après avoir suivi des études scientifiques, j'ai effectué toute ma carrière professionnelle dans l'informatique (reconnaissance des formes : images et paroles). Aujourd'hui, j'exerce toujours dans ce domaine. J'ai commencé à écrire des nouvelles en 1986. J'ai envoyé quelques textes à des grands éditeurs, mais sans succès. J'ai repris en 1996. Le déclic s'est passé durant les années 2000. J'ai envoyé mon premier manuscrit à Jean D'Ormesson. Celui-ci m'a fort aimablement téléphoné pour me demander ce que j'attendais de lui. Je lui ai répondu que j'attendais une sanction, à savoir si je devais tout mettre à la poubelle ou persévérer. Jean d'Ormesson m'a dit que, compte tenu des nombreux manuscrits qu'il recevait, il n'avait que peu de temps pour les lire. Néanmoins, il m'a dit que c'était "épatant" et m'a conseillé de trouver une petite maison d'édition.
Un soir votre personnage offre son hospitalité à un SDF. Comment ce geste de compassion va-t-il se retourner contre lui ? TRONG>Le personnage, lassé et saturé de voir des spectacles de pauvreté, offre son hospitalité à un sans domicile fixe. Ce n'est pas à proprement parler un geste de compassion. C'est plutôt une manière d'essayer de faire enfin un acte utile. De ce jour, il va prendre conscience, malgré sa réussite professionnelle, de la banalité et de la médiocrité de son existence. Ce geste va lui permettre de comprendre.
Pourquoi votre personnage accepte-t-il si facilement de céder sa place ? Le confort est-il si dur à vivre ? TRONG>Réalisant que sa vie n'est qu'un échafaudage de subterfuges, il souhaite trouver autre chose, à savoir de vrais rapports humains. Il comprend que le confort qui l'entoure n'est que du "bruit". Le confort est versatile, il ne cesse de se modifier en fonction des modes. S'il donne l'impression de vivre bien, il modélise l'individu et inhibe ses impulsions, il l'emmure. Le confort fait "taire" les contestations et annihile les cris.
Qu'est-ce que la "cité des exclus", un goulag moderne ?TRONG> C'est une vision du monde de demain. Seuls, quelques privilégiés pourront vivre dans des villégiatures, protégées et aseptisées. Les laissés-pour-compte seront parqués dans des cités fermées.
Dans sa déchéance, votre personnage se lie d'amitié avec un vers de terre qui devient son confident. Qui est Léon ? Où sont ses oreilles ? Quel mystère lui révèle-t-il ? TRONG>Léon et ses confrères sont les témoins et les garants de la vie des humains. Sans leurs présences, la terre n'est que poussière. Ce sont eux, les véritables esprits, créateurs de la vie sur la terre. Léon n'a nul besoin d'appareil auditif pour entendre. Léon est l'accompagnateur et l'ange gardien de Julien durant son existence. Le rôle de Léon est d'assister Julien pour le voyage vers le néant, voyage qui commence dès la naissance. Julien apprend qu'il en est de même pour chaque être humain.
Quels sont vos projets ?TRONG> Actuellement, j'ai deux ouvrages en préparation (La prison et La haine ). La prison raconte l'histoire de trois hommes dans une même cellule dont le sol est du sable mouvant. Ils s'enlisent. La haine raconte l'histoire de deux hommes. Le premier cherche à se tuer. Le second recherche un lien d'amitié pour rompre sa solitude. Le premier accepte d'être l'ami recherché et fait en sorte que le second devienne son assassin.
Propos recueillis par Audrey Cluzel, septembre 2005TRONG>