Itinéraires du zouave Augustin-Louis Frélaut (1862-1867)
La collection "Lettres Ouvertes" invite ses lecteurs à la source d'une mémoire intime dont les écrits : lettres, carnets de voyages, journaux et témoignages, fondent les archives de notre histoire collective.
Premier titre de cette collection, à paraître en janvier prochain, les lettres d'Augustin-Louis Frélaut retracent l'itinéraire de ce zouave français pendant la campagne du Mexique. Avec humour, nostalgie, révolte, elles nous livrent son analyse de la situation et pointent la part d'absurde du rêve d'empire français sur ces terres lointaines.
Manuel Charpy et Claire Fredj ont présenté et annoté cette correspondance édifiante, en l'éclairant de leur regard d'historien, nous leur donnons la parole…
Pourriez-vous vous présenter ?TRONG> Nous sommes tous les deux doctorants et enseignants en histoire à l'Université François Rabelais de Tours.
Comment avez-vous découvert les lettres d'Augustin-Louis Frélaut ?TRONG> C'est une famille qui conservait précieusement ces archives qui nous a proposé de les consulter.
Pourquoi avez-vous décidé de les étudier et par là de les faire découvrir à un plus large public ?TRONG> Elles offrent avant tout un regard intéressant sur un épisode peu connu, voire complètement oublié, de l'histoire contemporaine de France.
Qu'est-ce qui a particulièrement retenu votre attention dans cette correspondance ?TRONG> D'abord leur qualité littéraire. Ensuite la liberté de ton et de parole de leur auteur. Enfin, sa compréhension des enjeux d'un événement dans lequel Frélaut était lui-même plongé.
La lecture de ces lettres apporte-t-elle seulement un éclairage historique ?TRONG> Oui… mais l'histoire est une discipline suffisamment ouverte et critique pour accueillir une multiplicité de regards. La lecture de ces lettres apporte des éclairages historiques : histoire sociale, histoire culturelle de l'écrit, histoire politique et diplomatique, anthropologie historique… C'est cette multiplicité d'éclairages que nous avons voulu restituer dans la troisième partie du livre.
Comment envisagez-vous le rapport histoire-littérature ?TRONG> Il ne faut pas nécessairement associer histoire et littérature lorsqu'on s'intéresse à de lettres. Ou plus exactement, comme l'immense majorité des archives, les lettres relèvent de la littérature ; il existe une littérature administrative, une littérature préfectorale ou municipale et bien sûr une littérature de l'intime, particulière au XIXe siècle. Le matériau de l'historien reste l'écrit. Enfin, et c'est une banalité, il s'agit toujours pour l'historien, quel que soit le sujet, de produire un récit.
Dans quelle mesure la publication de correspondances permet-elle, à votre avis, d'aborder non seulement l'histoire d'une autre façon mais aussi de pénétrer l'âme humaine ?TRONG> Ces lettres posent la question des rapports entre une histoire diplomatique et militaire et l'intime. Quant à l'âme humaine… Elles posent avant tout, pour celui qui s'intéresse aux pratiques de l'écriture, aux liens entre individualité et conventions sociales.
Avez-vous l'intention de chercher encore de nouvelles correspondances ?TRONG> Oui… la difficulté n'est pas d'en trouver mais de les rendre accessibles ; toutes n'ont pas la qualité et la facilité d'accès de celle de Frélaut. Plusieurs projets sont déjà engagés.
Si vous deviez trouver la correspondance "de vos rêves", quelle époque, quel type de personnage et de relation épistolaire choisiriez-vous ?TRONG> Je crois, si vous nous le permettez, que c'est exactement la démarche inverse qui nous guide ; des archives - ou des documents - , sont toujours bien moins banales et plus compliquées que ce que nous pouvons imaginer…
Collection "Lettres ouvertes", Éditions Nicolas Philippe "Apprends les jours anciens, ils sont devant toi"