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ICI C'EST LE MATIN QUAND LÀ-BAS C'EST LE SOIR
Entretien avec Monique Corbel-Mendelovici
 
Monique Corbel-Mendelovici raconte la guerre "1914-1915, Marie, Reouven, la passion et la pitié... Un style ambitieux, vrai continuum poétique qui rappelle Dante et les récits bibliques." Un coup de coeur de la FNAC de Lyon pour une interprétation poétique de l'engagement spirituel.

>>> Monique Corbel-Mendelovici sur manuscrit.com  TRONG>


Pouvez-vous vous présenter ?TRONG>
Ma route vers l'écriture a été balisée par l'amour pour les livres transmis par mon milieu familial (juif) depuis ma plus lointaine enfance, la peinture à la gouache (j'ai peint de nombreuses scènes bibliques...), et depuis toujours la musique classique (j'ai exercé la profession de disquaire).


L'engagement du voyageur sans mémoire, celui de Barouch qui part au combat ou de Marie qui s'achemine vers Lourdes ne semble pas totalement délibéré. Leur foi est-elle vécue comme une fatalité salvatrice ? La foi et le devoir sont-ils antinomiques ?TRONG> 
Marie et Réouven répondent à un devoir, celui-ci les séparent et les éloignent. Marie vers Lourdes, lieu de pèlerinage et d'espoir de soulagement des souffrances. Réouven vers un autre lieu, tout aussi terriblement traditionnel depuis le commencement de l'humanité, le champ de bataille. Marie accomplit le voyage dicté par sa foi chrétienne et le devoir d'assistance aux plus handicapés de la vie. Réouven qui est requis pour la Guerre (Barouch (1) est un accompagnateur mystérieux, sorte de personnage immortel, scribe intemporel du prophète du malheur, Jérémie, présent dans l'Histoire pour enregistrer les (chaotiques) errements des humains) est continûment plongé dans l'effroyable affrontement humain, du progrom aux guerres, qui scandaient, semble-t-il, le destin ordinaire d'un Juif.
Marie perd-elle la foi en inversant le cours de son voyage originaire en tournant le dos au rituel pèlerinage pour affronter l'enfer meurtrier du front ? Ou se fait-elle un devoir de se libérer du poids formel de religiosité, de croyance pour retrouver l'authenticité du message évangélique en réincarnant innocemment les "14 stations" (son voyage à la recherche de Réouven) du Christ ? Chez Marie l'amour du prochain se confond (symboliquement ?) avec l'homme qu'elle aime.Dans cette tourmente des combats, Réouven l'émigré, naturalisé de fraîche date, perçoit-il (grâce à sa propre expérience de persécuté et celle bi-millénaire de Barouch, sa mémoire juive, qui lui colle à la peau et sans doute rend compte de l'originalité de sa situation) l'absurdité de la contrainte meurtrière imposée aux hommes des deux camps en guerre. Dans ces conditions l'abandon du champ de bataille est-il une trahison du pays d'accueil ou la conscience assumée de ne plus être complice de ces sanglants règlements de compte, sans issue ? La foi assumée ou la culture biblique n'infléchissent-elles pas leurs actes (non sans louvoiements) pour leur donner un contenu plus conforme au message biblique, plus simplement humain ?



Marie fredonne des chansons, Reouven, quant à lui, répète inlassablement des psaumes, des prières et des énigmes. A travers leur errance, la mémoire est-elle un moyen pour ces personnages de se maintenir "quelque part"?TRONG>
En tout cas un type de mémoire est ou peut être un terrible miroir. Par exemple pour Réouven-Barouch, le Juif errant, (que l'on voit se mettre en marche dans le prologue) qu'ils croisent, est la figure inquiétante de la damnation des êtres dont la démesure des sentences qui s'abat sur eux (comme pour Job) leur échappe. La désertion de Réouven n'est-elle pas lourde d'une menace, la condamnation du cordonnier Ashavérus est là pour le rappeler.
Les chansons, les prières, le rappel du dérisoire quotidien de Marie d'avant son départ sans doute l'apaisent-ils mais ils soulignent inconsciemment dans mon texte le contraste et la transformation entre deux vies, celle banalement ordinaire d'avant son voyage et l'autre, éprouvante dans sa quête désespérée vers le front ou les hommes s'entretuent.



Pensez-vous renouer avec une conception baroque où l'impossibilité de vivre dans l'immobilité se conjugue à une peur de dissolution de l'individu ?TRONG>
C'est davantage la synthèse des cultures qui peut lutter contre la dissolution des individus que leur repli identitaire ou communautaire sur une culture d'origine fermée aux transformations de notre monde. J'essaie de trouver un rythme par le choix du vocabulaire, des mots et leur résonance, de la construction de mes phrases, à la recherche d'une "musicalité" harmonisant le monde culturellement oecuménique de mes fictions.


Le filigrane de votre roman est empreint de connotations bibliques. Pensez que la conviction judéo-chrétienne, qui dicte leur engagement, possède une pérennité dans notre société actuelle ?TRONG>
La société occidentale doit beaucoup (pas seulement) à des textes fondateurs au premier rang desquels, à mon avis, on peut classer la Bible (c'est à dire ce qu'on appelle improprement l'Ancien et le Nouveau Testament) qui a modelé nos civilisations. Si, pour moi, dans nos sociétés modernes, la croyance reste une affaire strictement privée, la culture au sens large du terme, qui émane des aires où se sont développées mythologie et religion gréco-judéo-chrétienne, demeure toujours très prégnante. C'est le fond de l'air dans lequel respire mes personnages.
Je ne suis pas compétente pour porter un jugement sur l'avenir des religions (quelles qu'elles soient).



Quels sont les influences qui ont nourrit ce roman ?TRONG>
Donc tous les livres de La Bible, des ouvrages sur les civilisations mésopotamiennes, L'Illiade et L'Odyssée, La Divine Comédie, la littérature du 19 siècle... Des lectures plus passionnées qu'érudites. Et les opéras...


Qu'avez vous trouvé dans ce voyage de l'écriture ?TRONG>
Un apaisement de mon monde intérieur où s'agitaient les fantômes de mes abondantes lectures depuis l'enfance. La fascination de créer des personnages, de croire à leur existence, de s'immiscer dans leurs itinéraires qui ne sont jamais tout à fait ceux imaginés à l'origine, comme s'il avaient une vie propre, autonome de l'auteur....


En octobre, votre livre a été présenté en coup de coeur à la FNAC Belcour de Lyon, comment votre manuscrit a-t-il été sélectionné ? Comment s'est faite la rencontre avec le public ?TRONG>
Je fréquente cette grande librairie depuis son ouverture et j'ai soumis mon livre au responsable du rayon littérature. La suite? C'est le "coup de coeur" et la proposition d'une signature. Une quarantaine de personnes se sont succédé entre 17 heures et 19heures 30, ce vendredi 11 octobre, et nous avons échangé autour de Ici c'est le matin quand là-bas c'est le soir et j'ai dédicacé 24 livres.


Quels sont vos projets ?TRONG>
Ecrire !


TRONG> 
NoteTRONG>
(1) Ce personnage était l'un des héros d'un précédent manuscrit Dans une terre obscure et ravinée.

>>> Monique Corbel-Mendelovici sur manuscrit.com
>>> Un extrait de Ici c'est le matin quand là-bas c'est le soir





Propos recueillis par Sandra Delacourt, octobre 2002.TRONG>
Copyright manuscrit.com 2002.TRONG>

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