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FESSEUR POUR DAMES > ROMAN
Une interview d'Alex Basil
 
Ce manuscrit est l'histoire de Victor Kalin, un trentenaire d'aujourd'hui, aussi désabusé que candide et qui, las de naviguer à vue au gré de ses petits métiers, se résout à embrasser une carrière pour le moins surprenante et à contre-emploi, celle de fesseur pour dames.
Le marché des petites annonces, de l'échangisme, des médias et des nouveaux conformismes sont tour à tour brocardés avec humour dans ce premier roman sans prétention ni morale. D'aucuns y verront en filigrane une satyre de la démocratisation du libertinage et des nouveaux modes de rencontres sexuelles, aussi riches en promesses qu'insanes en réalisation. Aussi le désarroi d'une jeunesse née après 68, abreuvée de sexe jusqu'à la mélancolie.
Un extrait
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Comment vous présenteriez-vous ?TRONG>
Comme "un jeune homme de trente ans qui a fait le constat de son impotence professionnelle et affective" ! Ceci dit, si Victor Kalin, le personnage principal du roman, a quelque parenté avec son auteur, les expériences qu'il narre ne sont pas toutes autobiographiques. Je n'ai par exemple pas vendu de choucas !
 
 
Et que se passe-t-il dans la tête d'un "jeune homme de trente ans lorsque celui-ci fait le constat de son impotence professionnelle et affective ?"TRONG>
Il se met à écrire, probablement. C'est le cas de Victor Kalin qui en fait, est plein de littérature. Il se connaît assez mal et choisit des directions qui, tout en allant à l'opposé de son tempérament, comblent malgré tout une curiosité toute littéraire. Les métiers qu'il a occupés, comme celui, métaphorique, de vendeur de paraboles, et enfin celui de fesseur pour dames, vont à rebours de ce qu'il est réellement. Mais Victor se rebelle contre lui-même et si la nature l'incline vers telle direction, il prend systématiquement l'opposée !



"Orgasme, angoisse, orgasme, angoisse..."TRONG>
Au cours de son apprentissage Victor Kalin, tombe sur un ouvrage édifiant dont il tirera quelques enseignements : "Les fantasmes sexuels chez la femme post-moderne ou L'en deçà du çà". Eclairez-nous ce concept nouveau…TRONG>
J'en serais bien incapable ! Si comprendre une phrase de Freud vous donne l'impression d'être intelligent, la lecture de Lacan vous laisse le sentiment d'être un crétin fini. C'est un peu le sens de ce livre acheté par Victor, dont le titre est évidemment totalement inventé ! Au contraire du jargon des élites, qui vieillit très mal d'ailleurs, Victor Kalin y va de son mot-valise : l'orgoisse, contraction d'orgasme et d'angoisse, lequel résume assez bien la place qu'occupe le sexe dans les démocraties occidentales d'aujourd'hui. Quand la jouissance est obsédante et se perçoit comme une fin, la résultante ne peut être que l'angoisse et la répétition d'angoisse. C'est une quête sinistre.



"Candide chez les bourgeoises, Simplet chez les salopes".
Quelles autres qualités "pro-fessionnelles" lui sont-elles nécessaires ? TRONG>
Là réside toute la contradiction du personnage qui, s'il joue avec les fantasmes de ses contemporain(e)s, n'en maîtrise pas complètement les ressorts. Il compense par son imagination délirante le cynisme qu'il lui manque pour rentrer dans "la famille". Il risque de se brûler les ailes et, comme Icare, se retrouver les plumes dans l'eau. C'est d'ailleurs ce qui lui arrive.



"Et si les mains de Balzac noircirent les pages de la Comédie humaine, celles de Victor Kalin rougiront les fesses de sa misère !".
Quels travers de cette comédie du sexe entreprenez-vous de "corriger" ?TRONG>
Je crois qu'il serait hypocrite de se faire le procureur d'une société dont nous faisons tous partie et dont l'esprit déteint beaucoup plus profondément sur nos âmes que l'on ne croit. Victor Kalin fait des choix en contradiction avec lui-même, mais il les fait. A défaut d'avoir un regard réellement extérieur, on peut faire comme si. Avec un peu de lucidité. Mais on sait tous que la lucidité des uns est l'aveuglement des autres. Si travers il y a, c'est probablement ceux d'une société qui donne un sens démesuré au sexe. Je crois que les pourfendeurs du retour à l'ordre moral se trompent tout autant que les hédonistes libertaires pour qui tout est jouissance.


Victor Kalin se retrouve bien plus souvent victime que bourreau de ses clients. Misère sentimentale, désarroi sexuel, les "travailleurs du sexe" sont-ils des travailleurs sociaux ?TRONG>
A coup sûr, bien que Victor n'en soit pas vraiment un. Il évite soigneusement de coucher avec ses victimes même si les incartades tendent à se multiplier à mesure que sa carrière s'envole. Avec son côté lunaire, il lui manque un peu d'épaisseur pour être un travailleur social et c'est cela qui fait son succès dans les couches plus aisées de la société. Pour en finir avec l'aspect sociologique, il y a un côté très laborieux dans l'échangisme, et la pornographie est sans doute, comme quelqu'un l'a déjà dit, un "art" prolétaire.



Quelles affinités Victor se trouve-t-il avec Eminem (qu'il choisit en indicatif de son portable) ?TRONG>
On se le demande ! Il écoute probablement Chopin en pleurant dans sa guitoune mais, fidèle à l'infidélité, il va encore une fois vers ce qui lui est le plus étranger, le rap en l'occurrence. Victor se méfie comme de la peste de ses propres nostalgies et des faux vagues à l'âme qu'Eminem pulvérise dans ses textes. La vie et l'enfance du rappeur lui interdisent, de toutes façons, toute nostalgie, c'est cela que Victor vient chercher. Eminem incarne très bien ce que Victor résume par son "Pas de nostalgie chez les crevards".



Traîné de force à une soirée Gloubiboulga, Victor Kalin est traversé par un éclair de génie : "Ce n'était pas tant l'émotion de la nostalgie que l'on s'inventait, que la nostalgie de l'émotion". Qu'avez-vous contre Casimir ?TRONG>
Je trouve ces joyeuses soirées commémoratives d'une tristesse infinie. Si le souvenir ému des programmes et des dessins animés des années soixante-dix et quatre-vingt n'a en soi rien de mauvais, le culte qu'on lui voue est beaucoup plus suspect. Il y a aujourd'hui un marché de la nostalgie qui n'a pas de précédent. Je trouve ce phénomène très inquiétant parce qu'il témoigne de deux choses : l'échec à penser son futur dans le désenchantement délétère régnant, et l'échec à penser son passé d'une manière juste et sereine. Lorsque toute une jeunesse trentenaire qui n'a encore que peu vécu a déjà les yeux tournés vers son passé et se noie d'émotion devant Scoubidou, elle ne fait pas autre chose que rappeler l'émotion là où elle l'a laissé, dans ce lieu symbolique qu'est l'enfance. Elle se "récupère" en se souvenant : "C'était comment quand on avait des sentiments, de vrais sentiments ?". C'est en ce sens qu'on peut parler de nostalgie de l'émotion. La nostalgie était autrefois une attendrissante manie de vieillard, elle est aujourd'hui une valeur refuge, un réflexe craintif qui s'empare de tous.



Parlez-nous du syndrome "Charles Ingalls"…TRONG>
C'était à l'origine une boutade avec un ami. Celui-ci me confiait qu'après un divorce tumultueux et malgré la joie de sa liberté retrouvée, la tentation de refonder un foyer modèle à la Charles Ingalls le taraudait. Il en parlait alors comme du "syndrome Charles Ingalls", ce qui nous faisait beaucoup rire. C'est à lui que revient toute la paternité du concept. Avec La petite maison dans la prairie : on est encore en pleine nostalgie. Le modèle de famille qu'on y montrait, complètement désuet de nos jours, est malgré tout celui dont les gens sont les plus demandeurs (la série est l'une des plus rediffusées au monde). Dans un film, Soleil Vert, une scène forte montre des gens payant pour voir sur un écran de cinéma ce qu'était autrefois la beauté de la terre, en partie anéantie depuis par un cataclysme nucléaire. Ils visionnent, émus, des plans de verte campagne, de forêts profondes, d'océans agités, de montagnes etc. Nous faisons déjà cela, avec les valeurs, avec ce mieux d'avant.



Quand pour la dernière fois avez-vous approché "l'épecthase" ?TRONG>
A une époque que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître !



Quelles sont finalement les valeurs du "débilettantisme" prônées par Victor Kalin ?TRONG>
Le "débilettantisme" est finalement le contraire de Victor qui est tout sauf un légume. Ni débile, ni dilettante, il se définit comme tel parce qu'il aurait tendance à tout sacrifier pour un mot d'esprit, y compris lui-même ! Ce qui est déjà une définition de Victor.



Vous arrive-t-il aussi de manifester votre joie en imitant des animaux célèbres ? Lesquels ?TRONG>
Non, ça c'est du pur Victor. Je n'imite ni King-Kong ni Godzilla sauf aux repas de famille !



Victor Kalin finit par abandonner sa carrière de fesseur pour entreprendre une biographie de Marty Feldman…TRONG>
Oui, parce que ce type, en plus d'être un comique génial (on l'a vu notamment dans Frankenstein Junior de Mel Brooks), avait une gueule incroyable avec des yeux exorbités affligés d'un strabisme divergeant, qui seuls peuvent soutenir la comparaison avec le tour d'oeil de Victor.



Quels sont vos projets ?TRONG>
Continuer mon exploration pseudonymique…





Propos recueillis par Audrey Cluzel, novembre 2004.
Copyright Le Manuscrit 2004.TRONG>
 
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